
L’édition 2026 du congrès AIDS (virtuelle et présentielle), organisée par l’International AIDS Society (IAS) à Rio de Janeiro, au Riocentro (Barra da Tijuca), du 26 au 31 juillet, est doublement attendue. Car bien plus que la CROICROI «Conference on Retroviruses and Opportunistic Infections», la Conférence sur les rétrovirus et les infections opportunistes annuelle où sont présentés les dernières et plus importantes décision scientifiques dans le champs de la recherche sur le VIH. cette conférence internationale est ouverte aux pays émergents et aux associations communautaires internationales engagées dans la lutte contre le VIHVIH Virus de l’immunodéficience humaine. En anglais : HIV (Human Immunodeficiency Virus). Isolé en 1983 à l’institut pasteur de paris; découverte récemment (2008) récompensée par le prix Nobel de médecine décerné à Luc montagnier et à Françoise Barré-Sinoussi. et pour la santé sexuelle, allant des sciences sociales à la recherche fondamentale. Associations et programmes de recherche qui sont négativement impactés par la crise sans précédent des financements internationaux (USAID, l’agence américaine pour le développement international, PEPFAR, le plan d’urgence de la présidence des États-Unis contre le sidaSida Syndrome d’immunodéficience acquise. En anglais, AIDS, acquired immuno-deficiency syndrome. OMS…), engagée dès le retour de Donald Trump à la présidence des États-Unis, mais aussi nationaux, comme s’annonce la baisse drastique en 2026 des financements associatifs par la Direction générale de la santé (DGS). Baisse de subventions qui entraîne çà et là des plans sociaux, à l’instar d’AIDES, en France. Que ces coupes budgétaires soient politiquement ou économiquement induites, elles menacent les acquis de plusieurs décennies. Et font reculer les objectifs de l’OMS pour 2030. Donc d’un côté, des avancées scientifiques en prévention hautement efficace et d’une prise en charge simplifiée; de l’autre les coupes budgétaires, mais aussi les coupes dans les bases de données et dans l’expertise scientifique, à l’instar du démantèlement des CDC (Centers for Disease Control and Prevention, l’agence fédérale américaine de santé publique) et de son organe de diffusion de l’information, le MMWR (Morbidity and Mortality Weekly Report). On suivra avec attention mardi 28 juillet la communication orale de Kenneth Ngure, professeur de santé mondiale à l’université Jomo-Kenyatta (Kenya) et président élu de l’IAS, selon laquelle environ 77 000 enfants de moins dans le monde ont reçu un traitement contre le VIH soutenu par les États-Unis au cours de l’année se terminant en octobre 2025, par rapport à l’exercice précédent, après les coupes budgétaires et les modifications apportées à l’aide étrangère par l’administration Trump. Les traitements pédiatriques contre le VIH financés par les États-Unis ont diminué de 14% à l’échelle mondiale et des baisses ont été observées dans 20 des 21 pays analysés. «Ce sont des signaux, pas un verdict. Mais les enfants ne peuvent pas attendre», a déclaré ce co-auteur de l’étude à l’agence Reuters. En réponse, le département d’État américain a déclaré «qu’il n’avait pas examiné l’étude en détail, mais que sa méthodologie était erronée», affirmant que ce déclin était un signe «de succès du programme, car moins d’enfants étaient infectés par le VIH et le nombre de personnes sous traitement était en baisse depuis quatre ans».
Plus encore, on suivra l’impact des décisions successives prises aux États-Unis par le ministre de la Santé Robert F. Kennedy Jr qui, sous couvert de «réformes», défient la science et l’épidémiologie la plus basique en installant par exemple une défiance institutionnelle envers les vaccins, au mépris des données scientifiques les plus solides.
«Repenser, reconstruire, se relever»
Le thème retenu pour AIDS 2026, «Rethink, Rebuild, Rise» («Repenser, reconstruire, renaître»), reflète parfaitement cette dualité et la tâche à accomplir tant par les acteurs de terrain que par les organisations nationales et internationales afin de remettre dans le sens de la marche la lutte contre le VIH en protégeant les plus vulnérables.
Ce que la France présente à Rio
La France sera bien représentée à Rio, notamment via l’ANRS-MIE avec un stand France en partenariat avec le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, l’IRD, Expertise France et Santé publique France. Mais aussi par trois présentations orales: «RHIVIERA-01: analytical treatment interruption in early-treated people with B35(53)-Bw4TTC2 genotype» par Asier Sáez-Cirión, «Back to PrEPPrEP Prophylaxie Pré-Exposition. La PrEP est une stratégie qui permet à une personne séronégative exposée au VIH d'éliminer le risque d'infection, en prenant, de manière continue ou «à la demande», un traitement anti-rétroviral à base de Truvada®. à Porter: addressing lost to follow-up participants in a community-based multidisciplinary PrEP implementation strategy for trans women in Paris» par Federico Pipitone et «Innate immune signatures of post-interventional control in very early-treated women living with cladeClade Les clades désignent les variations d’un même virus qui ont divergé au gré des mutations génétiques. C HIV (FRESH cohort)» par Yanis Merad. Très attendus, les résultats de RHIVIERA-01 seront l’occasion d’un symposium satellite international du consortium RHIVIERA sur la thématique «Interruption et reprise du traitement: les enseignements tirés des essais cliniques sur la guérison du VIH». En s’appuyant sur les résultats de RHIVIERA et d’autres études internationales, la session examinera les mécanismes immunovirologiques sous-jacents au rebond viral et au contrôle post-traitement, l’évolution de l’infection après la reprise du traitement, ainsi que l’expérience vécue des participants aux études. Il y aura aussi la présentation sur les personnes trans de l’étude ANRS-Trans&HIV, «Life-course trajectories of migration, transgender visibility, and transactional sex involvement in relation to HIV diagnosis among trans women living with HIV in France (ANRS-Trans&HIV)», par Margot Annequin. D’autres Français s’exprimeront à l’oral, avec par exemple Jade Ghosn (Bichat) qui donnera les résultats de l’étude VOGUE (phase 3b), première étude à évaluer l’efficacité, la sécurité et la tolérance de l’association en bithérapie orale dolutégravir/lamivudine en première intention, comparativement à la trithérapie de référence bictégravir/emtricitabine/ténofovir alafénamide. Ou bien la communication d’Antoine Chéret (CHU de Guadeloupe) sur l’évaluation finale de l’efficacité virologique en conditions réelles des trithérapies à base de dolutégravir par rapport à celles à base de bictégravir chez les personnes vivant avec le VIH et présentant une charge viraleCharge virale La charge virale plasmatique est le nombre de particules virales contenues dans un échantillon de sang ou autre contenant (salive, LCR, sperme..). Pour le VIH, la charge virale est utilisée comme marqueur afin de suivre la progression de la maladie et mesurer l’efficacité des traitements. Le niveau de charge virale, mais plus encore le taux de CD4, participent à la décision de traitement par les antirétroviraux. élevée (étude BicDol menée au sein de la cohorte française Dat’AIDS). Il y a aussi un poster plus politique (WEPEF692) à découvrir: «French contribution to the global fund: building cross-party support while maintaining an activist identity».
Chemsex: 22 communications, et la question des psychoses
On suivra aussi avec attention les innovations en matière de réduction des risques du chemsexChemsex Le chemsex recouvre l’ensemble des pratiques relativement nouvelles apparues chez certains hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH), mêlant sexe, le plus souvent en groupe, et la consommation de produits psychoactifs de synthèse. (22 communications orales et posters sur ce thème), avec notamment les aspects psy dans un atelier communautaire: «La psychose survenant dans des contextes de chemsex peut perturber les habitudes de vie, accroître l’isolement et nuire au bien-être mental ainsi qu’à l’observance du traitement anti-VIH (…) Les participants découvriront des stratégies pratiques, animées par des pairs, pour limiter l’aggravation des symptômes, maintenir le lien social et favoriser la continuité du traitement antirétroviral en nous permettant de rester au sein de notre communauté, de continuer à faire la fête et de bénéficier du soutien de nos pairs.»
Pré-conférences: 700 boursiers venus de 93 pays
Le dimanche 26 juillet était le temps des pré-conférences, souvent plus didactiques que certaines sessions orales. D’autant que le congrès de l’IAS, traditionnellement, ouvre ses portes aux étudiants, notamment venant de pays à faibles ressources. Rio accueille plus de 700 boursiers issus de 93 pays. Parmi ceux qui ont accepté leur bourse: 34% vivent avec le VIH, 68% s’identifient comme appartenant à des «populations clés» et 80% résident dans des pays à faibles et moyens revenus.
Les thèmes qui sont retenus en pré-conférence cette année à Rio sont:
- L’élargissement de la panoplie d’outils biomédicaux de prévention du VIH, innovations en sciences fondamentales dans le développement d’un vaccin contre le VIH, mise en œuvre des mesures de prévention et conditions nécessaires pour inverser le cours de l’épidémie.
- L’influence de l’exposition périnatale au VIH sur le développement neurocognitif précoce, identification précoce des enfants vulnérables et suivi de l’exposition périnatale au VIH et aux antirétroviraux (ARV) pour comprendre les conséquences à long terme.
- La recherche sur la guérison du VIH («cure») et les avancées en Amérique latine, dans les Caraïbes et au-delà, avec un accent particulier sur les réservoirs du VIH et le contrôle viral, l’immunothérapie, la thérapie génique et la recherche sur la guérison chez l’enfant.
- Les soins prénataux et postnataux intégrés pour favoriser la triple élimination de la transmission verticale du VIH, de la syphilis et de l’hépatite B, et accélérer l’amélioration de la santé des femmes et des familles.
Bref, un congrès qui s’annonce rempli de bonnes intentions et d’innovations scientifiques dans un contexte géopolitique défavorable.
À suivre.