Le cannabis, majoritairement consommé en France avec du tabac, inquiète le pneumologue que je suis: le cannabis est toxique, d’autant plus qu’il est consommé avec du tabac. Le joint est la forme la plus toxique du cannabis, pour le cœur, le poumon, le cerveau, et une cause majeure de rechute du tabagisme. C’est aussi la forme la plus facile à trafiquer et à faire circuler dans un pays répressif, alors que dans les pays où il est libéralisé, d’autres formes existent (feuille, etc.). En France, 45% des jeunes ont consommé du cannabis, contre 29% aux Pays-Bas. Deux législations, deux conséquences sur la consommation des jeunes.

Alternatives 

La vaporisation de l’huile de cannabis est plus propre, elle supprime la fumée et la prise de nicotine, ce qui constitue une réduction des risques cardiaque et respiratoire. L’herbe à fumer est également préférable, car on fume sans tabac! Si l’on substituait en nicotine les fumeurs de joints, ils diminueraient leur consommation de cannabis, car ils sont à la fois dépendants au tabac et au cannabis. Une directive européenne 2014/40/UE dont l’article 21 est spécifique à l’herbe à fumer, a été retranscrite en droit français depuis mai dernier: le code de la Santé publique (art. L3514-1) décrit l’herbe à fumer, qui n’est pas encore commercialisée...

Il existe aussi les cannabinoïdes de synthèse, mal connus, en dehors de toute légalité, et dans l’état actuel des connaissances, les médecins ne peuvent que recommander de ne pas les utiliser.

Une loi de prohibition inefficace 

La loi française de prohibition d’un produit expérimenté par près de 50% de la population est la cause de l’échec de la prévention et de la réduction du risque, qui se développerait mieux dans un cadre légal.

Depuis la loi Evin de 1991, on note 50% de moins de consommation de tabac par Français et par an, pour l’alcool, moins 25% mais pour le cannabis, un produit illégal, plus 60% de consommation depuis la loi de 1970... Cette situation est intenable: il faut que l’État organise le marché du cannabis en France pour la santé publique, comme on l’a fait pour l’héroïne dans les années 1980 avec la crise du sida . Entrer dans ce cadre légal permettrait de réduire le trafic, donner à l’État les moyens de développer la prévention et la réduction des risques, et pourrait avoir un effet favorable sur la consommation globale.

Des pistes pour la prévention

Il faut interdire la vente aux mineurs et la publicité, comme pour le tabac. Informer dès le collège et organiser une réponse en cas de consommation ayant des répercussions scolaires; offrir des possibilités de consommer le cannabis sans tabac (commercialisation des plantes à fumer, développement des produits à vaporiser, autorisation dans des conditions précises de l’autoculture).
Il faut mettre à disposition des produits moins dangereux avec une teneur en THC bien identifiée (enregistrement des produits commercialisés à l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail [Anses] sur le modèle des e-liquides des cigarettes électroniques) avec un étiquetage précis (y compris les avertissements sanitaires).
Dans le milieu de travail, des règles adaptées doivent être inscrites dans le règlement intérieur, en interdisant la consommation sur le lieu de travail, en prévoyant la possibilité de dépistage en cas de troubles de comportement ou d’accident, avec des règles spéciales pour les postes de sûreté et de sécurité, comme un système antidémarrage sur les poids lourds à développer comme pour l’alcool. Pour tous, il faut piloter la réduction de la consommation et des risques avec un organisme ad hoc (comme il en existe pour la prévention routière ou le contrôle des jeux), publier des statistiques chaque trimestre pour adapter la politique. L’objectif est et doit rester de santé publique.