CSF-2023 dans les Outre-mer : des indicateurs attendus

L’ANRS Maladies infectieuses émergentes (ANRS MIE) a publié le 14 avril 2026 les premiers résultats du volet Outre-mer de l’enquête Contexte des sexualités en France (CSF-2023), menée en Guyane, en Guadeloupe, en Martinique et à La Réunion. À ce stade, les chiffres restent succincts : principaux indicateurs par sexe, plus rarement par âge, sans comparaison ni avec l’Hexagone ni avec les enquêtes antérieures. Ces quatre départements concentrant les indicateurs de santé sexuelle les plus dégradés du territoire national, des analyses contextualisées sont d’autant plus nécessaires et urgentes.

L’enquête a porté sur quatre des cinq départements et régions d’Outre-mer, Mayotte n’ayant pas été inclus. Au total, 10 259 personnes de 15 à 89 ans ont été interrogées par téléphone, puis appelées à compléter un autoquestionnaire en ligne pour les majeurs. Le recueil s’est déroulé de mai 2023 à janvier 2024, selon la même méthodologie que dans l’Hexagone, dont les premiers résultats ont été publiés en novembre 2024. Pour la première fois, ces territoires ont été intégrés dès la conception de l’enquête, conduite par l’Inserm avec un consortium associant l’Ined, le CNRSCNRS Centre national de la recherche scientifique. Santé publique France, l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne, l’Université de Strasbourg, l’Observatoire régional de la santé de La Réunion et le CHU de Guyane.

À ce stade, les résultats disponibles sont très succincts : pour chaque département, les principaux indicateurs et leur distribution par sexe, et pour de rares cas, par âge.

Les principaux résultats mis en avant par l’équipe scientifique sont les suivants :

  • une remontée de l’âge au premier rapport sexuel ces dernières années, mais des disparités régionales;
  • un nombre de partenaires sexuels au cours de la vie plus élevé chez les hommes, à tous les âges et dans chaque territoire;
  • une acceptation sociale plus élevée de l’homosexualité chez les femmes et les jeunes;
  • des violences sexuelles déclarées plus fréquemment chez les jeunes femmes;
  • une prévention des infections sexuellement transmissibles (IST) limitée en début de vie sexuelle et lors de nouvelles relations sexuelles, quel que soit le territoire;
  • une couverture vaccinale contre l’hépatite B et les papillomavirus humains (HPV) insuffisante.

Figure: Évolution de l’âge médian au premier rapport sexuel, par cohorte et par sexe, dans les quatre DROM. À l’exception de la Guyane chez les hommes, l’âge augmente. Source : CSF-2023, volet Outre-Mer, ANRS MIE-Inserm.

Pas de comparaison avec les enquêtes antérieures

L’équipe de recherche a fait le choix de ne réaliser aucune comparaison avec l’Hexagone, ni entre départements, ni avec les enquêtes antérieures réalisées en Guyane, Guadeloupe et Martinique en 2004 et 2012 dans le cadre de la série des grandes enquêtes KABPKABP Les enquêtes KABP (Knowledge, attitudes, beliefs and practices) sur les connaissances, les attitudes, les croyances, et les comportements face au VIH de la population générale adulte vivant en France et en Ile-de-France ont été répétées depuis 1992, environ tous les trois ans, en 1992, 1994, 1998, 2001 et 2004, puis en 2011. Elles fournissent aux pouvoirs publics, à intervalles réguliers, des informations leur permettant d’orienter les politiques de lutte contre le VIH/sida. (Knowledge, Attitudes, Beliefs and Practices). Ces enquêtes, menées régulièrement sur le territoire hexagonal de 1992 à 2010, visaient à informer les stratégies de prévention face au VIHVIH Virus de l’immunodéficience humaine. En anglais : HIV (Human Immunodeficiency Virus). Isolé en 1983 à l’institut pasteur de paris; découverte récemment (2008) récompensée par le prix Nobel de médecine décerné à Luc montagnier et à Françoise Barré-Sinoussi. en particulier dans ces régions ayant alors, et ayant encore, des indicateurs épidémiologiques d’une forte exposition au VIH. Pourtant, comme l’ont montré les résultats de la même enquête CSF dans l’Hexagone, les transformations historiques doivent aussi être à l’œuvre au sein des sociétés ultramarines. À noter que La Réunion, incluse dans l’enquête 2023, ne l’avait pas été antérieurement, sur le constat, implicite, d’une situation du VIH moins critique mais quand même plus grave que dans les régions les plus touchées de l’Hexagone.

On ne trouve pas encore, dans ces premiers résultats, d’analyse des associations entre la vie sexuelle et les caractéristiques sociales, ni de mises en contexte des données présentées avec les traits propres à chacune de ces régions. Ces départements ont tous, au-delà de leur position périphérique en dehors de l’Europe et de leur histoire commune (colonisation, esclavage, luttes sociales), d’importantes différences: la géographie (trois îles et un territoire continental), leur position dans la transition démographique, les flux d’immigration et d’émigration, façonnent les rapports sociaux et les rapports entre les sexes. Là comme dans l’Hexagone, l’enquête CSF-2023 montre que le numérique a largement pénétré le territoire de la sexualité, chez les plus jeunes mais pas seulement.

Une analyse approfondie du très large matériel recueilli est d’autant plus attendue que ces départements sont les plus pauvres de France (Milhaud Samarina et Ribardière, 2025) et ceux où les indicateurs de santé sexuelle, notamment les ISTIST Infections sexuellement transmissibles.  chez les jeunes (Kunkel et al., BEH, 2025) et les interruptions volontaires de grossesse (Vilain et Fresson, DREES, 2025), figurent au plus haut de l’ensemble du territoire national.

Références

  • ANRS MIE, Premiers résultats de l’enquête CSF-2023 dans les Outre-Mer : focus sur la Guyane, la Martinique, la Guadeloupe et La Réunion. Dossier de presse, 14 avril 2026. PDF.
  • Olivier Milhaud Samarina et Antonine Ribardière, Atlas de la pauvreté et des inégalités. Mieux comprendre les inégalités de richesse et du chômage, CNLE, octobre 2025. PDF.
  • Kunkel A, Chazelle É, Cazein F, de Lauzun V, Lucas É, Laporal S, et al. « Dépistage et diagnostic du VIH et de trois infections sexuellement transmissibles bactériennes chez les jeunes en France, 2014-2023 ». Bull Epidemiol Hebd. 2025;(19-20):373-82. Lien.
  • Vilain A, Fresson J. « En 2024, 251 270 IVG ont eu lieu en France, dont 80 % sont médicamenteuses ». Études et Résultats, DREES, n° 1350, septembre 2025. PDF.