Hantavirus : lancement d’une étude coordonnée impliquant 21 pays

À la suite de l’épidémie d’hantavirus qui causé 3 décès au printemps 2026 sur le navire de croisière MV Hondius, en traversée entre l’Argentine et l’Atlantique Nord, l’OMS annonce le lancement d’une étude de recherche coordonnée par le réseau CORC dirigé par l’Agence britannique de sécurité sanitaire UK Health Security Agency (UKHSA).

Comme pour les filovirus, qui incluent notamment Ebola et Marburg, (lire notre article « Comment s’organise la réponse scientifique à Ebola grâce au CORC (Collaborative Open Research Consortium), dans un monde fragmenté »), cette initiative, baptisée NAVIS, vise à caractériser les aspects clés de l’infection par un hantavirus, tels que les périodes d’incubation, les mécanismes de transmission, les facteurs associés aux formes les plus graves de la maladie, ainsi que les facteurs immunologiques et virologiques. grâce à un suivi longitudinal harmonisé des personnes exposées.

Fig.1 : Partners and authorities supporting response and coordination operations in Port of Granadilla, Tenerife, Spain, on 11 May 2026. (crédit : WHO / Hedinn Halldorsson)

Des centaines de chercheurs issus de 21 pays ont été mobilisés pour participer à cette étude, démontrant la rapidité avec laquelle les systèmes internationaux de préparation à la recherche peuvent être activés en cas d’urgence sanitaire. « Le lancement rapide de NAVIS dans 21 pays montre ce qu’il est possible de réaliser lorsque des réseaux de recherche sont mis en place avant que les épidémies ne surviennent », a commenté Yazdan Yazdanpanah de l’ANRS-MIE.

Parmi les pays participants figurent l’Australie, la Belgique, le Canada, la République démocratique du Congo, le Danemark, la France, l’Allemagne, la Grèce, l’Irlande, l’Italie, le Japon, les Pays-Bas, la Nouvelle-Zélande, Singapour, l’Afrique du Sud, l’Espagne, la Suisse, la Turquie, le Royaume-Uni et les États-Unis.

Et parmi les institutions participantes figurent des centres de premier plan dans les domaines des maladies infectieuses, de la recherche clinique et de la santé publique, tels que l’Australian Centre for Disease Control, le Sinai Health System, l’Inserm, l’Institut Pasteur de Grèce, l’University College Dublin, le Centre national des maladies infectieuses, l’Hôpital universitaire de Zurich, l’Université de Liverpool et l’Université Emory.

Un même protocole de recherche, issu d’un consensus international

Tous les chercheurs vont utiliser le même protocole prospectif harmonisé, ce qui va permettre de collecter des données et des échantillons biologiques de manière standardisée dans tous les pays participants, facilitant ainsi la comparabilité des résultats et accélérant la production de connaissances scientifiques. Élaboré par l’hôpital catalan Germans Trias i Pujol de Badalona, il comporte les principales priorités de recherche identifiées par plus de 1600 experts issus de plus de 130 pays, comme le développement de contre-mesures médicales telles que les tests, les traitements et les vaccins.

La coordination de la plateforme NAVIS est soutenue par l’ANRS-MIE (ANRS – Maladies infectieuses émergentes) dans le cadre de BE READY, une initiative mondiale financée par l’Union européenne visant à renforcer la préparation de la recherche et la mobilisation scientifique rapide face aux futures épidémies et pandémies. L’étude utilisera ISARIC (International Severe Acute Respiratory and Emerging Infection Consortium), un cadre de recherche adaptable conçu pour permettre une collecte rapide et standardisée de données et d’échantillons lors d’épidémies de maladies infectieuses émergentes.

S’appuyer sur des systèmes de recherche déjà existants

NAVIS constitue un exemple concret de préparation à la recherche sur les épidémies dans le cadre du Plan directeur de recherche et développement de l’OMS, qui établit des réseaux de recherche pour les familles d’agents pathogènes, afin de soutenir une coordination scientifique rapide et la mise en œuvre de la recherche sur les épidémies avant que les urgences ne surviennent.

Les épidémies telles que celle de l’ANDV offrent des occasions rares de mener des recherches scientifiques, avec une fenêtre temporelle limitée pour générer des données solides. Sans coordination rapide et sans protocoles harmonisés, les occasions de mieux comprendre l’agent pathogène peuvent être perdues.

« La production de données scientifiques lors des épidémies doit devenir opérationnelle, coordonnée et immédiatement mobilisable. À l’avenir, les interventions en cas d’épidémie devraient commencer par la mise en œuvre des systèmes de recherche déjà existants plutôt que par leur mise en place en pleine crise », a déclaré Sylvie Briand, chef scientifique à l’OMS.

Cette initiative souligne également l’importance d’une préparation à la recherche bien répartie sur le plan géographique. Les pays et les régions où des épidémies apparaissent et où des agents pathogènes circulent doivent jouer un rôle central dans la production de données probantes grâce au renforcement des réseaux d’essais cliniques, des comités d’éthique nationaux, des systèmes de laboratoires, des plateformes de surveillance et des infrastructures de recherche sur les épidémies.

Références