Swaps 95 : Testing

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On a beau vouloir s’extraire de la crise du Covid-19 et la chasser par la porte de la réduction des risques (RdR), elle revient par la fenêtre. Prenons par exemple le dossier de cette 95e livraison de Swaps consacré à l’analyse des drogues en France, et son utilisation dans la politique de RdR. Dossier copieux que le «testing», qui n’est pas vrai-ment une politique de dépistage, dont les techniques les plus efficaces nous viennent de la médecine légale. Mis en place en France en 1997 dans le sillage des rave parties, le testing est aujourd’hui un des outils utilisés dans la recherche, mais aussi sur le terrain comme en témoigne l’expérience de nos deux chercheuses en sciences sociales de Marseille, jusqu’au dispositif Sintes mis en place par l’OFDT.

Force est de constater que la période du confinement et les différentes mesures prises pour contenir la pandémie de Covid-19 ont eu un impact considérable sur le marché des drogues. Et ce, tant en termes de modification des approvisionnements, d’augmentation de l’accès aux drogues via Internet ou d’accroissement des produits de coupage. L’équipe de Garches de toxicologie retrouve dans ces produits la caféine en première ligne mais plus inquiétant encore, l’hydroxyzine, un antihistaminique sédatif aux nombreux effets secondaires et, en queue de peloton la chloroquine, chère au savant de Marseille… Or si vous lisez dans le détail l’article technique et éclairé de Jean-Claude Alvarez, ces techniques de testing contribuent à une consommation à moindres risques. Plusieurs expériences remontent du terrain, comme en attestent Médecins du monde, Techno+ à Paris, le Caarud la Case à Bordeaux, en passant par le bus 31/32 de Marseille.

Le testing est une méthode en plein développement sous l’angle de la RdR, à l’image d’une sous-étude en préparation dans l’essai ANRS-Prévenir de PrEP chez les HSH comme outil de prévention des risques chez les adeptes du chemsex. S’il est un autre composé en pleine actualisation, c’est bien le chanvre. C’est ainsi qu’avant la guerre au Covid s’est déroulé un colloque intitulé «Chanvre, bien-être, une nouvelle filière en France» dont Christelle Destombes rend compte dans ce présent numéro.

Mais ce numéro, dont la construction a largement souffert de la crise suscitée, ouvre aussi ses pages éditoriales à des points de vue documentés à l’instar de celui de Margaux Le Gallo qui s’inscrit totalement dans la réactualisation du débat sur la légalisation du cannabis, avec la disparité des réponses pénales.

Autre sujet d’actualité, couvert avec véhémence par Fabrice Olivet: «La police n’est pas raciste, elle lutte contre la drogue.» Il y est bien sûr, actualité oblige, question de «l’ensauvagement», point de vue écrit dans le sillage de l’assassinat de George Floyd. L’occasion de rappeler qu’une crise peut en cacher une autre, celle des opioïdes. Alors que la crise du Covid a fait plus de 6 millions de cas aux États-Unis – à la date du 16 septembre – et 196 800 décès, il est bon de rappeler que depuis 1999, la crise des opioïdes y aura tué 450 000 personnes, soit près de 9 guerres du Viêt-Nam.

Didier Jayle et Gilles Pialoux.

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