Le Symtuza® —association de darunavir, cobicistat, emtricitabine et ténofovir alafénamide, spécialité du laboratoire Janssen—  risque en effet de ne pas être disponible en France, suite à l’avis défavorable rendu par la commission de la transparence de la Haute Autorité de Santé (HAS), à l’inscription sur la liste des spécialités remboursables aux assurés sociaux et sur la liste des spécialités agréées à l’usage des collectivités.

La commission de transparence est l’instance souveraine de la HAS. Elle fixe le niveau de service médical rendu (SMR) qui permet ou non la remboursement dans le cadre de l’indication de l’autorisation de mise sur le marché ( AMM ). Pour le Symtuza®, le SMR est classé «i» comme insuffisant, ce qui empêcherait son remboursement par l’assurance maladie. Une phase contradictoire est en cours qui devrait s’achever fin juin.  

C’est la troisième fois en France qu’un avis défavorable est donné pour un médicament ayant une autorisation de mise sur le marché européenne, qui, selon la SFLS, «est attendu par les cliniciens et par les personnes atteintes par le VIH /sida». Il s’agissait des spécialités Tybost® —cobicistat, laboratoire Gilead— alternative au ritonavir (Norvir®) comme booster dans certaines indications, et Rezolsta® —darunavir et cobicistat, laboratoire Janssen— association en un comprimé unique (single tablet regimen, ou STR).

La société savante souligne que «l’accessibilité à cette nouvelle spécialité est d’autant plus nécessaire que les refus précédents de la commission de transparence rendent non réalisables une association des constituants séparés».

La SLFS, à travers son conseil d’administration, dénonce une situation quasi unique en Europe, puisque le comité des médicaments à usage humain (CHMP) de l’Agence européenne (EMEA), et l’Agence elle-même, ont estimé que les bénéfices apportés par Rezolsta® et Symtuza® étaient supérieurs aux risques et ont recommandé l’approbation de l'utilisation de ces médicaments au sein de l'UE.

Une association intéressante pour la ministre 

C’est la même situation que regrettent et dénoncent les Dr Khuong et Rioux, des hôpitaux Delafontaire (Saint-Denis) et Bichat (Paris), dans un courrier commun adressé à la Ministre des Affaires Sociales et de la Santé, Agnès Buzyn, dans lequel ils rappellent que l’association Symbuza® est intéressante pour plusieurs raisons :

  • C’est un traitement combiné, permettant de passer de 3 à un comprimé, une simplification, encourageant une meilleure observance au traitement chez certains patients;
  • c’est le seul traitement combiné comprenant une antiprotéase – classe majeure dans le traitement du VIH ;
  • c’est la seule façon d’avoir accès au ténofovir-alafénamide (TAF) en association avec le darunavir, principale antiprotéase. Le TAF est un ténofovir moins toxique à moyen et long terme (rein, os).

Rappelons que le darunavir est efficace sur des virus multirésistants et constitue la base du traitement d’environ un tiers des patients traités. Il est particulièrement intéressant pour les patients avec une observance moyenne (grâce à son risque faible d’apparition de résistance), pour les adolescents infectés, pour les patients avec un virus en partie résistant (par exemple au 3TC/FTC: dans ce cas, il n’y a pas d’autre traitement combiné possible).

Contacté par vih.org, le TRT-5, association qui regroupe les principales associations de lutte contre le sida , déclare soutenir également l’arrivée sur le marché de Symtuza®: «Nous sommes en faveur de l’augmentation de l’arsenal thérapeutique, et de son amélioration. Le Symtuza® est un STR, ce qui tend à augmenter la qualité de vie et l’observance des patients. C’est également le seul à conjuguer une antiprotéase et le ténofovir-alafénamide (TAF), moins toxique pour les reins», comme l’ont également souligné les Dr Khuong et Rioux dans leur lettre.

«L’évaluation est désormais en phase contradictoire; le laboratoire a fait appel de la décision et sera auditionné au courant du mois de juin. Nous avons fait une demande de contribution à cette évaluation, qui devrait être prise en compte à cette occasion, explique Clarisse Fortemaison, coordinatrice du TRT-5. Notre demande d’audition a en revanche été déclinée.»

La Haute Autorité de Santé, contactée, a refusé de commenter la phase contradictoire en cours.

Inquiétude pour les molécules en développement

La SFLS s’inquiète et dénonce une décision «à l’encontre des enjeux et du concept des traitements adaptés aux personnes en matière d’infection VIH chronique».

Pour la société savante, cette décision laisserait entendre que l’arsenal thérapeutique contre le VIH serait désormais suffisant et ignore la demande des patients d’avoir des traitements simplifiés. Plus grave, pour la SLFS, cette décision fait peser «une inquiétude» sur les molécules en développement, «que ce soit les formes injectables d’antirétroviraux, les inhibiteurs d’attachement, les inhibiteurs d’entrée, les inhibiteurs de capside, les inhibiteurs de protéase non boostés, les futurs STR, etc.»

Enfin, la SFLS s’interroge sur «la justification de ce refus de mise à disposition de telles combinaisons d’antirétroviraux avec un argumentaire et une expertise qui semblent assez loin de la réalité clinique et des recommandations» et s’interroge sur une certaine « idéologie » au sein de la commission de transparence, la même qui l’aurait conduite à attribuer un ASMR 5 au Truvada® dans l’indication de la prophylaxie pré-exposition, estimant que le médicament de la Prep n’apportait «pas d’amélioration du service médical rendu dans la stratégie globale de prévention du VIH dont l‘outil central doit rester le préservatif».