Hantavirus : une zoonose virale transmise par les rongeurs

Les hantavirus sont des virus zoonotiques présents sur tous les continents, dont les principaux réservoirs sont de petits mammifères, surtout des rongeurs sauvages. Chez l’être humain, ils peuvent provoquer deux types d’atteintes : la fièvre hémorragique avec syndrome rénal avec les hantavirus dits de l’Ancien Monde, et des syndromes cardiopulmonaires avec les souches dites du nouveau Monde à fort taux de mortalité. Leur large distribution géographique, leur origine zoonotique et leur potentiel épidémique justifient une surveillance étroite. La transmission interhumaine reste exceptionnelle.

La première description clinique d’une infection à hantavirus remonte à la guerre de Corée (1950-1953), durant laquelle plus de 3 000 soldats ont présenté une fièvre hémorragique avec syndrome hépatorénal (FHSR). Le virus a été identifié en 1976 et nommé d’après la rivière Hantaan, à la frontière entre les deux Corées.

Description

Les hantavirus appartiennent à la famille des Hantaviridae. Ce sont des virus à ARN enveloppés, à génome segmenté en trois parties. Plus d’une centaine de sous-espèces ont été décrites et de nouvelles espèces restent identifiées par séquençage. Environ une nouvelle par an. En raison de leur origine zoonotique, de leur potentiel d’émergence et de rares contre-mesures spécifiques dans une approche One Health, ils figurent parmi les agents suivis par l’ANRS-MIE. Les hantavirus ont été rajouté par l’OMS en Juin 2024 sur la listes des pathogènes à prioriser (https://www.who.int/publications/m/item/pathogens-prioritization-a-scientific-framework-for-epidemic-and-pandemic-research-preparedness)  

En France, les infections humaines restent rares, avec une centaine de cas diagnostiqués chaque année en moyenne. Des hantavirus responsables d’atteintes cardiopulmonaires (SCPH) ont été identifiés en Guyane, tandis qu’en métropole, les cas surviennent principalement dans le quart nord-est, où le campagnol roussâtre constitue le principal réservoir du virus Puumal. En métropole, Santé Publique France indique que 2 046 cas de fièvres hémorragiques à syndrome rénal (FHSR) exposés ont été diagnostiqués entre 2005 et 2024 par le Centre national de référence (CNR) des Hantavirus (Institut Pasteur), avec un maximum en 2021 (320 cas) et un minimum en 2013 (14 cas). (https://www.santepubliquefrance.fr/hantavirus/donnees

Réservoirs

Chaque hantavirus est généralement associé à une espèce réservoir particulière. Les rongeurs constituent les principaux réservoirs, mais des hantavirus ont aussi été détectés chez des musaraignes, taupes, chauves-souris et d’autres vertébrés. Chez ces animaux, l’infection est le plus souvent chronique et asymptomatique, avec une excrétion virale prolongée dans les urines, les selles ou la salive.

En Europe, quatre hantavirus zoonotiques sont principalement décrits :

  • le virus Puumala (PUUV) ;
  • le virus Séoul (SEOV) ;
  • le virus Dobrava-Belgrade (DOBV) ;
  • le virus Tula (TUV).

Symptômes

Les manifestations cliniques varient selon l’espèce virale impliquée (voir la revue de Vial et al. de 2023 : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/37105214/ )

Les fièvres hémorragiques avec syndrome rénal (FHSR)

En Europe et en Asie, les hantavirus du « Vieux Monde » provoquent surtout des fièvres hémorragiques avec syndrome rénal (FHSR). Après une incubation d’une à six semaines, la maladie débute par une fièvre élevée, des céphalées, des myalgies, une asthénie importante, des douleurs abdominales, ainsi que des nausées ou vomissements.

Une atteinte rénale apparaît ensuite, caractérisée par une protéinurie, une insuffisance rénale aiguë, une diminution de la diurèse et/ou des troubles hydroélectrolytiques.

Des manifestations hémorragiques peuvent être observées mais restent variables selon les virus concernés. Le virus Puumala, majoritaire en France, est généralement associé à des formes moins sévères, avec une létalité moyenne estimée autour de 0,4 % (de 0,1 % à 12 % selon les souches et les pays).

Les syndromes cardiopulmonaires à hantavirus

Observé principalement en Amérique, le syndrome cardiopulmonaire à hantavirus (SCPH) est beaucoup plus sévère. Après une phase fébrile initiale surviennent rapidement une détresse respiratoire aiguë, un œdème pulmonaire, une insuffisance cardiaque ou un état de choc.

Ces formes, liées aux « hantavirus du Nouveau-Monde », sont particulièrement sévères et leur létalité peut atteindre 40 à 60 % selon les virus impliqués et les conditions de prise en charge (de 11, 7 % à 44,5 % selon les études et les régions des Amériques).

Transmission

Contrairement à de nombreuses infections émergentes, les hantavirus ne se transmettent généralement pas d’un humain à l’autre (à l’exception de la souche Andes). La contamination résulte le plus souvent d’un contact indirect avec des rongeurs infectés ou leurs excrétions.

Fig.1 : Cycle de transmission des hantavirus du rongeur à l’homme (source : ANRS-MIE)

La transmission est principalement respiratoire, par inhalation de particules contaminées provenant d’urines, de déjections ou de nids de rongeurs, notamment lors du nettoyage de locaux fermés, de travaux en granges, caves ou cabanes, de manipulations de bois ou d’activités générant des poussières. Cette liste inclut aussi certaines activités agricoles et forestières.

Une contamination est également possible par contact direct avec des matériaux souillés ou, plus rarement, après morsure de rongeur.

La transmission interhumaine constitue une exception. À ce jour, elle n’a été documentée que pour le virus Andes, présent en Amérique du Sud. Des cas de transmission entre proches ou dans un contexte de soins ont été rapportés, principalement lors de contacts étroits et prolongés. Aucun phénomène comparable n’a été observé avec les hantavirus circulant en Europe.

Personnes à risque

Le risque d’infection par un hantavirus dépend principalement de l’exposition aux habitats fréquentés par les rongeurs réservoirs.

Les populations les plus exposées sont les professionnels de la forêt et de l’agriculture, les travailleurs du milieu rural, les personnes vivant près des zones forestières, les pratiquants d’activités de plein air et celles intervenant dans des bâtiments inoccupés.

Prévention

En l’absence de vaccin disponible pour le grand public, la prévention repose principalement sur la réduction de l’exposition aux rongeurs et à leurs excrétions.

Les mesures recommandées incluent l’aération des locaux fermés avant nettoyage, l’humidification des surfaces pour éviter la remise en suspension des poussières, le port d’un masque et de gants, la lutte contre les rongeurs dans les habitations et dépendances, le stockage sécurisé des denrées et la suppression de leurs abris.

Les autorités sanitaires recommandent également d’éviter la manipulation directe des rongeurs morts ou vivants sans protection adaptée.

Diagnostic et traitement

Le diagnostic repose sur l’association de critères cliniques, biologiques et épidémiologiques. L’exposition à des rongeurs ou à leurs excrétions constitue un élément essentiel de l’enquête diagnostique. La confirmation repose principalement sur :

  • la détection d’anticorps spécifiques (IgM et IgG) par sérologieSérologie Étude des sérums pour déterminer la présence d’anticorps dirigés contre des antigènes. ;
  • la mise en évidence de l’ARN viral par RT-PCR dans les prélèvements précoces.

En France, les analyses spécialisées sont réalisées par le Centre national de référence (CNR) des hantavirus coordonné par l’Institut Pasteur.

Il n’existe actuellement aucun traitement antiviral spécifique validé contre les hantavirus. La prise en charge des patients repose essentiellement sur un traitement symptomatique et un soutien des fonctions vitales. Des protocoles de recherche testent différentes molécules : favipiravir, ribavirine, icatibant, vandetanib, plasma de convalescent, anticorps monoclonaux…

Selon la gravité, la prise en charge peut nécessiter une hospitalisation, une surveillance rénale rapprochée, une réanimation, une assistance respiratoire ou une épuration extrarénale dans les formes compliquées.

Lutte anti-infectieuse dans les établissements de santé

Selon les données disponibles, le risque de transmission nosocomiale de l’hantavirus, y compris de la souche Andes, demeure très faible si les mesures de lutte anti-infectieuse appropriées sont appliquées. En établissement de santé, les précautions standard restent essentielles, notamment l’hygiène des mains, le nettoyage des locaux et la manipulation sécurisée du sang et des liquides biologiques.

En cas d’infection suspectée ou confirmée, il convient d’associer aux précautions standard celles adaptées au mode de transmission, avec recours aux mesures aériennes pour les actes générant des aérosols. L’identification précoce des cas, l’isolement rapide et l’application constante de ces mesures restent essentiels pour protéger les soignants.

Recherche et perspectives

Longtemps considérés comme rares, les hantavirus suscitent aujourd’hui un intérêt croissant en santé mondiale en raison de leur origine zoonotique, de leur large distribution et de l’absence de traitement spécifique ou de vaccin largement disponible.

L’ANRS-MIE a inscrit les hantavirus parmi les pathogènes soutenus en surveillance et en recherche. Les travaux portent notamment sur les mécanismes de transmission entre faune sauvage et êtres humains, l’écologie des réservoirs, le développement d’outils diagnostiques et l’identification de cibles thérapeutiques.

Parmi les projets soutenus figure TRANSVI, consacré à la caractérisation des chaînes de transmission des hantavirus entre faune sauvage et populations humaines dans la péninsule du Yucatán, au Mexique, selon une approche « One Health » intégrant santé humaine, santé animale et environnement.

L’ANRS-MIE soutient aussi des travaux fondamentaux sur la biologie des hantavirus. En 2025, elle a distingué la thèse « Analyse structurale et fonctionnelle de la réplication et de la transcription des Bunyavirus » du Dr Quentin Durieux Trouilleton (Université de Grenoble / IBS), qui a notamment éclairé le fonctionnement de la polymérase virale, cible thérapeutique potentielle.

Enfin, dans le cadre de sa participation au CORC, des liens sont faits avec l’Agence britannique de sécurité sanitaire (UKHSA), qui pilote le CORC Bunyavirales dont la mission est de coordonner la recherche dans le cadre de la préparation aux épidémies à hantavirus.

Surveillance et enjeux de santé publique

Les infections à hantavirus font l’objet d’une surveillance coordonnée par Santé publique France et le Centre national de référence des hantavirus. Cette surveillance permet de suivre les variations saisonnières de l’incidence, l’évolution des populations de rongeurs réservoirs et l’émergence éventuelle de nouvelles espèces virales.

Au printemps 2026, un foyer inhabituel d’infections à hantavirus a attiré l’attention internationale après la survenue de plusieurs cas à bord du navire d’expédition MV Hondius, en traversée entre l’Argentine et l’Atlantique Nord.

Les investigations menées par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) ont identifié un hantavirus de type Andes (Andes orthohantavirus), une souche présente en Amérique du Sud et connue pour être, à ce jour, la seule espèce de hantavirus dont une transmission interhumaine limitée a été formellement démontrée lors de contacts étroits et prolongés.Plusieurs passagers ont développé un syndrome cardiopulmonaire à hantavirus. Les autorités ont recensé plusieurs cas confirmés et suspects, avec trois décès parmi les personnes infectées. Au 10 Juin  2026 l’OMS recensait 13 cas dont trois décès (létalité 23 %).

L’épisode a entraîné une mobilisation internationale importante, avec évacuations, surveillance médicale, isolements préventifs et suivi étendu des cas contacts, y compris parmi des voyageurs exposés au cours du trajet.En France, plusieurs ressortissants rapatriés ont fait l’objet d’une surveillance renforcée. Un cas confirmé a été identifié parmi les personnes revenant du navire, et plusieurs dizaines de contacts à risque ont été isolés et suivis par les autorités sanitaires. Malgré sa forte médiatisation, l’OMS estime que le risque pour la population générale demeure faible. Aucune mutation associée à une transmissibilité accrue n’a été mise en évidence, et les investigations suggèrent que la majorité des contaminations sont liées à une exposition initiale antérieure ou très précoce au cours de la croisière, même si certains cas restent en cours d’analyse.

Cet épisode rappelle néanmoins plusieurs caractéristiques importantes des hantaviroses : leur potentiel de gravité, la nécessité d’une détection précoce des cas et l’importance de la coopération internationale lorsqu’une maladie émergente survient dans un contexte de mobilité mondiale.

Références