La revue

Cette 75e livraison de Swaps est dédiée à notre ami Jimmy Kempfer, membre du comité de rédaction jusqu’à ce qu’un cancer du foie a décidé de l’enlever à notre affection, à celle des siens et aussi à notre histoire. Comme le soulignent dans leur hommage Didier Jayle et Anne Coppel, Jimmy était une figure de proue de la réduction des risques (RdR) et de tous ses aspects associatifs, individuels. Il a marqué de son érudition, de son expérience, de sa lucidité —qui ne l’a pas quitté jusqu’à ses derniers jours— l’histoire française de l’univers des drogues et de la RdR. C’est ainsi que, tout naturellement, il avait rejoint le comité de rédaction de Swaps. Aujourd’hui, le comité est orphelin de sa présence. Ses écrits et ses travaux lui survivront. à l’instar de cette histoire de l’injection qu’il avait commencé, avant l’apparition si violente des symptômes de sa maladie et qu’il poursuivit jusqu’à son lit de souffrance, aidé par Alexandre Marchant, une histoire qui commence sous le règne de Pline l’Ancien, et qui dérive vers l’actuel détournement des opiacés ou des traitements de substitution à visée addictive. Cette histoire dans l’histoire reflète parfaitement ce qu’était l’apport de Jimmy Kempfer aux écrits et aux travaux sur la RdR: à la fois éclectique, documentée, imprégnée de ses propres expériences tout en maintenant le recul nécessaire à la vérité. En écho à son implication sur la scène française de la RdR, ce numéro de Swaps donne par ailleurs un reflet des expériences innovantes sur la RdR de par le monde, avec notamment l’expérience assez singulière de Médecins du Monde (MdM) en Géorgie confronté aux «home made drugs» et aux drogues de synthèse achetées en toute facilité sur le Net, avec l’émergence de l’hépatite C comme problème majeur de santé publique. Plus loin, tout aussi spectaculaire, l’expérience menée par MdM à Dar-es-Salaam en Tanzanie, dans une scène ouverte africaine, à Temeke, où, comme à Vancouver, toutes les pratiques et la trame sociale qui est associée sont regroupées dans une même unité de temps et de lieu, de l’injection à la prostitution, du deal à la consommation, de l’entraide à la violence, le tout pour une population évaluée à 10 000 personnes. Les prévalences VIH /VHC sont édifiantes, limitées par les difficultés d’accès aux molécules. Enfin, dernier continent visité par ce dossier spécial de ce numéro de Swaps, encore plus spécial, l’Uruguay où le parlement a décidé, en 2013, de légaliser la production et l’usage du cannabis, décision histo- rique rompant avec le paradigme prohibitionniste et que nous relate Michel Gandilhon.

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En 2010, Médecins du Monde-France ouvre le premier programme pour les usagers de drogues en Afrique de l’est. Après une mission exploratoire en février de cette même année, qui s’est déroulée à la fois à Zanzibar et sur le continent, à Dar-es-Salaam, et qui a révélé une consommation d’héroïne en forte augmentation. La mise en place d’un projet est apparue comme une priorité.

26.01.15

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22.01.15

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20.01.15

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15.01.15
15.01.15

Ovide, dans ses Métamorphoses, décrit comment Médée, après avoir vidé Eson de son sang, lui injecte des liqueurs de plantes magiques pour le rajeunir. Les Anciens avaient-ils déjà intégré la notion d’injection (d’un produit dans le corps puis directement dans le sang) dans le but de soigner les corps ou d’en changer le métabolisme? De fait, depuis l’Antiquité, l’idée a fait son chemin durant près de 20 siècles. Par la suite, aucune invention médicale ne bouleversera autant les pratiques thérapeutiques que la seringue hypodermique associée à l’emploi des opiacés. L’usage de cet instrument a profondément modifié le rapport à la douleur et permis des interventions d’une efficacité et d’une rapidité inouïes. Mais l’injection, de morphine ou autre, échappa rapidement aux mains expertes des praticiens...

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08.01.15

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