La Commission du Lancet HIV sur le vieillissement, publiée le 27 juillet et présentée à Rio, présente ce basculement: en 2025, les plus de 50 ans représentaient 29% des personnes vivant avec le VIHVIH Virus de l’immunodéficience humaine. En anglais : HIV (Human Immunodeficiency Virus). Isolé en 1983 à l’institut pasteur de paris; découverte récemment (2008) récompensée par le prix Nobel de médecine décerné à Luc montagnier et à Françoise Barré-Sinoussi. soit 11,5 millions. D’ici 2040, ils devraient être 20,2 millions 20,2 millions, soit 51% du total, dont 96% dans un pays à revenu faible ou intermédiaire. Marília Antonio, qui coprésidait la session d’abstracts consacrée au sujet, a rappelé que, pendant des années, le succès s’est mesuré à un seul indicateur, la suppression virale. Désormais, le changement de profil de l’épidémie impose de lui en ajouter d’autres : la capacité à penser, à marcher, à travailler et à vivre de façon autonome.
Ce qui cède en premier
La cohorte ELEA-Brasil, présentée par la neuropsychologue Priscila Corção (INI-Fiocruz, Rio), a évalué 624 personnes de 50 ans et plus, toutes sous traitement et virologiquement contrôlées: la moitié (50,5%) obtient un score inférieur ou égal à 23 au MoCA, le test de dépistage cognitif. D’autres facteurs, révélant ainsi les discriminations vécues par certaines personnes séropositives, sont aussi associés à ce déclin : l’âge, mais aussi la couleur de peau noire ou métisse, le sexe féminin à la naissance, un faible niveau de scolarisation et les symptômes dépressifs. Notons que le public a apporté une nuance d’importance, en rappelant que le MoCA mesurait une performance à un test, et ne diagnostiquait pas un trouble cognitif.
Deuxième sujet, la capacité musculaire. Dans l’étude d’exercice HEALTH (Colorado et Seattle), présentée par André dos Santos, la quantité de muscle prédit la force mais pas la performance physique; c’est sa qualité, mesurée par l’infiltration graisseuse de la cuisse à l’IRM, qui s’associe à une moins bonne fonction. Deux mesures complémentaires, dont une seule est faite en routine.
Troisième sujet, la santé mentale. Tyler Hamby a harmonisé deux cohortes, RV254 en Thaïlande et AFRICOS en Afrique subsaharienne, soit 3 848 personnes et près de 48 000 mesures de dépression sur seize ans. Le facteur prédictif le plus fort de la sévérité des symptômes n’est ni l’âge ni la durée d’infection: c’est la charge viraleCharge virale La charge virale plasmatique est le nombre de particules virales contenues dans un échantillon de sang ou autre contenant (salive, LCR, sperme..). Pour le VIH, la charge virale est utilisée comme marqueur afin de suivre la progression de la maladie et mesurer l’efficacité des traitements. Le niveau de charge virale, mais plus encore le taux de CD4, participent à la décision de traitement par les antirétroviraux. détectable, qui devance le veuvage et le chômage.
Enfin, la santé artérielle. Madeleine Durand (Université de Montréal) a mesuré l’inflammation de la graisse entourant les coronaires chez 228 personnes de la Canadian HIV and Aging Cohort Study, avec et sans VIH. Il en ressort que le statut sérologique n’est pas associé à cet indice, tandis que le tabac et les stimulants le sont, et que les statines ont un effet protecteur. Surtout, la gp120 plasmatique, détectable chez un tiers des personnes en succès virologique, s’associe à une inflammation accrue: l’essai RESTART teste si le fostemsavir, qui neutralise cette protéine, l’inverse.
L’inflammation, et les leviers qui existent déjà
Ces quatre tableaux ont un dénominateur commun. Eugènia Negredo (Fundació Lluita, Barcelone), lors du symposium sur le vieillissement au fil de la vie, a décrit une boucle: l’inflammation produit des maladies cardiovasculaires et métaboliques, qui produisent de l’inflammation. Pour l’intervenante, casser cette boucle est la première intervention à implémenter. Elle s’appuie sur REPRIEVE, où la pitavastatine a réduit de 35% les événements cardiovasculaires majeurs chez 7769 personnes à risque faible à modéré, et plaide pour prescrire des statines à ce niveau de risque, pour leur effet anti-inflammatoire autant que sur le LDL. Sur la prise de poids sous antirétroviraux, sa position est ferme: aucune donnée ne montre qu’un changement de molécule améliore le poids, donc on ne change pas.
Lucette Cysique (UNSW, Sydney) est venue corriger un fatalisme répandu. Chez les personnes traitées tôt, durablement contrôlées et dont les CD4 sont restés au-dessus de 350, le taux d’atteinte cognitive tourne autour de 25 à 30%: autrement dit, plus de 70% des patients vont bien. Les lignes directrices de l’OMS sur la réduction du risque de démence, dont la deuxième édition est parue en juillet 2026, intègrent désormais le VIH dans leur champ, sans recommandation spécifique faute de preuves suffisantes. Son groupe, le NeuroHIV and Aging Advocacy Group, défend dans le Lancet HIV un dépistage précoce avec des outils validés, des soins intégrés sur le modèle de la Silver Clinic de Brighton et l’accès aux essais sur la démence, dont les personnes vivant avec le VIH restent souvent exclues.
«Nous avons gagné la guerre, nous avons perdu le plan de paix»
Reste le maillon faible, mis en avant par François Venter (Ezintsha, Johannesburg) devant ses collègues de l’assemblée. Les programmes VIH ont été conçus pour des personnes de 30 ans atteintes d’une seule maladie, qui est désormais «la plus facile à traiter». Aujourd’hui, ces mêmes programmes accueillent une population âgée et multimorbide. Les cliniques VIH sont ainsi devenues les plus grandes consultations de maladies non transmissibles d’Afrique sans en avoir ni le mandat ni les moyens, et beaucoup n’ont même pas de tensiomètre. Le Nord n’est pas épargné, soulignait le chercheur citant une clinique de Copenhague qui documentait scrupuleusement glycémie et lipides sans mesurer la pression artérielle. Il suggère donc d’être plus opérationnel: viser quelques gains accessibles plutôt que tout dépister, et l’hypertension d’abord; apprendre à utiliser les GLP-1; protéger les personnes âgées de la bureaucratie des services comme on en protège les femmes enceintes. Sa conclusion tient en une phrase: si tout ce qu’un service sait faire est gérer la virémie, l’intelligence artificielle le remplacera bientôt.
Une horloge, ou une consultation
En plénière de clôture, Lishomwa Ndhlovu (Weill Cornell) a abordé les futures pistes de prise en charge et de suivi : une horloge épigénétique fondée sur les rétroéléments du génome humain, qui mesure une accélération moyenne de 2,8 ans chez les personnes vivant avec le VIH, ou la metformine, qui abaisse l’âge épigénétique des monocytes en 24 semaines. Rien de tout cela n’est encore disponible en consultation.
Jorge Pinto (UFMG, Belo Horizonte) rappelait la veille que l’acquisition du VIH en périnatal fait perdre environ dix ans d’espérance de vie aux hommes et douze aux femmes, et que ces pertes sont réduites à moins d’un an quand la prise en charge est optimale.
L’ensemble de ces données montre que l’essentiel du terrain perdu n’est donc pas dû à la biologie du virus mais aux ruptures de suivi, à une transition mal préparée entre prise en charge pédiatrique et médecine adulte, à une santé mentale trop souvent ignorée, et bien évidemment, à la précarité économique. Ce qui manque en premier n’est pas une nouvelle façon de mesurer le vieillissement, c’est l’accès à un suivi médical régulier et complet.