Faire connaître le formidable progrès de la Prep

La Prep est une révolution, un changement de paradigme comme la lutte contre le sida en a peu connu. Aujourd’hui, une personne séronégative peut prendre des médicament contre le VIH pour éviter d’être contaminée. La Prep, ça marche et ça change tout. Il faut le faire savoir.

La Prep, et plus généralement la prévention biomédicale, sont des avancées majeures dans la lutte contre le sida. Bien évidemment, la prophylaxie pré-exposition n’est pas une pilule «magique», et personne ne le prétend, surtout pas les personnes au premier rang de la lutte contre le sida depuis des années. La Prep est le résultat de 15 ans de débats et d’essais mondiaux, et repose sur l’efficacité d’un médicament très bien évalué, déjà utilisé pour les personnes séropositives. Et cette prévention fonctionne : bien prise en continu ou par intermittence avant un rapport sexuel, la Prep empêche la contamination.

Il faut faire connaître cette nouveauté extraordinaire, qui change la vie des personnes concernées. Les séronégatifs qui craignaient d’être infectés ont un nouveau moyen de prendre soin d’eux. La Prep empêche le VIH d’entrer dans leur corps et ainsi d’être infecté. Parallèlement, le traitement comme prévention (Tasp) chez les personnes séropositives fait disparaître le risque de transmission du VIH à leurs partenaires, tout en les maintenant en bonne santé. La peur disparaît. Ce sont des bonnes nouvelles, qui transforment de manière positive la vie de milliers de personnes en France.

Des questions et des inconnues

Une telle révolution soulève bien évidemment des questions. La prophylaxie pré-exposition reste mal connue, malgré les exemples plus connus comme les médicaments anti-paludisme par exemple. Des débats ont eu lieu, à l’intérieur et entre les associations, mais les doutes ont été balayés par l’efficacité de la Prep. Aujourd’hui, ces doutes ont pourtant encore droit de cité dans l’article paru le 13/01 sur le site de l’Express, qui balaye la fantastique efficacité préventive de la Prep dès ses premiers mots: «Oui, le traitement préventif contre le VIH marche. Mais ses résultats doivent-ils occulter tous les débats qu’il suscite?».

Ce sont les mêmes critiques qui ont été utilisées face au préservatif, ou même à la pilule. La déresponsabilisation, la médicalisation seraient des dangers pour la santé publique et les personnes. Nous disons au contraire: la Prep permet aux personnes qui se savent exposées de prendre leur santé en main.

Aujourd’hui, l’efficacité de la Prep fait consensus. C’est peut-être de notre faute, si de tels papiers peuvent encore être écrits. Nous militants, scientifiques, séropos, prepeurs, nous n’avons pas encore été assez clairs : la Prep est une révolution. La prévention biomédicale est une révolution. Ca marche, les essais le prouvent, les chiffres le prouvent, et il est temps d’arrêter d’accoler une astérisque à cette déclaration. La Prep, ça marche et c’est une bonne nouvelle.

La Prep, très attendue

Contrairement à ce qui est laissé à penser dans l’article de l’Express, l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) n’a pas émis de réserves quant à la Prep ou à la soi-disant influence des associations. Au contraire : les auditeurs ont reproché au ministère d’avoir trop attendu avant de donner un accès effectif à la Prep sous Marisol Touraine. «Le retard accumulé dans l’instruction de la RTU du Truvada (médicament princeps utilisé pour la Prep) a entraîné des conséquences préjudiciables pour la santé publique.» À rebours de l’interprétation de l’article, les experts de l’IGAS critiquent au contraire «la vision erronée mais érigée en véritable dogme, selon laquelle le « tout-préservatif » devrait se suffire à lui-même en matière de prévention». Nous aurions potentiellement pu éviter des contaminations si la Prep avait été disponible plus tôt. Telle est son efficacité.

Des relations protégées du VIH même sans préservatif

La prévention nous offre aujourd’hui plusieurs outils pour éviter les contaminations. Si personne aujourd’hui n’oppose Prep et usage du préservatif, on constate effectivement que certaines personnes sous Prep n’ont plus recours au préservatif. Grâce à a la Prep, elles sont quand même protégées de l’infection par le VIH.

Le préservatif est un moyen simple, efficace et facilement accessible pour se protéger du VIH. Mais lui aussi ne marche que si l’on s’en sert. Si vous n’utilisez pas le préservatif pour 100% de vos rapports sexuels, alors la Prep est peut-être faite pour vous. N’oublions pas que le but de la prévention n’est pas de mettre des préservatifs à tout prix, mais d’éviter les contaminations par le VIH.

IST : la syphilis n’est pas Ebola ou Zika

La Prep ne protège pas des autres IST. C’est vrai. Mais elle ne consiste pas seulement à prendre des antirétroviraux avant les rapports : le protocole inclut également un dépistage régulier – tous les 3 mois ! – des infections sexuellement transmissibles. C’est bien plus que le recours moyen au dépistage des personnes qui ne sont pas sous Prep. Ce dépistage permet de dépister et traiter précocement les IST. Détectées tôt, elles sont donc soignées tôt, en brisant ainsi les chaînes de transmission.

La hausse des IST constatée en France est antérieure à l’arrivée de la Prep, et peut aussi s’expliquer par une hausse massive du nombre des dépistages en soi. On voit des IST parce qu’on les cherche, qu’on les trouve et qu’on les soigne. Oui, c’est une place importante accordée au médical, mais ça n’en est pas moins une bonne nouvelle.

Nous ne nous attarderons pas sur la comparaison plus qu’hasardeuse, dans l’article de l’Express, entre les virus Zika et Ebola, et les IST hors-VIH. Cette mise en équivalence est tout simplement fausse scientifiquement parlant. Les infections sexuellement transmissibles sont, elles, transmissibles et non contagieuses. Contrairement à Zika et Ebola, elles ne sont pas mortelles et se soignent pour la plupart extrêmement bien, et il existe heureusement des traitements efficaces très rapidement.

Des résultats

La Prep marche et c’est l’un des outils qui nous permet d’envisager, pour la première fois, d’affaiblir vraiment l’épidémie, et ce, au niveau mondial. Ce n’est pas pour rien que l’Organisation mondiale de la Santé recommande la Prep.

En Australie, en Suisse, en Grande-Bretagne, la Prep, le dépistage précoce, la mise sous traitement immédiate, et donc l’effet Tasp, ont permis une chute drastique du nombre des contaminations. Pour que nous aussi, en France, nous puissions connaître la joie de voir le nombre de contaminations diminuer, il faut que plus de personnes exposées aient accès à la Prep.

La réalité, c’est qu’aujourd’hui, semer des doutes autour de la Prep, c’est causer de nouvelles infections chez des personnes qui penseront que c’est «dangereux» ou que ce n’est pas pour eux. La Prep, c’est pour tous ceux et toutes celles qui en ont besoin, particulièrement s’ils ou elles sont exposées face au VIH.

En tant que journalistes et en tant que militants, nous savons qu’il faut rester vigilants, qu’il faut interroger les phénomènes nouveaux. Parfois, l’objectivité journalistique, c’est de reconnaître un progrès scientifique pour ce qu’il est, une avancée pour toutes et tous. C’est notre responsabilité commune, face à l’épidémie de VIH/sida.

Pour en savoir plus : http://prep-info.fr/

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