Conférence — Une CROI sismique

Le Pr Gilles Pialoux est à la CROI 2012, qui se tient cette année à Seattle, du 5 au 8 mars, et coordonne le E-journal en direct de la CROI 2011 pour La Lettre de l’infectiologue.

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Nous voici de retour à Seattle pour cette 19e conférence sur les rétrovirus et les infections opportunistes (CROICROI «Conference on Retroviruses and Opportunistic Infections», la Conférence sur les rétrovirus et les infections opportunistes annuelle où sont présentés les dernières et plus importantes décision scientifiques dans le champs de la recherche sur le VIH.) qui se tient dans la principale ville de l’Etat de Washington, sur la Côte-Est des Etats-Unis, du 5 au 8 mars prochain.

Beaucoup d’entre les conférenciers ont déjà testé le trajet, et la ville, puisque la 9e conférence était déjà sise en la «ville émeraude» connue pour son climat tempéré, son lac Washington et… sa situation en plein sur une épine sismique !

Une fois l’ablation des bas des contentions et/ou la dissipation des verres de champagne, c’est selon, et en pleine induction du jet-lag, on pourra s’atteler aux 75 pages du programme dit Pocket qui comprend 1142 études acceptées avec un taux d’acceptation autour de 55%.

Parmi les concepts en filigrane, on aura à cœur de décrypter, et traquer, les traces du «cure», si imprudemment annoncé à la CROI… de 1996. La session d’ouverture, passée les séances de formation continue, sans donner le la de la CROI livre au moins une tendance. Cette année ce sera les «anticorps neutralisants» et une «special lecture» de retour sur les études CAPRISA, notamment de prévention par le gel de tenofovir en Afrique. Ce qui se poursuivra par l’ouverture, mardi, des hostilités par Wafaa-El-Sadr, nouvelle «star» des CROI précédentes, avec un état des lieux de «ART for prevention», le traitement comme prévention (ou TaspTasp «Treatement as Prevention», le traitement comme prévention. La base du Tasp a été établie en 2000 avec la publication de l’étude Quinn dans le New England Journal of Medicine, portant sur une cohorte de couples hétérosexuels sérodifférents en Ouganda, qui conclut que «la charge virale est le prédicteur majeur du risque de transmission hétérosexuel du VIH1 et que la transmission est rare chez les personnes chez lesquelles le niveau de charge virale est inférieur à 1 500 copies/mL». Cette observation a été, avec d’autres, traduite en conseil préventif par la Commission suisse du sida, le fameux «Swiss statement». En France en 2010, 86 % des personnes prises en charge ont une CV indétectable, et 94 % une CV de moins de 500 copies. Ce ne sont pas tant les personnes séropositives dépistées et traitées qui transmettent le VIH mais eux et celles qui ignorent leur statut ( entre 30 000 et 50 000 en France).). Cela se poursuivra le mardi avec la session 19 «Next steps in using ARV for prevention».

The Cure

Côté «cure», cette fois il s’agit moins d’éradiquer par une action antirétrovirale même puissante que de purger les réservoirs d’ADN pro-viral, le principe étant de développer des molécules qui activent cet ADN pro-viral, tapi dans l’ombre cellulaire, tout en permettant l’action d’autres agents antirétroviraux. Une entreprise de biotechnologie, SANGAMO, livrera ses premiers résultats préliminaires le jeudi 8 mars avec l’essai SB-728-T. Plusieurs sessions permettront de dresser la liste des molécules anti-latence virale avec l’arrivée de plusieurs industriels du médicament antirétroviral sur ce segment de recherche. Et non des moindres.

La PrepPrep Prophylaxie Pré-Exposition. La PrEP est une stratégie qui permet à une personne séronégative exposée au VIH d'éliminer le risque d'infection, en prenant, de manière continue ou «à la demande», un traitement anti-rétroviral à base de Truvada®. 

En ce qui concerne la Prep, la prophylaxie pré-exposition, qui était l’une des vedettes de la CROI 2011, avec l’essai IPREX, nous serons particulièrement à l’écoute des sous-études comportementales permettant de décrypter dans les essais de Prep, menés chez HSHHSH Homme ayant des rapports sexuels avec d'autres hommes.  mais aussi en Afrique, les déterminants de la réussite ou de l’échec de cette prophylaxie. Le mardi 6 mars on saura tout de l’échec précisément de l’étude FEME-Prep (# 32 LB) arrêtée pour absence de possibilité de prouver l’essai protecteur chez les femmes d’un traitement préventif par Truvada.

On pourra suivre aussi la lente progression des gels préventifs utilisés tant au niveau vaginal en Afrique dans la transmission hétérosexuelle que au niveau rectal chez les HSH avec probablement des pistes pour expliquer le différentiel entre les résultats observés d’une part avec une Prep génitale versus des comprimés et surtout les différences observées entre l’homme et la femme en ce qui concerne la probable diffusion des molécules antirétrovirales dans le tractus génital utilisées à visée préventive.

Nouveautés thérapeutiques

Mais les molécules figurent bien sur, avant tout, en thérapeutique. Avec la progression des génériques et des stratégies de deuxième ligne en Afrique, ou au Nord des «COMBO» associant trois ou quatre principes actifs contre le vih à l’image du «Quad» (Elvitegravir/Cobicistat/Emtricitabine/tenofovir) (# 101), ou l’avancée de certaines pro-drogues comme le GS-7340, plus efficace et moins toxique semble t-il que le tenofovir (# 103).

Questions et attentes

La CROI permet aussi de répondre à des questions nichées dans la pratique clinique et dans notre subconscient de soignant ou d’activiste d’entre deux conférences (IAS/CISMA, IAC/CROI/francophone…). Pour exemples partiels et partiaux : la contraception orale injectable tant utilisée en Afrique est-elle oui ou non un facteur de sur-risque de contamination par le VIHVIH Virus de l’immunodéficience humaine. En anglais : HIV (Human Immunodeficiency Virus). Isolé en 1983 à l’institut pasteur de paris; découverte récemment (2008) récompensée par le prix Nobel de médecine décerné à Luc montagnier et à Françoise Barré-Sinoussi.? Et si oui doit-on revoir les programmes de planning familial dans les PVD en Afrique à la lumière de ces données (# 20 LB), quelles sont les concentrations intra-génitales des molécules utilisées dans la PREP au niveau génital et quelle corrélation avec le niveau de protection ( # 31 LB), pourquoi et comment la circoncision protège-telle aussi en Afrique de l’herpes (# 37), quid des traitements anti-vhc chez les co-infectés (Session 10, session 16 et session 20), si attendus, déjà arrivés en recherche clinique, et pourtant en peine d’inclusions dans les essais ANRS (telaprevir & boceprevir); Et quid des molécules qui devraient arriver ( TMC 435, MK 5172…), sans compter le très convoité inhibiteur de polmérase, le PSI-7977 (# 54 LB), pour l’acquisition duquel, rumeur encore invérifiable, Gilead aurait débourser 11 milliards de dollars ; y aura-t-il du monde à la communication # 82 de Scott Letendre inventeur du score éponyme pour quantifier (mal) le passage des molécules antirétrovirales dans le système nerveux et leur corrélation (improbable) avec les troubles neurocognitifs observés chez les personnes vivant avec le VIH? ET bien d’autres questions résolues au file des posters.

A noter : encore moins de français que d’habitude -comme Françoise Barré-Sinoussi, retenue à Paris- à cette CROI là, si l’on exclut Stéphane Blanche (en plénière), Francois Dabis (modérateur), Frantz Foissac, Naim Bouazza (speakers) et ceux que oubliés.

Comme les années précédentes, Vih.org s’associe avec le e-journal en partenariat avec la lettre de l’Infectiologue et BMS pour la couverture de cette CROI 2012.