Le meilleur de l’hépatite C en 2011 : retour sur un an de résultats (4/4)

Suite et fin de notre rétrospective 2011. On passe au VHC, avec une année marquée par l’arrivée de nouveaux traitements qui augmentent les chances de guérison. Voici les 11 faits que nous avons retenus.

Cet article a été publié sur Séronet.

1. Le « 1996 » des hépatites
L’année 2011 a constitué un tournant en matière de traitements contre le virus de l’hépatite C. Un tournant relativement proche de celui de 1996, avec l’arrivée des premières trithérapies anti-VIH. Deux nouveaux médicaments efficaces contre le VHC de génotype 1 (le plus courant, mais aussi le plus difficile à traiter), Incivo (télaprévir) et Victrelis (bocéprévir), ont été récemment approuvés par l’Union Européenne. S’utilisant (l’une ou l’autre) en association avec les traitements standards (ribavirine + interféron), ils font passer les chances de guérison de l’infection de 50 à 80% environ. Les cliniciens s’attendent à un engorgement des services. Mais leur protocole d’utilisation est complexe, et ils provoquent fréquemment des effets indésirables importants. C’est donc doublement le 1996 des hépatites. Car les futures molécules devraient être plus efficaces, plus simples à prendre, mieux tolérées (ça doit vous rappeler quelque chose). Une différence, cependant : dans les tuyaux de développement, il y a une cinquantaine de molécules anti-VHC nouvelles ! C’est énorme, même si certaines seront, en fonction de leurs résultats, abandonnées. Incivo et Victrelis auront donc une durée de vie (en termes de part de marché, s’entend) relativement courte. Et ceux qui peuvent attendre ont tout intérêt à le faire, en accord avec le médecin !

2. Les personnes co-infectées par le VIH et le VHC cruellement négligées par l’industrie
2011, c’est aussi l’arrivée des premières données chez les premières personnes co-infectées. L’enjeu est d’importance : c’est chez les personnes co-infectées que l’hépatite C a le moins bon pronostic : elle évolue plus souvent et plus vite vers des complications graves. Elle est aussi plus difficile à traiter, avec des taux de succès tournant autour de 30% contre 50% chez les personnes uniquement infectées par l’hépatite C (mono-infectées). Au final, Incivo et Victrelis semblent marcher aussi bien, et sans produire plus d’effets indésirables, que chez les personnes mono-infectées. Cette bonne nouvelle a un arrière-goût amer : celui de l’arrivée beaucoup trop tardive de ces données. Au Canada : le bocéprévir n’est pas approuvé chez les personnes co-infectées par le VHC et le VIH. En Europe, c’est le flou. L’AMM (autorisation de mise sur le marché) européenne ne fait pas mention de la co-infection. Mais la faiblesse des données fait que de nombreux médecins se sentent démunis et que la Société clinique européenne sur le sida n’a pas pu inclure cette question dans ses recommandations d’octobre 2011. Les associations demandent depuis longtemps que les recherches soient menées de manière équitable pour les personnes mono-infectées et les personnes co-infectées (VIH et hépatite C). C’est un combat permanent face à l’industrie pharmaceutique. Résultat : c’est l’Agence nationale de recherche contre le sida et les hépatites virales (ANRS), qui s’y colle, depuis le printemps dernier (essais Télaprévih et Bocéprévih). C’est notamment parce qu’en dépit des demandes répétées des associations, l’utilisation de ces molécules chez les personnes co-infectées par le VIH et le VHC a fait l’objet de trop peu d’études cliniques de la part des firmes pharmaceutiques, pour permettre la mise au point de recommandations. Du 2 au 5 juin 2011, AIDES participait à une réunion d’activistes européens, à Sitgès en Espagne, avec le TRT-5, le Collectif Hépatites virales et l’EATG (European aids treatment group) pour négocier avec les laboratoires. Au-delà des promesses, pas d’engagement ferme et définitif. Environ 40 000 personnes en France sont concernées.

3. De CUPIC à HEPATHER
Innovation en 2011 : la création d’un observatoire des personnes bénéficiant des ATU (autorisations temporaires d’utilisation), c’est CUPIC. Objectif : recueillir des données qui pourront servir à d’autres personnes. Le recrutement se fera jusqu’à la fin de l’année, il devrait y avoir 600 patients au total. Ces personnes seront intégrées à la future grande cohorte nationale HEPATHER. Décidée en 2011, c’est un des dossiers majeur de recherche de l’ANRS pour 2012. C’est l’équivalent pour les hépatites de ce qui existe déjà pour le VIH (la FHDH, base de données hospitalière française, qui regroupait en 2011 près de 60 000 personnes vivant avec le VIH). HEPATHER pourrait réunir à terme une trentaine de centres de prises en charge, en commençant par deux en avril 2012. Cette cohorte permettra de répondre à des questions majeures. Citons le suivi à très long-terme, le devenir après la guérison de l’infection (qui ne signifie pas guérison des dommages causés par le virus), les questions de sciences humaines et sociales… HEPATHER fait l’objet d’une demande de financement via le Grand Emprunt. Pour les personnes co-infectées, la cohorte Hepavih a rouvert.

4. Le rêve du sans interféron semble de plus en plus proche

Un traitement contre le VHC permettant de se passer des injections hebdomadaires d’interféron et leur cortège d’effets indésirables ? 2011 a vu de nouvelles études sur des stratégies de traitements anti-VHC sans interféron ! C’est un vieil espoir que de pouvoir éviter les injections hebdomadaires de cette molécule qui aide le système immunitaire à se débarrasser du virus au prix d’effets indésirables lourds (troubles de l’humeur, fatigue extrême, assèchement de la peau, etc.). Dans la course aux 50 molécules en développement contre le VHC, plusieurs firmes sont sur les rangs pour trouver celles qui permettront un traitement « tout oral ». Il y a notamment le laboratoire Pharmasset et ses résultats de sa PSI-7977, en une prise par jour, avec de la ribavirine. Résultat, après 12 semaines de traitement : 100% de réponse virologique soutenue (signant la guérison de l’infection) chez 40 personnes infectées par le génotype 2 et 3 de l’hépatite C qui n’avaient jamais tenté le traitement anti-VHC, et avec un génotype IL28B favorable. Fin novembre, Gilead a racheté ses molécules à Pharmasset pour 11 milliards de dollars. Déjà très impliqué dans le traitement de l’hépatite B et menant ses propres recherches sur l’hépatite C, le groupe californien inclut à son portefeuille trois nouveaux candidats médicaments innovants. De quoi le mettre en position de développer dans le futur des comprimés anti-VHC « tout-en-un », comme il le fait déjà pour le VIH. Ces molécules « extrêmement prometteuses » selon Stanislas Pol, chef de service du pôle d’hépato-gastro-entérologie de l’hôpital Cochin, n’arriveront pas avant 2014.

5. De l’espoir pour les nuls
BMS a dévoilé le 7 novembre 2011, les bons résultats d’une association de deux des molécules qu’il développe, le datasclavir (BMS-052), et l’asunaprevir (BMS-032). Point fort, c’est chez des personnes de génotype 1B qui, par le passé, n’avaient pas du tout répondu à un premier traitement anti-VHC (les hépatologues parlent de « nul-répondeurs ») qu’on constate ces bons résultats. Plus de 12 semaines après la fin du traitement, le virus n’était pas réapparu chez 9 personnes des 10 participants. Pas mal du tout !

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