Chaque année, Santé publique France diffuse autour de la Journée mondiale de lutte contre le sidaSida Syndrome d’immunodéficience acquise. En anglais, AIDS, acquired immuno-deficiency syndrome. une campagne nationale consacrée au VIHVIH Virus de l’immunodéficience humaine. En anglais : HIV (Human Immunodeficiency Virus). Isolé en 1983 à l’institut pasteur de paris; découverte récemment (2008) récompensée par le prix Nobel de médecine décerné à Luc montagnier et à Françoise Barré-Sinoussi. En 2026, elle n’aura pas lieu, affirmait le 22 septembre le Collectif des 10 choix politiques pour en finir avec le sida, dans une lettre ouverte signée par cinquante associations (AIDES, Sidaction, Act Up Paris, le Comede, Médecins du Monde…), dix-huit comités de coordination régionale de la santé sexuelle (CoReSS) et la Société française de lutte contre le sida (SFLS). «Cette campagne n’est pas une simple opération de communication, écrivent-ils. Elle constitue un outil de santé publique.»

«Pas parmi les priorités»
Selon Anaïs Saint-Gal, responsable du plaidoyer de Sidaction, interrogée par l’AFP, l’information a commencé à circuler fin août, avant que Santé publique France ne confirme une décision «liée à des coupes budgétaires gouvernementales». Camille Spire, présidente de AIDES, situe l’alerte plus tôt: la fin de la campagne aurait été annoncée «lors d’une réunion à Santé publique France, en juin», explique-t-elle à Têtu. «On ne nous a pas rapporté que le gouvernement réduisait la voilure, mais bien qu’il abandonnait la campagne.»
Le ministère conteste le mot plus que le fond. Grégory Emery, directeur général de la Santé, récuse toute «annulation», puisque «la campagne n’avait pas été produite», mais reconnaît qu’elle «n’a pas figuré parmi les priorités». Sur le VIH, plaide-t-il, «on sait animer les réseaux territoriaux (ARS, professionnels de santé) et on a des outils digitaux pour être aussi efficaces qu’une campagne nationale», d’autant qu’«une campagne télévisuelle aujourd’hui n’est plus impactante».
Le 24 septembre, le député socialiste Arthur Delaporte, coprésident du groupe d’études VIH/sida de l’Assemblée nationale, dénonce une «décision incompréhensible» (LCP). La ministre, Stéphanie Rist, lui répond le lendemain sur X: «Il n’a jamais été question d’annuler ou de ne pas faire de campagne de prévention contre la VIH. Cette campagne aura bien lieu comme tous les ans en décembre.» Elle renvoie à la feuille de route de santé sexuelle et à «un ensemble de dispositifs mobilisés tout au long de l’année», mais ne dit ni qui produira la campagne, ni sous quelle forme, ni avec quel budget.
Des campagnes qui changent de mains
Le flottement tient aussi au calendrier. Depuis janvier, le gouvernement a décidé de retirer à Santé publique France les campagnes nationales de communication, transférées au ministère et à l’Assurance maladie à partir de «début 2027» (Caducée). Le cabinet de la ministre invoquait alors une «multiplication des porteurs de campagnes» qui aurait brouillé «la lisibilité de la parole publique en santé». La Société française de santé publique y voyait au contraire un «risque de confusion» entre communication en santé publique et communication institutionnelle.
Pour les associations, l’enjeu dépasse la diffusion par le télévision et la seule campagne du 1er décembre. Les angles nécessaires à un message efficace et donc les thèmes de campagne à envisager sont multiples: «Nous avons besoin d’inciter le grand public à se faire dépister. Il est aussi nécessaire de sensibiliser à la discrimination qui nuit à la santé mentale des personnes vivant avec le VIH», insiste Florence Thune, directrice générale de Sidaction, dans Têtu. Les signataires demandaient une campagne inscrite «dans la durée», conçue et évaluée avec les personnes vivant avec le VIH. La promesse ministérielle ne porte que sur décembre 2026.
Références
- Collectif des 10 choix politiques pour en finir avec le sida, «Le VIH n’a pas disparu, la campagne du 1er décembre ne doit pas disparaître non plus», lettre ouverte, 22 septembre 2026
- Stéphanie Rist, message sur X, 25 septembre 2026
- Les associations anti-sida déplorent l’absence d’une campagne de prévention cette année, franceinfo avec AFP, 22 septembre 2026
- Une «décision incompréhensible»: à l’Assemblée, le groupe d’études VIH-Sida veut «sauver» la campagne annuelle de prévention, LCP, 25 septembre 2026
- VIH/sida: une campagne est bien prévue pour le 1er décembre, Têtu, 1er octobre 2026
- Santé sexuelle: la troisième feuille de route enfin publiée, vih.org, 16 septembre 2026