PReViX : modéliser pour décider face à la «maladie X

Face à la certitude de nouvelles crises sanitaires, le projet PReViX, présenté lors des Journées scientifiques de l’ANRS par Mircea Sofonea, a pour ambition de modéliser un cheminement rationnel pour décider quelles mesures prendre lors de la survenue de la «maladie X». Ces modélisations mathématiques vont des caractéristiques intrinsèques du virus à la réception dans la société des mesures pour contenir son impact. Leur intégration doit permettre de fonder une décision optimale en 200 jours à partir du 1er cas connu.

La pandémie de CovidCovid-19 Une maladie à coronavirus, parfois désignée covid (d'après l'acronyme anglais de coronavirus disease) est une maladie causée par un coronavirus (CoV). L'expression peut faire référence aux maladies suivantes : le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) causé par le virus SARS-CoV, le syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS) causé par le virus MERS-CoV, la maladie à coronavirus 2019 (Covid-19) causée par le virus SARS-CoV-2. a été un choc mondial tant sur le plan sanitaire que sur les plans économique et politique. Elle a confirmé ce que de nombreux chercheurs savaient et anticipaient : les pandémies de grande ampleur ne sont plus des événements rares. Leur dynamique est accélérée par la mondialisation des échanges, les transformations environnementales et l’évolution des agents pathogènes. L’actuel foyer épidémique de hantavirus Andes illustre parfaitement la mobilisation internationale mise en œuvre pour parer une éventuelle extension.

La menace a été désignée comme «maladie X» par l’Organisation mondiale de la santé pour une infection encore inconnue, qui apparaît susceptible de provoquer une crise majeure, et figure à ce titre dans la liste des virus à surveiller activement. Gouvernements et organisations transnationales ont invité avec insistance à préparer les institutions à répondre en s’appuyant sur la science.

PReViX : passer de la réaction à l’anticipation

C’est dans ce cadre que s’inscrit le programme de recherche PReViX, porté par Mircea Sofonea, épidémiologiste spécialiste de la modélisation des maladies infectieuses à l’Université de Montpellier et au CHU de Nîmes. Le projet a été présenté lors des Journées scientifiques de l’ANRS-MIE, qui se sont tenues les 1er et 2 avril 2026 à la Cité internationale universitaire de Paris.

Jusqu’à maintenant, la réponse sanitaire s’est construite dans l’urgence de l’inattendu ou de la surprise. Dans un tel contexte, les données sont incomplètes, les décisions hésitantes, et les marges d’erreur importantes. PReViX propose de changer de paradigme en prenant pour exemple X, un virus respiratoire :

  • Préparer en amont les outils qui permettront de quantifier, dès les premiers signaux et à mesure de la diffusion du pathogène dans les différents compartiments de sa diffusion, ses effets multiples en population et sur le système de santé;
  • Estimer les délais d’implémentation et l’impact des contremesures disponibles,
  • De façon à construire les réponses à la hauteur, d’en identifier le moment optimal et de les faire accepter par les populations.

Cette approche repose sur une articulation étroite entre épidémiologie et modélisation mathématique. Elle vise à produire, à partir de données encore partielles, des scénarios plausibles pour guider la décision. Ce large projet réunit les meilleures équipes d’épidémiologistes et de modélisateurs en France, responsables des sous-programmes centrés chacun sur une phase ou une dimension particulière de l’émergence et de la gestion de la crise, rassemblés sous le concept d’«hygiocrisologie» spécialement forgé par le chercheur.

L’«hygiocrisologie» : penser la crise dans toutes ses dimensions

L’«hygiocrisologie» recouvre à la fois toutes les échelles (phases et faces de la diffusion d’un pathogène dans la population et la société), toutes les disciplines nécessaires à la compréhension des mécanismes à l’œuvre et à leur intégration en modèles mathématiques. Sont ainsi considérés l’environnement dans lequel émerge le pathogène, ses caractéristiques propres, son mode de transmission, la maladie, ses formes et sa sévérité, l’hôte qui peut avoir des facteurs de risque et/ou des facteurs protecteurs, la personne avec sa position, ses connaissances et ses croyances, la société, ses logiques et composantes et leurs systèmes de valeurs face aux contremesures.

Au cœur du système et destinataire de cet intense effort de production scientifique: le décideur, en général l’État ou ses agents et institutions. En termes de disciplines, en face de ces différentes échelles, espaces et temporalités, et avec des aires de recoupement, on trouve: la phylogénomique, la virologie, l’infectiologie, la santé publique et les sciences sociales et comportementales.

L’«hygiocrisologie» croise les échelles, de l’individu à la société, et les disciplines mobilisées pour comprendre et modéliser une épidémie. Capture de la présentation, Journées scientifiques 2026 de l’ANRS-MIE.

En découle la structuration du programme.

Le projet PReViX est organisé en six domaines, à l’interface de la phylogénomique, de la virologie, de l’infectiologie, de la santé publique et des sciences sociales et comportementales. Capture de la présentation, Journées scientifiques 2026 de l’ANRS-MIE.

Chaque programme transforme ces dimensions en paramètres et fonctions. Les modélisateurs construisent dans chaque champ l’éventail des impacts attendus au cours du temps de l’épidémie en population et des contremesures, sous des hypothèses issues des connaissances dans chaque domaine et aussi de l’expérience des situations antérieures; et en particulier de celle mondialisée face à l’inconnu qu’a été la crise Covid.

La présentation impressionne le profane par la complexité des équations, des diagrammes, des boucles, des courbes, du nombre et de la nature des paramètres et surtout des échelles de temps et des échelles géographiques.

Le temps est clé en effet pour encapsuler la crise en produisant les connaissances nécessaires, en estimant le délai d’implémentation des mesures et de leur efficacité, en appréciant la tolérance, la compliance ou la résistance aux mesures décidées: à quel moment la décision aura un effet minimisant les cas, les décès ou le débordement des services hospitaliers, quand et jusqu’à quand imposer des modes de distanciation suffisamment efficaces mais aussi supportables, quand et pour qui recommander un vaccin nouveau ou le rendre obligatoire, balancer les décisions et leur poids pour en tirer le bénéfice optimal au niveau collectif et individuel.

L’espace géographique est une dimension clé, tant du point de vue de la propagation de l’épidémie et de sa sévérité que de l’offre de soins pour les personnes atteintes comme pour la continuité des soins «ordinaires» qui ne peuvent être reportés. Il est aussi un espace social, démographique et politique, celui des acteurs locaux de la décision et de sa mise en œuvre: élus, administrations, professionnels et services de soins.

Les limites d’une modélisation intégrative

En commentaire, on ne peut que remarquer les intelligences, l’expérience et les compétences rassemblées dans PReViX. Le pari principal tient, aux yeux du profane, à l’intégration de cette intense activité scientifique pour éclairer le décideur (que l’on suppose sage et ami de la science) et rendre sa décision acceptable pour un bénéfice individuel et collectif, optimal, égal et juste.

Le consortium PReViX réunit plusieurs dizaines de chercheurs et une vingtaine d’institutions, dont l’Inserm, le CNRSCNRS Centre national de la recherche scientifique. l’Institut Pasteur, des universités et des agences de santé. Diapositive de remerciements, Journées scientifiques 2026 de l’ANRS-MIE.

Il reste que la désinformation, puissamment agencée par les algorithmes des réseaux sociaux, peut faire dérailler la décision la mieux pondérée: avec les erreurs de communication ou des événements parasites, ou même la sous-estimation de la tolérance à l’empiétement sur la liberté individuelle, ces phénomènes peuvent faire vaciller la confiance et, ce faisant, la portée attendue des mesures décidées.

C’est la limite que le projet désigne en creux : la gestion d’une pandémie engage aussi des dimensions politiques, sociales et symboliques qui échappent en partie aux efforts de rationalisation.

Références

  • Mircea Sofonea, «Pandemic preparedness to Respiratory Virus X: integrative modelling from first cases to early public health countermeasures», présentation aux Journées scientifiques 2026 de l’ANRS-MIE, Paris, 1er-2 avril 2026. Vidéo de la présentation.