PrEP à Porter: comprendre les ruptures de suivi pour améliorer la rétention en soin des femmes transgenres

Sur les 101 femmes transgenres migrantes suivies à Paris par le programme communautaire PrEP à Porter, 16 avaient décroché à la semaine 96. N’avoir jamais pris de PrEP, l’observer difficilement, ne pas parler français: l’étude ANRS-0566 identifie ce qui fait rompre le suivi. Elle montre surtout que la majorité des perdues de vue se savent toujours exposées au VIH, et se disent prêtes à revenir si le dispositif s’assouplit.

D’après Pipitone F et al. Abstr. 4607, actualisé.

Cette étude s’intéresse aux causes des pertes de suivi au sein du programme PrEPPrEP Prophylaxie Pré-Exposition. La PrEP est une stratégie qui permet à une personne séronégative exposée au VIH d'éliminer le risque d'infection, en prenant, de manière continue ou «à la demande», un traitement anti-rétroviral à base de Truvada®. à Porter, un dispositif communautaire multidisciplinaire destiné aux femmes transgenres migrantes à Paris. L’objectif était d’identifier les facteurs associés à l’arrêt du suivi, d’évaluer le maintien du risque de VIHVIH Virus de l’immunodéficience humaine. En anglais : HIV (Human Immunodeficiency Virus). Isolé en 1983 à l’institut pasteur de paris; découverte récemment (2008) récompensée par le prix Nobel de médecine décerné à Luc montagnier et à Françoise Barré-Sinoussi. après cette rupture et de proposer des stratégies permettant de réengager les participantes dans le parcours de prévention. Le programme ANRS-0566 PrEP à Porter repose sur une approche innovante associant accompagnement médical, médiateurs communautaires et soutien social, administratif, juridique et psychologique.

Après une première phase de suivi d’une cohorte de 101 femmes transgenres, enrichie par des groupes de discussion et des entretiens individuels, une seconde phase vise à mettre en œuvre des interventions adaptées aux besoins exprimés par les participantes. Le critère principal est la comparaison des taux de rétention à 48 semaines entre les deux phases. La population étudiée est particulièrement vulnérable. L’âge médian est de 34 ans; la majorité des participantes sont originaires d’Amérique latine, principalement du Pérou. Plus de la moitié ne disposent d’aucune couverture sociale, 85% présentent une forte précarité sociale (score EPICES >30) et 92% sont des travailleuses du sexe. Les besoins d’accompagnement social sont considérables, 80 participantes souhaitant bénéficier d’un soutien social ou administratif.

L’analyse quantitative montre qu’à la semaine 96, 16 participantes étaient considérées comme perdues de vue. Les facteurs les plus fortement associés au risque de rupture du suivi sont l’absence d’expérience préalable avec la PrEP (ORa 4,54), une observanceObservance L’observance thérapeutique correspond au strict respect des prescriptions et des recommandations formulées par le médecin prescripteur tout au long d’un traitement, essentiel dans le cas du traitement anti-vih. (On parle aussi d'adhésion ou d'adhérence.) mauvaise ou non évaluée du traitement (ORa 3,76) et le fait de ne pas parler français (ORa 2,37). À l’inverse, plusieurs éléments apparaissent protecteurs, notamment le suivi conjoint par l’association et l’hôpital, l’intérêt pour un accompagnement psychologique ou social, ainsi que l’existence d’un parcours de soins déjà engagé dans le domaine de l’affirmation de genre. Les entretiens qualitatifs réalisés auprès de 15 participantes perdues de vue apportent un éclairage complémentaire (figure).

Résultats des entretiens qualitatifs menés auprès des 15 participantes perdues de vue: principales raisons de l’arrêt du suivi dans le programme communautaire de PrEP. D’après Pipitone F et al., abstract 4607, AIDS 2026, actualisé.

Malgré la rupture du suivi, 9 des 15 participantes interrogées estimaient rester exposées au risque de VIH. Sept se déclaraient prêtes à réintégrer le programme si celui-ci proposait davantage de flexibilité, notamment des consultations en ligne, une prise en charge associant PrEP et hormonothérapie féminisante ou encore la PrEP «à la demande». Plusieurs ont également exprimé un intérêt marqué pour la PrEP injectable à longue durée d’action. L’étude révèle aussi que certaines participantes poursuivent une PrEP sans suivi médical ou connaissent insuffisamment les possibilités de prophylaxie post-exposition (PEP). Au total, cette étude montre que les ruptures de suivi ne relèvent pas uniquement de facteurs individuels mais résultent d’une combinaison de barrières sociales, linguistiques, administratives et organisationnelles. Les auteurs plaident pour des stratégies de réengagement plus proactives, reposant sur une diversification des modalités de délivrance de la PrEP, un accompagnement renforcé par les pairs et une meilleure intégration des services médicaux, sociaux et communautaires afin de limiter les interruptions de prévention chez cette population particulièrement exposée au risque de VIH.

Cet article a été publié dans le e-journal de la lettre de l’infectiologue d’Edimark, nous le reproduisons avec leur aimable autorisation.