L’épidémie d’Afrique de l’Ouest de 2013-2016 a marqué un tournant historique. Avec près de 29 000 cas et plus de 11 000 décès recensés en Guinée, Sierra Leone et Liberia, elle a démontré qu’Ebola pouvait entraîner une crise sanitaire internationale majeure lorsque les chaînes de transmission ne sont pas rapidement contrôlées. Depuis, plusieurs flambées ont continué d’être signalées, notamment en RDC et en Ouganda.
La maladie reste aujourd’hui un enjeu important de surveillance épidémiologique, de recherche vaccinale et thérapeutique, et de préparation aux émergences infectieuses.
Description du virus
Les virus Ebola (EBOV) appartiennent à la famille des Filoviridae et au genre Orthoebolavirus. Il s’agit d’un virus à ARN filamenteux, caractérisé par une grande variabilité génétique et plusieurs espèces distinctes.
Six espèces d’EBOV ont été identifiées à ce jour. Parmi elles, trois sont responsables de la majorité des épidémies humaines :
- Le virus Ebola-Zaïre ou Orthoebolavirus zairense ;
- Le virus Ebola-Soudan ou Orthoebolavirus sudanense ;
- Le virus Ebola-Bundibugyo ou Orthoebolavirus bundibugyoense.
Le virus Ebola-Zaïre est historiquement associé aux flambées les plus meurtrières. Et même si la recherche progresse, la lutte contre ces épidémies se heurte encore à la méconnaissance des mécanismes de ces virus et de leur transmission inter-espèces (lire notre article Épidémie d’Ebola au Kasaï (RDC): une souche inchangée depuis 1976).
Le réservoir naturel du virus n’est pas formellement démontré, mais les chauves-souris frugivores de la famille des Pteropodidae sont considérées comme les principaux hôtes réservoirs probables. Le virus peut également infecter d’autres mammifères, notamment les grands singes, les chimpanzés, les gorilles ou certaines antilopes forestières.

Comme d’autres maladies émergentes, Ebola s’inscrit dans une approche « One Health », à l’interface entre santé humaine, santé animale et environnementale.
Transmission
La transmission initiale à l’être humain survient généralement après un contact avec un animal infecté ou ses tissus biologiques. Les situations à risque incluent :
- la chasse ;
- la manipulation de viande de brousse ;
- le dépouillage des carcasses ;
- la consommation d’animaux infectés ;
- l’exposition au sang ou aux organes d’animaux contaminés.
Une fois introduit dans la population humaine, le virus se transmet principalement par contact direct avec les liquides biologiques d’une personne infectée : sang, vomissements, selles, salive, urine, sueur, sécrétions sexuelles.

Source Cirad et Eric Delaporte
La transmission indirecte via des surfaces ou du matériel contaminé est également possible, en particulier dans les structures de soins.
Contrairement à certaines infections respiratoires, EBOV n’est pas considéré comme un virus à transmission aérienne dans les conditions habituelles. Le risque d’aérosolisation concerne surtout certains gestes médicaux invasifs, notamment en réanimation.
Les personnes infectées deviennent contagieuses dès l’apparition des symptômes. Les corps des personnes décédées restent fortement infectieux pendant plusieurs jours, ce qui explique le rôle historique des rites funéraires traditionnels dans certaines chaînes de transmission.
Chez certains survivants, le virus peut persister plusieurs mois dans des sites dits « immunologiquement protégés », notamment le sperme, avec des cas documentés de transmission sexuelle tardive.

Symptômes
La période d’incubation varie généralement entre 2 et 21 jours.
La maladie débute souvent brutalement par des signes non spécifiques : fièvre élevée, fatigue intense, céphalées, douleurs musculaires, arthralgies, maux de gorge.
Ces manifestations initiales ressemblent à de nombreuses infections tropicales, ce qui peut compliquer le diagnostic précoce.
Après quelques jours apparaissent des symptômes digestifs souvent sévères : diarrhées profuses, vomissements, douleurs abdominales, anorexie.
Dans les formes graves surviennent des atteintes multiviscérales : insuffisance hépatique, insuffisance rénale, troubles neurologiques, état de choc, coagulation intravasculaire disséminée, hémorragies internes ou externes.
Les manifestations hémorragiques, longtemps mises en avant dans les représentations médiatiques d’Ebola, ne sont pas constantes mais traduisent souvent une forme avancée et sévère de la maladie.
Le taux de létalité moyen est estimé autour de 50 %, mais varie fortement selon les espèces virales, la qualité de la prise en charge et le contexte épidémique. Certaines flambées ont présenté des mortalités dépassant 80 %, tandis que d’autres ont été mieux contrôlées grâce à l’amélioration des soins intensifs et des stratégies de réponse.
Le diagnostic d’Ebola repose sur une combinaison d’arguments cliniques, épidémiologiques et biologiques.
Toute suspicion doit prendre en compte :
- Un séjour en zone de circulation virale ;
- Un contact avec un cas confirmé ;
- L’exposition à des animaux potentiellement infectés ;
- La présence d’un syndrome fébrile compatible.
La confirmation biologique repose principalement sur les techniques de RT-PCR permettant de détecter l’ARN viral dans le sang ou d’autres prélèvements biologiques.
Dans les centres spécialisés, des tests antigéniques rapides peuvent également être utilisés pour le triage initial lors des flambées.
La manipulation des échantillons nécessite des mesures strictes de biosécurité en raison du risque élevé de contamination du personnel de laboratoire.
Prise en charge et traitement
Pendant longtemps, la prise en charge d’Ebola a reposé essentiellement sur des soins de support intensifs : réhydratation ; correction des troubles électrolytiques ; maintien de la pression artérielle ; oxygénothérapie ; traitement des surinfections.
L’amélioration de ces soins a considérablement réduit la mortalité observée lors des flambées récentes.
Depuis quelques années, des progrès thérapeutiques majeurs ont en effet été réalisés. Des anticorps monoclonaux ciblant le virus Ebola-Zaïre (mAb114 ou REGN-EB3), ont démontré une efficacité clinique significative, notamment lorsqu’ils sont administrés précocement. Ces traitements ont modifié la prise en charge des cas confirmés dans les centres spécialisés.
La prise en charge des survivants constitue également un enjeu croissant. De nombreux patients présentent des séquelles prolongées : fatigue chronique, douleurs articulaires, troubles neurologiques, atteintes oculaires, troubles psychologiques post-traumatiques.
Il a été montré notamment lors des épidémies qu’Ebola, comme le Sars-Cov-2 ou le chikungunya pouvait entraîner un syndrome post infectieux (Source Dr François GOEHRINGER, JNI 2023)

Diagnostic
D’un point de vue clinique, la maladie à virus Ebola présente, à un stade précoce, des symptômes proches de ceux d’autres infections comme le paludisme, la fièvre typhoïde, la shigellose, la méningite ou encore d’autres fièvres hémorragiques virales.
Le diagnostic repose donc avant tout sur la détection de l’ARN viral par RT-PCR pendant la phase aiguë, dans des laboratoires dotés de mesures de biosécurité adaptées. Dans les zones isolées, des tests antigéniques rapides peuvent être utilisés en première intention, mais leurs résultats doivent être confirmés par PCRPCR "Polymerase Chain Reaction" en anglais ou réaction en chaîne par polymérase en français. Il s'agit d'une méthode de biologie moléculaire d'amplification d'ADN in vitro (concentration et amplification génique par réaction de polymérisation en chaîne), utilisée dans les tests de dépistage.
Vaccination et prévention
L’épidémie de 2013-2016 a accéléré le développement de vaccins contre Ebola. Deux vaccins préventifs sont actuellement approuvés : le vaccin rVSV-ZEBOV, commercialisé sous le nom d’Ervebo® (Merck & Co.), et les vaccins Zabdeno (Ad26.ZEBOV) et Mvabea® (MVA-BN-Filo) (Janssen Pharmaceutica) qui sont associés. Le premier a démontré une bonne efficacité contre le virus Ebola-Zaïre et constitue aujourd’hui un outil central de contrôle des flambées épidémiques validé licencié par l’EMA et la FDA et préqualifié par l’OMS. Les seconds ont reçu une autorisation conditionnelle de l’EMA en 2020. Des études récentes suggèrent une efficacité partielle dans la cohorte EVISTA 175/533 (33 %) composée de patients atteints d’Ebola qui avaient reçu une dose de rVSV-EBOV. Et dans l’étude PREVAIL, 18,5 % des vaccinés n’avaient pas d’anticorps un mois après la vaccination. De plus, se pose la question de la vaccination des survivants sans consensus non plus sur la re-vaccination. Aucun vaccin ne protège contre l’épidémie 2026 de virus Bundibugyo.
La stratégie vaccinale repose principalement sur la « vaccination en anneau », consistant à vacciner les contacts des cas confirmés, les contacts des contacts, les soignants exposés et les personnels de première ligne.
D’autres vaccins sont en cours de développement contre les espèces Soudan et Bundibugyo, pour lesquelles les options restent plus limitées (lire l’article de l’OMS). Il existe également la piste d’un vaccin unique contre les fièvres hémorragiques liés aux virus Marburg, Lassa et Ebola (lire notre article Un vaccin unique contre Ebola, Marburg et Lassa ? Une piste prometteuse contre les fièvres hémorragiques).
Les mesures de prévention reposent également sur : l’identification rapide des cas, l’isolement des patients, le port d’équipements de protection individuelle, la sécurisation des pratiques funéraires, la surveillance des contacts et la sensibilisation communautaire.
Ebola et enjeux de santé mondiale
Ebola constitue un exemple majeur de maladie émergente à fort potentiel de déstabilisation sanitaire et sociale. Les flambées surviennent le plus souvent dans des régions confrontées à :
- des systèmes de santé fragiles ;
- des conflits armés ;
- une faible accessibilité aux soins ;
- des difficultés logistiques importantes.
Les épidémies ont également mis en évidence les enjeux éthiques liés à l’accès aux traitements expérimentaux, à la distribution des vaccins et à la coopération internationale.
Les recherches actuelles portent notamment sur l’écologie des réservoirs animaux, les mécanismes de persistance virale, les stratégies vaccinales élargies, les antiviraux à large spectre et la modélisation des dynamiques épidémiques.
L’expérience acquise lors des flambées d’Ebola a également contribué à renforcer les dispositifs mondiaux de préparation aux pandémies, réutilisés ensuite lors de la pandémie de CovidCovid-19 Une maladie à coronavirus, parfois désignée covid (d'après l'acronyme anglais de coronavirus disease) est une maladie causée par un coronavirus (CoV). L'expression peut faire référence aux maladies suivantes : le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) causé par le virus SARS-CoV, le syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS) causé par le virus MERS-CoV, la maladie à coronavirus 2019 (Covid-19) causée par le virus SARS-CoV-2.
À retenir
- Ebola est une fièvre hémorragique virale sévère appartenant à la famille des Filoviridae.
- Le virus se transmet principalement par contact direct avec des liquides biologiques infectés.
- Le taux de létalité moyen est d’environ 50 %, avec de fortes variations selon les contextes.
- Les chauves-souris frugivores sont considérées comme le principal réservoir probable.
- Des vaccins efficaces existent désormais contre le virus Ebola-Zaïre.
- La rapidité du diagnostic, l’isolement des cas et la vaccination des contacts restent les piliers du contrôle des flambées.