Cette étude randomisée a concerné 168 participants répartis dans treize centres spécialisés VIH au Pays-Bas. Tous en phase primaire de l’infection, ils ont été répartis dans trois bras: pas de traitement, vingt-quatre ou soixante semaines d’antirétroviraux. Ce traitement comportait trois classes thérapeutiques: inhibiteur nucléosidique de la transcriptase inverse (zidovudine/lamivudine, 300/150 mg), inhibiteur non nucléosidique de la transcriptase inverse (éfavirenz, 600 mg) et inhibiteur de protéase (lopinavir/ritonavir, 533/133 mg). Le traitement était interrompu quand la charge virale descendait au-dessous de 50 copies/ml.
Deux objectifs
L’étude avait deux objectifs. Le premier était de mesurer le setpoint, virémie résiduelle en phase de stabilisation, c’est-à-dire la charge virale à trente-six semaines de l’entrée dans l’essai pour le bras sans traitement, et à trente-six semaines de l’arrêt du traitement précoce pour les deux autres bras. Le second objectif était de mesurer la période « off » sans traitement, c’est-à-dire, pour le bras sans traitement, la période avant la mise sous ARV et pour les deux autres, celle allant de la fin du traitement précoce à la reprise des ARV.
Le setpoint était de 4,0 logs10 copies/ml dans le bras vingt-quatre semaines et de 4,3 dans le bras soixante semaines, contre 4,8 pour le bras sans traitement. Quant à la période off, elle était respectivement de 3,0 ans pour le bras vingt-quatre semaines, 1,8 ans pour le bras soixante semaines et 0,7 ans pour le bras sans traitement.
Un traitement ARV précoce et transitoire de vingt-quatre semaines paraît donc intéressant. Mais les patients, fragilisés par l’annonce, pourraient connaître des difficultés d’adhérence au traitement. D’autre part, un traitement transitoire ne risque-t-il pas de favoriser l’émergence de mutations virales et de résistance ? Prenant en considération la briéveté de la période off, les auteurs concluent que «la vraie question est peut-être de ne pas arrêter ce traitement transitoire et de le poursuivre à vie». Ils insistent sur l’impact bénéfique en terme de santé publique d’une telle mesure qui diminue l’infectivité. Ils suggèrent donc de commencer les antirétroviraux «dès que le patient se sent prêt à le faire».
> No treatment versus 24 or 60 weeks of antiretroviral treatment during primary HIV infection: the randomized Primo-SHM Trial / M. L. Grijsen et al. – PLoS Medicine, mars 2012, vol. 9, n° 3. – doi:10.1371/journal.pmed.1001196. – 12 p.