Grippe aviaire : le H5N1 a circulé dans un troupeau de vaches en Europe

Pour la première fois, le virus de la grippe aviaire H5N1 a laissé sa trace hors des États-Unis, dans un troupeau de vaches laitières européen. Aux Pays-Bas, près de la moitié des vaches en lactation d’une même ferme portaient des anticorps contre le virus, sans qu’on y détecte de virus actif. Une exposition silencieuse qui signe, selon les chercheurs, l’élargissement du H5N1 à de nouveaux mammifères sur le continent.

Depuis mars 2024, le H5N1 s’est installé dans les élevages laitiers américains, où il passe de troupeau en troupeau. Il a provoqué des infections humaines parmi les travailleurs agricoles: si elles sont le plus souvent bénignes, un premier décès a été recensé début 2025. Jusqu’ici, l’Europe semblait épargnée du côté des bovins, malgré une panzootie aviaire qui ne faiblit pas et touche un nombre croissant de mammifères. La publication, le 25 juin dans Eurosurveillance, d’une équipe du Wageningen Bioveterinary Research vient nuancer ce constat: le virus a bel et bien atteint un cheptel laitier néerlandais.

Vaches laitières, De Stadsboerderij, Kemphaanpad, Almere, Netherlands, 2025. Source.

Un chat mort a donné l’alerte

Tout est parti d’un chat qui vivait dans une exploitation laitière de la province de Frise. Fin décembre 2025, l’animal est retrouvé infecté par un H5N1 de cladeClade Les clades désignent les variations d’un même virus qui ont divergé au gré des mutations génétiques. 2.3.4.4b. Cette détection déclenche une enquête épidémiologique sur la ferme, au cours de laquelle les vétérinaires prélèvent lait et sérum sur les bovins. Le génotype identifié, DI.2.1, appartient au clade qui alimente la panzootie aviaire européenne et n’est pas celui qui s’est répandu dans les élevages américains (le génotype B3.13): l’hypothèse privilégiée est donc une introduction locale par les oiseaux sauvages, et non une diffusion transatlantique de la souche états-unienne.

Une exposition de troupeau, pas un cas isolé

C’est l’ampleur de la circulation qui frappe. Les chercheurs n’ont retrouvé aucun ARN viral, ni dans le lait ni dans le sérum: au moment des prélèvements, le virus ne se multipliait plus. Mais les anticorps spécifiques du H5N1 étaient présents chez 34 des 72 vaches en lactation (47,2%) et chez 24 des 38 jeunes bovins (63,2%). En janvier, l’alerte des autorités néerlandaises ne portait que sur une vache dont le lait contenait des anticorps. La sérologieSérologie Étude des sérums pour déterminer la présence d’anticorps dirigés contre des antigènes. du troupeau raconte autre chose : une exposition large, désormais passée, qui a touché la majorité des animaux sans laisser de signes cliniques marquants au moment de l’enquête. Le risque que cette circulation fait peser sur la chaîne alimentaire, lui, a déjà été documenté: il reste faible, surtout pour le lait pasteurisé.

Ce que change cette détection

«Ces résultats démontrent l’expansion de la gamme d’hôtes mammifères du H5N1 hautement pathogène en Europe», concluent les auteurs. Le constat ne déclenche pas d’emballement sanitaire immédiat: aucun cas humain n’a été confirmé dans l’Union européenne, et le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) maintient son évaluation, un risque faible pour la population générale et faible à modéré pour les personnes exposées professionnellement. Reste que ce que l’on croyait propre aux fermes américaines vient de se produire à l’échelle d’un troupeau européen, par une voie d’entrée distincte, au moment où plusieurs pays, dont la France, renforcent leur dispositif de surveillance. La question n’est plus de savoir si les bovins du continent peuvent être exposés au virus, mais comment suivre une circulation qui, faute de virus détectable, ne se lit qu’après coup dans le sang des animaux.

Références