«Délinquance, l’imposture du tout sécuritaire»

Notre système de gestion de la toxicomanie est la résultante de la loi de 1970. Cette loi relative aux mesures sanitaires de lutte contre la toxicomanie et la répression du trafic de l’usage illicite des substances vénéneuses a pour principe de considérer l’usager de drogues comme un individu malade et délinquant. On perçoit dès lors toute l’ambiguïté qui réside entre une approche de santé publique et une approche pénale, en effet, quel rôle doit jouer un soignant face à un délinquant et quel rôle doit jouer le policier face à un malade? Quelle est la pertinence d’une politique qui consiste à vouloir soigner de force ou emprisonner un malade?

Aux racines de la prohibition des drogues

Premières marchandises qui ont circulé à travers le monde, les drogues psychotropes ont été aussi les premières à faire l’objet de traités internationaux. Pourtant, lorsqu’en 1909 et 1912 ces traités sur l’opium ont été signés, les pays signataires acceptent tout au plus de réguler ce commerce fort lucratif. Pourquoi cette politique internationale a-t-elle abouti à la prohibition? Comment a-t-elle été mise en place, qu’est-ce qui justifie la sélection des substances prohibées? Et comment a-t-elle abouti à la fin des années soixante à une guerre internationale qui va progressivement gagner tous les continents?

En finir avec la guerre à la drogue: Quand des prix Nobel d’économie s’engagent

Ce ne sont pas moins de cinq Nobel d’économie, accompagnés d’anciens hauts fonctionnaires internationaux, d’anciens présidents ou ministres de pays tels que le Royaume-Uni, la Pologne ou le Guatemala, et des professeurs de prestigieuses universités anglaises et américaines qui soutiennent un rapport de la London School of Economics publié en mai 2014 et intitulé «Mettre fin à la guerre à la drogue». Les auteurs de ce rapport, pour la plupart américains, sont des experts reconnus dans le champ des drogues et des conduites addictives, et tout particulièrement dans l’évaluation des politiques publiques dédiées.