Deux cas de VIH-1 multirésistants identités en Occitanie

Une souche de VIH-1, extrêmement résistante aux différentes classes de médicaments, a été isolée par les chercheurs du CHU de Toulouse, chez deux personnes vivant avec le VIH.

Le virus muté a d’abord été identifié par l’équipe de Stéphanie Raymonde, médecin biologiste spécialisée en virologie au CHU de Toulouse en septembre 2019 chez un homme français de 23 ans ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes (HSH), qui présentait une infection symptomatique. La transmission était récente, un précédent test ELISA pour le VIH-1 s’est révélé négatif en juin 2019. Le patient n’était pas sous Prep (la prophylaxie pré-exposition), mais on imagine que cette méthode de prévention aurait n’aurait pas pu le protéger comme cela a déjà été rapporté dans différents pays.  

Une autre personne habitant lui aussi en Occitanie a été peu de temps après identifié comme le patient source de cette version mutée du VIH-1. Il s’agit d’un homme de 54 ans, également HSH. Les souches chez les deux patients sont considérées phylogénétiquement liées, mais les chercheurs n’ont pas pu établie d’historique de transmission directe, suggérant des liens intermédiaires non identifiés. Séropositif depuis 1995, ce patient a connu plusieurs échecs thérapeutiques. D’ailleurs, au moment de l’identification de la souche en juillet 2019, sa charge virale était de 5,5 log10 copie par ml et son taux de CD4 était de 204 cellules par μL et ce, malgré un traitement lourd combinant ténofovir, emtricitabine, darunavir boosté par le ritonavir et dolutégravir.

Son schéma thérapeutique a depuis été adapté, et ce patient a commencé un traitement particulièrement novateur, principal «intérêt» de cette observation, à base de d’ibalizumab (Trogarzo®), un anticorps monoclonal conçu pour se lier au CD4, le récepteur présent à la surface des cellules immunitaires appelées lymphocytes T4, en cours de commercialisation précisément dans cette indication.

Le traitement comprend aussi: 

On voit bien ici l’intérêt de cette approche qui associe toutes les pistes antirétrovirales possibles à ce jour pour s’attaquer aux exceptionnels virus multirésitants. L’autre patient est en bonne santé, il n’a pour l’instant pas commencé de traitement mais bénéficie d’un suivi rapproché. 

«Un événement sans précédent»

Selon les chercheurs, la transmission sexuelle d’un virus aussi résistant aux médicaments est «un événement sans précédent», puisqu’en France, moins de 0,1% des virus VIH-1 transmis présentent une résistance à trois classes de médicament ARV.  D’autres études seront donc nécessaires pour comprendre les mécanismes à l’oeuvre: en effet, on considérait jusqu’à présent que les souches multirésistantes et donc mutées avaient plus de mal à se propager que les souches sauvage. Mais il s’agit là d’une spéculation plus théorique que phylogénétique. 

Dans un communiqué daté du 20 août, le TRT-5 rapporte une déclaration rassurante de l’un des auteurs de l’étude, Pierre Delobel, chef du service des maladies infectieuses du CHU: «À ce jour cela reste isolé et il n’y a pas de circulation communautaire de cette souche mais nous allons rester vigilants. Tous les laboratoires de virologie de France, et nos collègues de Barcelone que nous avons contacté également, ont recherché la présence de cette souche avec pour l’instant identification d’un seul autre cas, rapporté également dans cet article.» Il faut rappeler que les virologues des grands hôpitaux de France travaillent en réseaux au sein de l’Agence nationale de recherche sur le sida (ANRS).(ex AC 11)

Les chercheurs ne craignent pas pour l’instant de diffusion large de cette souche, aucun autre cas n’a d’ailleurs été identifié. Sa découverte souligne une fois de plus l’importance du dépistage dans la lutte contre l’épidémie, et envoie aussi un message aux autorités de santé en démontrant l’importance des nouvelles molécules pour face à ce type de résistances aux classes thérapeutiques existantes.

Bibliographie

Sexual transmission of an extensively drug-resistant HIV-1 strain
Stéphanie Raymond, Marie Piffaut, Jonathan Bigot, Michelle Cazabat, Brigitte Montes, Kevin Bertrand, et al. Published:August, 2020 DOI:https://doi.org/10.1016/S2352-3018(20)30205-8

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