Washington 2012 — Une conférence bicéphale

Cette XIXe conférence internationale sur le sida, localisée à Washington DC, aux Etats-Unis, avec ses 25 000 congressistes venus du monde entier, a été, au bout du compte, une conférence à deux visages. Quasi schizophrénique parfois, même.

D’une part la conférence triomphaliste telle que lancée par une Amérique en pleine campagne électorale. «Vers la fin du sidaSida Syndrome d’immunodéficience acquise. En anglais, AIDS, acquired immuno-deficiency syndrome.
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?», comme questionnait la une de Libération du 21 Juillet.

Certes le modèle «cure» est attractif et cette conférence était aussi la conférence des traitements hautement actifs et de mieux en mieux tolérés, notamment avec les Combo (3 ou 4 principes actifs dans un seul comprimé), la conférence de l’explosion des modèles de prévention, du traitement comme outil de prévention (TasPTasp «Treatement as Prevention», le traitement comme prévention. La base du Tasp a été établie en 2000 avec la publication de l’étude Quinn dans le New England Journal of Medicine, portant sur une cohorte de couples hétérosexuels sérodifférents en Ouganda, qui conclut que «la charge virale est le prédicteur majeur du risque de transmission hétérosexuel du VIH1 et que la transmission est rare chez les personnes chez lesquelles le niveau de charge virale est inférieur à 1 500 copies/mL». Cette observation a été, avec d’autres, traduite en conseil préventif par la Commission suisse du sida, le fameux «Swiss statement». En France en 2010, 86 % des personnes prises en charge ont une CV indétectable, et 94 % une CV de moins de 500 copies. Ce ne sont pas tant les personnes séropositives dépistées et traitées qui transmettent le VIH mais eux et celles qui ignorent leur statut ( entre 30 000 et 50 000 en France).
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) ou «y a plus qu’à les mettre en place», la conférence du «cure» -le programme de recherche d’un traitement d’éradication du Vih- et de la aids free generation avec ses objectifs «zéro» qui sont aussi ceux de l’OMS: zéro transmission mère-enfant, comme l’a annonçait pour 2015 Hillary Clinton, zéro nouvelle contamination, zéro discrimination, etc.

Un monde idéal ou la lutte contre le sida garderait son tripe A, en quelque sorte. Même si le regard de l’Amérique passe au-dessus de ses exclus du système de soins et ses 26 % seulement de personnes VIHVIH Virus de l’immunodéficience humaine. En anglais : HIV (Human Immunodeficiency Virus). Isolé en 1983 à l’institut pasteur de paris; découverte récemment (2008) récompensée par le prix Nobel de médecine décerné à Luc montagnier et à Françoise Barré-Sinoussi.
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dont le virus est contrôlé par les traitements, pour regarder vers les pays du sud. En donnant par exemple à l’aide multilatéral 80 millions de dollars supplémentaires sur les programmes de prévention mère-enfant et 40 millions pour la circoncision.

Une conférence triomphaliste qui veut nous fait croire aussi que les problèmes de droit de propriétés intellectuelles sont réglés alors que même dans le pays pionnier des génériques, le Brésil, comme le soulignait Jean-Paul Moatti, 11 des 30 molécules anti-vih sont désormais à l’abri de toute possibilité de passage au générique. Bref une image mi-futuriste mi-falsifiée de l’état de la lutte contre le sida dans le monde.

Le réalisme, après le triomphalisme

D’autre part, la conférence du réalisme politique et scientifique. La modération scientifique puisque déjà on ne parle plus d’un modèle de «cure» mais de deux: celui de «l’éradication» sans retro planning fixable et celui, plus modeste, de la «rémission» ou de «guerison fonctionnelle», guère plus datable. Par ailleurs, côté politique, Bill Gates, le nouveau ministre de la santé mondiale, a laissé entendre que les 7 millions de traitements antirétroviraux d’urgence qui manquent cruellement dans les pays du sud à d’ici 2015 ne seraient jamais disponibles. Peut-être parce que d’autres priorités verront le jour plutôt du côté de l’accès au dépistage, de la prévention et du traitement plus précoce afin d’utiliser au mieux les vertus préventives des traitements antirétroviraux (TasP).

Et puis, si ce n’est pas le cas en France, des désengagent sont à craindre dans une économie contrainte à d’autres priorités, en compétition avec le VIH à l’instar des maladies cardio-vasculaires et du cancer. Nos collègues canadiens, dont l’expérience de prévention tout azimut de la Colombie Britannique est un exemple pour le monde entier ici à Washington, ont appris qu’il n’y aurait pas de campagnes de Prévention VIH en 2013 dans leur pays.

Et puis il y la réalité de terrain. Des images fortes comme cette colonne de poupées multicolores qui figurent les orphelins du sida en Afrique. Nouvelle génération, si l’on peut écrire. Ces orphelins dont les mères ont eu accès au traitement antirétroviral uniquement dans le but de protéger l’enfant mais pas pour elle-même après la grossesse. Laissant des orphelins, séronégatifs certes, mais orphelins.

>>> Washington 2012

Toute l’actualité de Washington 2012 est sur Vih.org. A l’occasion de la conférence, Vih.org participe à l’Agence de presse francophone mise en place par Sidaction.
Les photos et l’ambiance de la conférence sont sur Vu.vih.org.