Le recours au dépistage chez les homosexuels et les bisexuels

Alors que la Haute autorité de santé (HAS) recommande depuis 2017 d’augmenter la fréquence des sérologies chez les HSH jusqu’à 4 fois par an, les résultats de l’étude Rapport au Sexe 2017 (ERAS) montrent que le recours au dépistage reste dramatiquement insuffisant.

A l’heure de la prévention biomédicale, le dépistage du VIHVIH Virus de l’immunodéficience humaine. En anglais : HIV (Human Immunodeficiency Virus). Isolé en 1983 à l’institut pasteur de paris; découverte récemment (2008) récompensée par le prix Nobel de médecine décerné à Luc montagnier et à Françoise Barré-Sinoussi.
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doit donc encore être intensifié dans les populations les plus exposées, afin de réduire la proportion de ceux qui ignorent leur séropositivité et leur permettre de bénéficier d’un traitement antirétroviral. L’effet TaspTasp «Treatement as Prevention», le traitement comme prévention. La base du Tasp a été établie en 2000 avec la publication de l’étude Quinn dans le New England Journal of Medicine, portant sur une cohorte de couples hétérosexuels sérodifférents en Ouganda, qui conclut que «la charge virale est le prédicteur majeur du risque de transmission hétérosexuel du VIH1 et que la transmission est rare chez les personnes chez lesquelles le niveau de charge virale est inférieur à 1 500 copies/mL». Cette observation a été, avec d’autres, traduite en conseil préventif par la Commission suisse du sida, le fameux «Swiss statement». En France en 2010, 86 % des personnes prises en charge ont une CV indétectable, et 94 % une CV de moins de 500 copies. Ce ne sont pas tant les personnes séropositives dépistées et traitées qui transmettent le VIH mais eux et celles qui ignorent leur statut ( entre 30 000 et 50 000 en France).
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, «Treatment as Prevention», qui empêche la transmission du VIH chez les personnes séropositives avec une charge viraleCharge virale La charge virale plasmatique est le nombre de particules virales contenues dans un échantillon de sang ou autre contenant (salive, LCR, sperme..). Pour le VIH, la charge virale est utilisée comme marqueur afin de suivre la progression de la maladie et mesurer l’efficacité des traitements. Le niveau de charge virale, mais plus encore le taux de CD4, participent à la décision de traitement par les antirétroviraux.
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indétectable, constitue un atout majeur pour contrôler l’épidémie, tout comme il est essentiel que la PrepPrep Prophylaxie Pré-Exposition. La PrEP est une stratégie qui permet à une personne séronégative exposée au VIH d'éliminer le risque d'infection, en prenant, de manière continue ou «à la demande», un traitement anti-rétroviral à base de Truvada®. 
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puissent être proposée à l’occasion d’un test négatif. Chez les HSHHSH Homme ayant des rapports sexuels avec d'autres hommes. 
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, le recours au dépistage reste très fortement insuffisant.

Ainsi, dans l’enquête menée par l’équipe d’Annie Velter, socio-démographe à Santé publique France, 30% des participants n’avait pas réalisé de test depuis un an. Pire, 17% d’entre eux n’avaient jamais réalisé de sérologieSérologie Étude des sérums pour déterminer la présence d’anticorps dirigés contre des antigènes.
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. Seuls 53% d’entre eux, sur une population de près de 14500 HSH, avait eu recours au dépistage au moins une fois dans l’année. Ces derniers ont eu tendance à privilégier assez fortement les laboratoires privés (55% des sérologies réalisés) et les CeGIDDCeGIDD Centre gratuit d’information, de dépistage et de diagnostic (CeGIDD) des infections par les virus de l'immunodéficience humaine, des hépatites virales et des infections sexuellement transmissibles. Ces centres remplacent les Centres de dépistage anonyme et gratuit (CDAG) depuis le 1er janvier 2016.
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(28%) pour réaliser leurs tests.

Recours au dépistage chez les HSH - Annie Velter, SPF 2018

Aucun dépistage VIH au cours de la vie pour 17% des participants

Que savons-nous des participants de l’étude qui déclarent n’avoir jamais réalisé de test? Il s’agit d’une population plus jeune, d’un âge médian de 22 ans, dont près de la moitié habite dans une ville ou un lieu de résidence de moins de 20 000 habitants. Cette particularité géographique semble confirmer une difficulté d’accès à des lieux ou des actions de dépistage, ainsi qu’aux moyens de préventions.

Ils sont moins nombreux à se considérer comme homosexuels (68% contre 86% des hommes ayant eu recours au test dans l’année écoulée). Leur cercles amicaux sont majoritairement hétérosexuels (95%) et ils déclarent  fréquenter moins les établissements de convivialité gay. Leur score de détresse psychologique, telle que mesurée par le MH5 et correspondant à un état de santé mentale dégradée associé à des symptômes de nature anxiodépressive, est plus élevé que chez les autres participants (40%, contre 37% chez les HSH ayant réalisé un test dans les 12 derniers mois, et 15% en moyenne chez les hommes hétérosexuels). Enfin, ils sont moins nombreux à déclarer une relation stable avec un homme au cours des 6 derniers mois.

Leur perception des risques liés au VIH est également faussée: Ils sont 57% à auto-évaluer leur risque d’être contaminé par le VIH comme nul ou très faible et seuls 28% d’entre eux savent qu’un test de dépistage est recommandé tous les 3 mois pour les HSH. Enfin, s’ils déclarent moins de partenaires dans les 6 derniers mois (un seul pour 46% d’entre eux, contre 25% chez les HSH ayant effectué un test dans l’année), ils sont aussi moins nombreux à protéger les rapports avec un partenaire occasionnel inconnu avec le préservatif ou les traitements: 70% contre 82%.

Le rapport au dépistage est donc très varié chez les hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes, avec un recours et une perception des risques différents. Les biographies sexuelles variées demandent que les messages de prévention et d’incitation au dépistage prennent en compte cette diversité, pour espérer pouvoir appliquer les recommandations de la HAS.

Une autre forme d’autodépistage que l’autotest à l’étude

Une piste de recherche, actuellement étudié par l’étude Mémodépistages, proposent à des participants fortement exposés et insuffisamment dépistés, de réaliser et de renvoyer des auto-prélèvements sanguins, urinaires, anaux et pharyngés à domicile. Les premiers résultats sont encourageants, et les kits récupérés très majoritairement exploitables pour le dépistage. Sur les 2028 kits renvoyés, 8 ont ainsi révélés une séropositivité au VIH. L’étude continue jusqu’à décembre 2019.

L’exemple britannique

Des pistes d’inspirations à l’amélioration au recours au dépistage peuvent également trouvées dans dans d’autres pays, comme au Royaume-Uni: Une baisse de plus de 30% du nombre de personnes diagnostiquées séropositives a été constaté, et ce, alors que le nombre de tests réalisés ne cesse d’augmenter.

Tests de dépistage VIH chez les HSH par pays, tendance de 2000 à 2014

En Grande Bretagne, c’est depuis 2012 qu’on recommande au HSH très exposés de réaliser un test tous les 3 mois. A Londres, de nouveaux centres de dépistage ont vu le jour. Dans la clinique Dean Street Express, les gens s’enregistrent sur une borne, récupèrent leurs tubes, font leur propres prélèvements, les déposent et ont les résultats trois heures plus tard dans la journée. La clinique reçoit environ 430 personnes par jour.

L'exemple innovant de Dean Street, à Londres

Le nombre de tests réalisés par les HSH britannique a augmenté de 50% entre 2013 et 2016, et le nombre d’HSH qui avait déjà réalisé un test dans l’année précédente a augmenté de 60%. En 2014, ils étaient 92% à avoir réalisé un test dans l’année. Cette augmentation de la fréquence des tests avec la mise sous traitement précoce (dès le diagnostic) et la promotion de la Prep semblent expliquer des résultats qu’on aimerait connaître en France.