Ebola Bundibugyo : les vaccins existants induisent une réponse en anticorps croisée, selon une étude française

Peut-on compter sur les vaccins déjà homologués contre le virus Ebola Zaïre pour freiner l’épidémie de souche Bundibugyo qui frappe la République démocratique du Congo et l’Ouganda ? Une étude menée par le Vaccine Research Institute (Inserm/Université de Bordeaux) et publiée le 22 juillet dans le New England Journal of Medicine apporte un premier élément de réponse : les sérums de participants vaccinés contre la souche Zaïre contiennent bien des anticorps qui reconnaissent la souche Bundibugyo, même si la réponse est plus faible que celle dirigée contre la cible originelle.

Une épidémie sans vaccin dédié

Déclarée par l’OMS il y a moins de trois mois, l’épidémie de maladie à virus Ebola causée par la souche Bundibugyo a déjà fait plus de 1 000 morts en RDC au 22 juillet 2026. Comme on le rappelait dans Vih.org fin juin, aucun vaccin ni traitement spécifique n’est homologué contre cette souche, et l’OMS déconseille l’usage hors cadre de recherche d’Ervebo® (MSD), conçu contre la souche Zaïre. C’est ce vide thérapeutique que la nouvelle étude cherche à documenter, en évaluant si la protection conférée par les vaccins existants pourrait, au moins partiellement, s’étendre à la nouvelle souche circulante.

Remonter aux sérums de l’essai PREVAC

Pour répondre à cette question rapidement (en quelques semaines plutôt qu’en plusieurs années), les chercheurs se sont appuyés sur une ressource existante : la sérothèque de l’essai PREVAC (Partnership for Research on Ebola Vaccinations), mené entre 2018 et 2020 en Guinée, au Liberia, au Mali et en Sierra Leone. C’est cette même cohorte dont Vih.org rapportait, début juillet, le suivi à cinq ans, montrant une persistance des anticorps anti-Zaïre chez l’adulte comme chez l’enfant.

Cette fois, l’équipe a analysé les échantillons de 179 adultes et enfants ayant reçu l’un des deux schémas vaccinaux homologués : le rVSV-ZEBOV (Ervebo®, MSD) ou l’association Ad26.ZEBOV puis MVA-BN-Filo (Zabdeno®/Mvabea®, Janssen). Elle a mesuré, chez ces participants, la quantité d’anticorps dirigés non seulement contre la souche Zaïre, mais aussi contre plusieurs autres souches du virus Ebola, dont la souche Bundibugyo aujourd’hui en cause dans l’épidémie qui sévit en Afrique centrale.

Une réponse croisée détectable, mais plus faible

Résultat principal : les deux stratégies vaccinales déclenchent une réponse en anticorps précoce et détectable contre la souche Bundibugyo, quel que soit l’âge des participants, dès 28 jours après la vaccination et jusqu’à trois mois. Cette réponse croisée reste toutefois d’intensité moindre que celle observée contre la souche Zaïre, la cible d’origine de ces vaccins.

L’étude ne permet néanmoins pas de démontrer une protection clinique réelle contre la souche Bundibugyo : seule une évaluation en situation d’épidémie pourrait l’établir. Mais la présence de cette réponse croisée rend plausible une immunité au moins partielle chez les personnes déjà vaccinées contre la souche Zaïre.

Pour le Pr Yves Levy, directeur du VRI et responsable de l’étude, ces données plaident pour une évaluation clinique urgente de l’efficacité des vaccins disponibles dans le cadre de l’épidémie en cours, Ervebo® en particulier, du fait des stocks disponibles et de son schéma à une seule injection. Il y voit aussi un argument supplémentaire en faveur de vaccins pan-filovirus, capables de protéger largement contre plusieurs souches à la fois. Une piste que Vih.org évoquait déjà en avril, à propos des travaux de l’Institut Pasteur sur un vaccin unique contre Ebola, Marburg et Lassa.

Pour la Pr Laura Richert, méthodologiste de l’essai PREVAC, ce résultat obtenu en quelques semaines illustre la valeur d’un investissement de long terme : sans la conservation des sérums de participants vaccinés plusieurs années auparavant, cette étude n’aurait pas pu être menée aussi rapidement au moment où la souche Bundibugyo a émergé.

Une pièce de plus dans la riposte en cours

Ce travail s’ajoute aux autres volets de la stratégie de recherche déployée par l’ANRS Maladies infectieuses émergentes (ANRS-MIE) et l’Inserm face à l’épidémie actuelle. Sur le terrain, l’essai EboPEP, coordonné par Marie Jaspard et Placide Mbala et présenté par Vih.org fin juin, teste de son côté un antiviral oral, l’obeldésivir, en prophylaxie post-exposition chez les contacts à haut risque, une population que la couverture vaccinale actuelle, faute de vaccin homologué contre Bundibugyo, ne suffit pas à protéger.

Les résultats de réactivité croisée publiés dans le NEJM ne se substituent pas à un essai d’efficacité clinique, mais ils offrent aux autorités sanitaires un premier argument scientifique pour discuter, dans l’urgence, du recours élargi aux vaccins existants en attendant des vaccins spécifiques ou multivalents.

Références