La revue

S’agissant de la disponibilité du cannabis thérapeutique en France, la ministre de la santé, Agnès Buzyn, avait quelque peu entrouvert la porte: «C’est peut-être un retard que la France a pris quant à la recherche et au développement du cannabis médical. D’autres pays l’ont fait. (...) il n’y a aucune raison d’exclure, sous prétexte que c’est du cannabis, une molécule qui peut être intéressante pour le traitement de certaines dou- leurs très invalidantes». De fait, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a annoncé récemment la création d’un comité scientifique spécialisé sur «l’évaluation de la pertinence et de la faisabilité de la mise à disposition du cannabis thérapeutique en France». Une façon de combler notre retard. À petit pas, puisque c’est la Haute Autorité de santé (HAS) qui met à disposition les médicaments et non l’ANSM qui gère les autorisations temporaires d’utilisation ( ATU ). Selon l’OFDT, une vingtaine de pays européens, 12 pays hors UE et 29 États américains ont d’ores et déjà autorisé le cannabis thérapeutique, sous des formes plus ou moins contraignantes. C’est à partir de cette actualité que cette quatre-vingt-dixième livraison de Swaps a été tissée. Des pistes de recherche sur d’éventuels traitements de substitution existent, à l’instar du cannabidiol (CBD), l’autre cannabinoïde présent dans le cannabis qui peut être inhalé par cigarette électronique. En espérant que ne se reproduise pas l’échec, pour cause d’effets secondaires, des cannabinoïdes de synthèse dans la dépendance au tabac chez l’homme.

Pour ce qui est de «l’Impossible Prohibition», pour reprendre le titre du livre de notre ami Alexandre Marchant, sorti fin 2018 et chroniqué dans ce numéro, on lira avec attention l’article de Jalpa Shah sur l’avènement d’une nouvelle loi canadienne. Une loi sur le cannabis qui prévoit que les adultes (de plus de 18 ou 19 ans selon les provinces) puissent posséder jusqu’à 30 grammes de cannabis à se procurer auprès de fournisseurs disposant d’une licence régionale, ou fédérale pour l’achat en ligne. Il y est également possible de cultiver quatre pieds de cannabis chez soi, pour un usage personnel, à partir de graines autorisées par licence. Un dispositif réglementé proche de l’exemple uruguayen ou de celui de certains États d’Amérique comme la Californie, État qui fut le premier à légaliser l’usage thérapeutique du cannabis en 1996, ouvrant la voie à la «deuxième vague de décriminalisation» depuis les années 1970, puis à autoriser en novembre 2016, via la Proposition 64, son usage récréatif. La Californie constitue le plus grand marché légal au monde, avec plus de 5 milliards de dollars en 2018, faisant du cannabis un véritable nouvel «or vert». Une manne financière qu’il faut mettre en miroir avec le prix exorbitant de la guerre à la drogue, au-delà de son échec (voir Swaps 76 et 87): 883 milliards d’euros en 2016, dont 50 milliards pour les seuls États-Unis.

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