La revue

Swaps poursuit sa route. Avec bientôt 20 ans d’existence au compteur... Une route qui atteste de l’ancrage dans la réalité et l’actualité. Ainsi, pour cette nouvelle édition, un dossier sur la prochaine session spéciale des Nations unies consacrée à la question des drogues (UNGASS 2016). 

Dossier qui trouve son point d’orgue avec l’interview de Werner SIPP, président de l’Organe International de Contrôle des Stupéfiants (OICS) et celui, par Michel Gandilhon, de Michèle Ramis, ambassadrice chargée des menaces criminelles transnationales qui fera partie de la délégation française à New York. Une session extraordinaire qui devait avoir lieu initialement en 2019 et dont le calendrier a été bousculé à la demande de trois pays : la Colombie, le Mexique et le Guatemala. Pays où la réduction des risques est une litote et où les lois répressives n’arrivent pas à endiguer le trafic ou la production des drogues et les violences qui lui sont associées. Rappelons au passage que la dernière session date de 1998 (voir Swaps no 54) et avait prévu d’éradiquer ou de diminuer substantiellement la production et la consommation des drogues dans le monde. En 2008, les résultats n’étant pas à la hauteur des ambitions, une UNGASS n’a pas été organisée et c’est un peu en catimini que l’ONU a confié en 2009 à la Commission des stupéfiants, qui se réunit discrètement chaque année à Vienne, le soin de tirer les leçons de la décade écoulée. Les délégations s’étaient félicitées des progrès accomplis et avaient décidé de poursuivre la même politique sans même évoquer la réduction des risques, au grand dam des associations.

Le rapport de mars 2016 de l’OICS marque un changement de ton par rapport aux précédents. Tout en défendant les conventions, l’OICS précise qu’elles «ne préconisent aucune guerre à la drogue», insiste sur la nécessité de respecter les droits de l’homme, déconseille l’incarcération des usagers de drogues, fait le plaidoyer des traitements de substitution et de la réduction des dommages, recommande de mettre la priorité sur la prévention. Pas sûr que les états valident toutes ces propositions, les négociations qui ont commencé à Vienne et qui vont se poursuivre à New York ne semblent pas aller dans le sens d’une décriminalisation de l’usage de drogues, encore moins d’une légalisation du cannabis. Les quatre états américains qui ont légalisé et l’Uruguay, vivement critiqués par l’OICS, pèsent peu au regard des 180 états signataires des conventions de l’UNGASS.
Si la question de l’incarcération ne sera peut-être même pas évoquée à New York, Swaps livre à ses lecteurs un nouveau dossier sur les enjeux de la gestion des drogues en milieu carcéral ici en France. Avec les comorbidités qui lui sont associées, à commencer par l’hépatite C, avec les difficiles problématiques des sorties d’incarcération qui sont loin d’avoir été réglées par la désignation de «CSAPA référents» pour chaque établissement pénitentiaire.

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