Le PEPFAR, ou plutôt son absence totale ou partielle (négociée), est désormais de toutes les conférences VIH/sida. «Jamais les financements des donateurs n’avaient chuté aussi fortement, aussi rapidement», a alerté Beatriz Grinsztejn, présidente de l’International AIDS Society (IAS) et coprésidente internationale d’AIDS 2026, lors de la conférence de presse inaugurale. Et les démonstrations activistes lors de l’opening session ont beaucoup ciblé Donald Trump.
Après la CROICROI «Conference on Retroviruses and Opportunistic Infections», la Conférence sur les rétrovirus et les infections opportunistes annuelle où sont présentés les dernières et plus importantes décision scientifiques dans le champs de la recherche sur le VIH. 2025 (la sidération, et «stand up for science»), l’IAS 2025 de Kigali et les modélisations alarmantes de l’ONUSIDA (selon lesquelles l’arrêt du soutien pourrait entraîner 6 millions de nouvelles infections et 4 millions de décès supplémentaires d’ici à 2029), l’EACS 2025 à Paris et le tournant décisif vers un nouvel ordre mondial où les pays à revenu faible et intermédiaire devront assumer une part plus importante de leurs dépenses de santé, la CROI 2026 et «sortir du marasme», l’AFRAVIH 2026 et la prise de conscience que l’Europe non seulement ne va pas combler le désengagement états-unien mais diminue elle-même ses contributions, notamment auprès du Fonds mondial, c’est au tour de l’IAS brésilienne.

Le Brésil, moins exposé que ses voisins
Le Brésil, énorme pays pionnier dans la lutte contre le VIHVIH Virus de l’immunodéficience humaine. En anglais : HIV (Human Immunodeficiency Virus). Isolé en 1983 à l’institut pasteur de paris; découverte récemment (2008) récompensée par le prix Nobel de médecine décerné à Luc montagnier et à Françoise Barré-Sinoussi. (212 millions d’habitants·es, 1,1 million de personnes vivant avec le VIH en 2024 selon l’ONUSIDA, 46 000 nouvelles infections et 13 000 décès liés au sida), est un pays à part. Moins impacté par les coupes des financements américains, contrairement à la plupart des pays d’Amérique latine et des Caraïbes cités dans le rapport de l’ONUSIDA (République dominicaine, Salvador, Guatemala…). Il dispose en effet d’un système de santé unifié (SUS) qui garantit un accès universel et gratuit aux services de santé, y compris le diagnostic, le traitement et la prévention du VIH, pour toutes les personnes vivant sur son territoire. Cela étant, plusieurs projets locaux au Brésil dépendent bien du PEPFAR et, selon l’ONUSIDA, si la réponse nationale au VIH n’avait pas encore été affectée par la réduction des ressources au moment du constat, l’incertitude demeure. Il s’agit des programmes ciblant des populations clés (personnes trans, HSHHSH Homme ayant des rapports sexuels avec d'autres hommes. travailleurs et travailleuses du sexe), souvent portés par des ONG communautaires plutôt que par le système public, touchées par le gel.
166 partenaires interrogés dans 46 pays
Dans ce contexte, la session de communications orales choisies par les coprésidents de la conférence (AIDS 2026: Co-Chairs’ Choice), modérée par Beatriz Grinsztejn, Draurio Barreira et Claudia Cortes, présentait la plus grande étude d’impact jamais réalisée, exposée par Elise Lankiewicz, de l’amfAR (The Foundation for AIDS Research). Baptisée PEPFAR Pulse, elle est la première évaluation menée à l’échelle du programme entier: les premiers signalements de chute des services existaient, mais aucun état des lieux des partenaires de mise en œuvre. De novembre 2025 à avril 2026, un questionnaire électronique a été diffusé à tous les partenaires nationaux devant recevoir un financement du PEPFAR au cours de l’exercice 2025, chacun étant relancé jusqu’à trois fois par courriel. Il a permis de toucher 166 partenaires dans 46 pays, soit 23% des 708 structures concernées. Les coordonnées ont été obtenues auprès de réseaux professionnels et de sources publiques.
Résultats des courses: au total, 3% (5/158) des organisations ont fermé définitivement, 52% (82/158) ont vu au moins une subvention résiliée et 81% (122/150) ont été invitées à restreindre leurs activités pour se conformer à une nouvelle politique américaine. Ces résiliations ont entraîné la fermeture de 1 714 sites de services, dont 1 010 établissements de santé publique, 325 points d’accès et 126 centres d’accueil. Les organisations dont le siège est situé localement ont été nettement plus touchées que les organisations internationales (cf tableau 1).
Les populations clés en première ligne
Par domaine d’intervention, les organismes partenaires ont le plus souvent cessé définitivement de fournir des services aux populations clés (73%, 45/62), des services communautaires (46%, 35/76), des services de soutien socio-économique (49%, 20/41) ou des services de prévention (43%, 40/93). Parmi ceux qui offrent des traitements contre le VIH, 21% (18/85) ont cessé définitivement au moins une activité de soins cliniques. Les systèmes de données et les chaînes d’approvisionnement ont également été perturbés, les prestataires signalant une incapacité à se procurer des préservatifs (23%, 25/109), des produits de laboratoire (23%, 25/109), la PrEPPrEP Prophylaxie Pré-Exposition. La PrEP est une stratégie qui permet à une personne séronégative exposée au VIH d'éliminer le risque d'infection, en prenant, de manière continue ou «à la demande», un traitement anti-rétroviral à base de Truvada®. (22%, 25/109) et des ARV (20%, 22/109). Même parmi les prestataires dont aucune subvention n’a été résiliée, la majorité a censuré son vocabulaire (61%, 11/18), interrompu un service (61%, 11/18) ou cessé de fournir des services à des populations spécifiques (44%, 8/18) afin de continuer à percevoir des financements.
Tableau 1. Perturbations organisationnelles selon le type de partenaire de mise en œuvre
| Type de perturbation | Ensemble (a) % (n) | Organisations locales (b) % (n) | Organisations internationales % (n) | p (c) |
|---|---|---|---|---|
| Au moins une subvention résiliée | 56,6 (82/153) | 62,9 (56/89) | 40,6 (26/64) | 0,008* |
| Au moins un service retardé ou risquant de ne pas être payé | 55,1 (81/147) | 47,7 (41/86) | 65,6 (40/60) | 0,043* |
| Fermeture d’un site | 15,8 (25/158) | 23,3 (21/90) | 5,9 (4/68) | 0,004* |
| Demande de se conformer à des politiques américaines supplémentaires | 81,3 (122/150) | 77,9 (67/86) | 85,9 (55/64) | 0,290 |
(a) Les dénominateurs varient selon la non-réponse à chaque variable et selon les données disponibles sur le type de partenaire (local ou international). (b) Les partenaires locaux sont ceux dont le siège social est situé dans le pays où la subvention est mise en œuvre. (c) Valeurs p calculées par test exact de Fisher. * p < 0,05. Les pourcentages sont ceux publiés dans l’abstract; rapporté à son dénominateur, le 56,6% de la première ligne correspond à 53,6% (82/153).
Pour les auteurs, «les modifications apportées au financement et à la politique américains ont entraîné des perturbations à l’échelle du PEPFAR, affectant de manière disproportionnée les organisations locales et les populations clés. La disparition de ces acteurs menace la pérennité du programme et risque de compromettre le contrôle de l’épidémie de VIH, les pertes de services les plus importantes ayant touché les personnes les plus vulnérables à la contamination et à la transmission du VIH.» Et de conclure qu’aller de l’avant «exigera des solutions durables pour maintenir les services liés au VIH, notamment en soutenant les acteurs locaux et les programmes pilotés par les populations clés elles-mêmes, afin d’atteindre celles qui ont perdu le soutien du PEPFAR».
Références
- Sherwood J, Lankiewicz E, Gironda C et coll., Measuring PEPFAR disruptions at scale: results from a 46-country implementing partner survey (étude PEPFAR Pulse), abstract 12711, session Co-Chairs’ Choice, AIDS 2026, Rio de Janeiro, juillet 2026.
- HIV Treatment Bulletin, i-Base, juillet 2026.
- Data revealing the impact of PEPFAR disruptions and advances in long-acting HIV prevention and treatment announced ahead of AIDS 2026, communiqué de l’International AIDS Society, 21 juillet 2026.
- AIDS 2026 à Rio: l’innovation face aux coupes budgétaires, vih.org, juillet 2026.
- AFRAVIH 2026 à Lausanne: la lutte contre le sida à l’épreuve du choc Trump, vih.org, mai 2026.