La revue

Le comité éditorial de Swaps a longuement débattu pour savoir si ce numéro spécial consacré à la guerre contre les drogues devait être titré «War on drugs», assertion typiquement nord-américaine, époque Richard Nixon, dont Fabrice Olivet nous dit qu’elle a été inventée par les tenants du tout-répressif en matière de toxicomanie du fait de sa connotation militarisante, ou «Drug war», qui, tout en étant le titre d’un film d’action hongkongais et chinois de l’année 2013, a été surtout plébiscitée par les associations de lutte contre le sida lors de la conférence internationale de Washington en juillet 2012.

Quoi qu’il en soit, la position de Swaps est pour le moins homogène dans cette nouvelle livraison et s’ouvre sur le plaidoyer de cinq prix Nobel d’économie accompagnés d’anciens hauts fonctionnaires internationaux qui ont soutenu en 2014 un rapport sur comment «mettre fin à la guerre à la drogue». Notamment en raison de «l’effet ballon», plusieurs fois cité dans ce numéro, ou comment, une fois chassés par les lois répressives et ses outils coercitifs, un territoire de vente, une route d’importation, un réseau de trafiquants se déplacent et s’implantent ailleurs. Pour reconstruire le même phénomène. Que ce soit le trafic de la cocaïne en Afrique de l’ouest, de l’héroïne en Colombie et au Mexique, ou des lieux de consommations dans les grandes villes européennes. Plus encore, Swaps, comme c’est la tradition à www.vih.org, plaide pour que les politiques publiques soient mises en œuvre pour la réduction des risques ou la limitation des dommages induits par les drogues en se fondant sur des preuves scientifiques et non idéologiques (voir l’article de Christian Ben Lakhdar).

Ce numéro s’enrichit, et c’est assez exceptionnel, du témoignage d’un officier de police judiciaire qui a démarré sa carrière en 1979 et qui décrit les ambiguïtés de la confrontation entre une approche de santé publique et une approche pénale dans le domaine de la toxicomanie et des drogues. Enfin, comme l’aborde Olivier Maguet, on sait peu de chose de l’après-déclaration de Vienne de juillet 2010 en termes de compilation ou de méta-analyse, de la littérature scientifique sur les échecs de la politique internationale de contrôle des drogues et aussi des effets délétères de cette «drug war».

Mais ce numéro anti-guerre ne serait pas sans un nuage d’aération, une bouffée de détente, qui annonce peut-être une volte-face dans le sein même du pays gardien des conventions prohibitionnistes. Et c’est à Seattle (capitale de l’état de Washington, premier état, avec le Colorado, a avoir légalisé le cannabis récréationnel), où avait lieu la conférence américaine sur le VIH, la CROI 2015, du 23 au 26 février, que Didier Jayle, notre directeur de la publication, a enquêté, dans les premières boutiques ayant obtenu une licence pour vendre du cannabis, les «pot shops», auprès des activistes et aussi des autorités politiques locales notamment Pete Holmes, attorney de la ville de Seattle, l’un des promoteurs de l’initiative 502 qui a permis à cet état de libérer le cannabis. L’état de Washington est probablement une vitrine moins voyante que ne l’est le Colorado, qui devait récemment faire la une du supplément du Monde, si le drame de «Charlie Hebdo» n’était pas passé par là au même moment de l’actualité.

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15.06.15

En 1961, la Convention internationale sur les stupéfiants de l’Organisation des Nations unies (ONU) définit la drogue comme un «fléau pour l’individu qui constitue aussi un danger économique et social pour l’humanité». Ce n’est pas pour autant qu’une guerre à la drogue est déclarée: le texte ne vise qu’à unifier et clarifier l’ensemble des mécanismes de régulation du commerce international des stupéfiants et à prohiber les usages non médicaux des substances listées.

11.06.15

Ouf, n’en jetez plus! On est groggy, de chiffres et de noms, lorsqu’on referme les 464 pages de «Extra pure». Avec une solide migraine et... une bonne gastro virtuelle «saviatrice», si ce n’est salvatrice! Vous quittez la cosmogonie fertile en détails de cet écrivain, essayiste, journaliste, donneur d’alerte napolitain, aussi pointilliste en documents d’enquête que courageux, et vous vous dites: «What’s else ?». Car hélas, de Gomorra (le livre et le film), sur la mafia napolitaine, à Extra pure, sur les mafias de la planète – rien de moins! –, rien ne semble vraiment bouger.

12.05.15

Depuis la Déclaration de Vienne de juillet 2010, la littérature sur l’échec de la politique internationale de contrôle des drogues et ses effets collatéraux ne cesse de croître. Incarcération de masse, déstabilisation sécuritaire et politique des états, violations des droits humains, et bien sûr propagation incontrôlée des épidémies de sida et d’hépatite virale C dans les pays les plus répressifs. N’en jetez plus! Une ombre subsiste: les conséquences négatives de la guerre aux drogues en matière de développement des pays à revenus faibles et intermédiaires, plus particulièrement de ceux qui sont des zones de production ou de transit. Ou, le conflit entre deux politiques publiques internationales: celle régissant le contrôle des drogues, celle promouvant l’aide au développement – toutes deux ancrées dans le même système multilatéral international sous l’égide des Nations unies.

11.05.15

En 2012, à la faveur de la sortie de son rapport sur les drogues, l’Organisation des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) annonçait que le Pérou venait de supplanter la Colombie comme premier producteur mondial de feuilles de coca. Un constat qui vient illustrer parfaitement ce que les services de police appellent l’«effet ballon», un terme qui désigne le déplacement des activités criminelles d’une zone géographique à une autre. Un phénomène, similaire à celui des vases communicants, qui fait que souvent dans l’histoire la lutte contre le crime organisé s’apparente à un jeu à somme nulle.

30.04.15

Seattle, capitale de l’Etat de Washington au nord-ouest des États-Unis, a accueilli la Conference on Retroviruses and Opportunistic Infections (CROI) 2015. C’est le premier Etat avec le Colorado à avoir légalisé le cannabis récréationnel. Participant de la CROI, Didier Jayle est allé découvrir et explorer le nouveau dispositif pour les lecteurs de Swaps et Vih.org.

24.04.15

La guerre à la drogue est un slogan qui cache une profonde modification du principe originel de prohibition pour «faire de la politique avec d’autres moyens». Pour Fabrice Olivet d’ASUD, à qui nous ouvrons nos colonnes, cette guerre a été conçue et perpétrée pour cibler certaines catégories de population. La guerre à la drogue serait aussi une guerre sociale, une guerre culturelle, une guerre raciale.

13.04.15

Notre système de gestion de la toxicomanie est la résultante de la loi de 1970. Cette loi relative aux mesures sanitaires de lutte contre la toxicomanie et la répression du trafic de l’usage illicite des substances vénéneuses a pour principe de considérer l’usager de drogues comme un individu malade et délinquant. On perçoit dès lors toute l’ambiguïté qui réside entre une approche de santé publique et une approche pénale, en effet, quel rôle doit jouer un soignant face à un délinquant et quel rôle doit jouer le policier face à un malade? Quelle est la pertinence d’une politique qui consiste à vouloir soigner de force ou emprisonner un malade?

09.04.15

Premières marchandises qui ont circulé à travers le monde, les drogues psychotropes ont été aussi les premières à faire l’objet de traités internationaux. Pourtant, lorsqu’en 1909 et 1912 ces traités sur l’opium ont été signés, les pays signataires acceptent tout au plus de réguler ce commerce fort lucratif. Pourquoi cette politique internationale a-t-elle abouti à la prohibition? Comment a-t-elle été mise en place, qu’est-ce qui justifie la sélection des substances prohibées? Et comment a-t-elle abouti à la fin des années soixante à une guerre internationale qui va progressivement gagner tous les continents?

08.04.15

Ce ne sont pas moins de cinq Nobel d’économie, accompagnés d’anciens hauts fonctionnaires internationaux, d’anciens présidents ou ministres de pays tels que le Royaume-Uni, la Pologne ou le Guatemala, et des professeurs de prestigieuses universités anglaises et américaines qui soutiennent un rapport de la London School of Economics publié en mai 2014 et intitulé «Mettre fin à la guerre à la drogue». Les auteurs de ce rapport, pour la plupart américains, sont des experts reconnus dans le champ des drogues et des conduites addictives, et tout particulièrement dans l’évaluation des politiques publiques dédiées.