France — Chiffres du VIH en 2010: Stagnation en eaux troubles

Autant l’écrire clairement: Compte tenu de ce que l’on sait de l’épidémie et des modes de transmissions du VIH, compte tenu des outils de prévention actuellement disponibles, compte tenu des moyens mis dans la prévention VIH, toute stagnation de l’épidémie en France est un échec. Et ce n’est pas l’éditorial de cette livraison attendu du BEH, centré sur le thème «Eliminer les nouvelles contaminations VIH en France en 2017?» qui change quelque chose à ce constat.

A ce titre, les dernières données de l’INVS rendues publiques à l’occasion de la Journée du 1er décembre dans le BEH du 29 novembre 2011 sont au moins à 3 niveaux de stagnation et donc d’échec.

Pas assez de dépistage

Stagnation tout d’abord, de l’offre de dépistage. La France est toujours et le pays qui dépiste le plus de séronégatifs mais dépiste probablement les plus mal les séropositifs. Le nombre de tests de sérologies VIH réalisés en France en 2010 est estimé à 4,98 millions [IC95%, 4,51-5,05]. Ce nombre de tests avait augmenté entre 2003 et 2005 pour atteindre 5,29 millions de sérologies. Ces tests sont aujourd’hui prescrits essentiellement (77%) dans des laboratoires de villes. Où y sont diagnostiqués 40 % des sérologies VIH positives, contre 12 % dans l’offre de test anonyme et gratuit. Avec 10 836 sérologies VIH confirmées positives en France en 2010 [IC95%, 10337-11295], la taux de positif est stable avec 2,2 pour 1000 sérologies réalisées. Régionalement, on trouve toujours la Guyane en tête (8,7 pour 1000), la Guadeloupe (5/1000) et l’Île-de-France avec 4,4/1000. On peut se demander si la politique de l’Etat et des collectivités territoriales est bien à la hauteur de cette concentration de l’épidémie.

Le même nombre de nouveaux diagnostics

Stagnation de l’épidémie globalement tel que le reflète le nombre du nouveaux diagnostics. Le nombre de nouveaux diagnostics selon l’InVS est de 6265 [IC95%, 5 914-6616]. Donc équivalent à 2009. Ce chiffre, après avoir baissé entre 2004 et 2007, stagne. Seule bonne nouvelle pour l’application du Plan de lute contre sida et les IST 2010-2014, la part de dépistage de ces nouveaux diagnostics qui revient à la médecine de ville est passé de 24% en 2003 à 32% en 2012. Le reste étant fait à l’hôpital. L’âge moyen de ces nouveaux diagnostics, qui mélange les découvertes tardives et les contaminations récentes, était en 2010 de 37,9 ans.

Une épidémie concentrée chez les HSH et les migrants

Plus inquiétant encore est la courbe qui représente les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) dans ces nouveaux diagnostics. En effet, parmi des personnes ayant découverts leur séropositivité en 2010, 57% ont été contaminés par rapport hétérosexuel et 47% par rapport sexuel entre hommes et 1% par usage de drogue injectable. S’il existe bien une confirmation de la baisse de l’épidémie chez les femmes hétérosexuelles nées à l’étranger, sans d’ailleurs que l’on puisse attribuer cette baisse à l’accès à la prévention et au dépistage, la stagnation des chutes des nouvelles contaminations chez les HSH et chez les hommes hétérosexuels nés à l’étranger se confirme.

En 2010 environ 3600 personnes [IC95%,3 355-3 818] contaminées par rapport hétérosexuels ont découvert leur séropositivité. Là aussi ce nombre stagne depuis 2007. Le nombre de découvertes de VIH chez les HSH a été estimé à 2500 [IC95%, 2 341-2 707]. Ce chiffre lui ne stagne pas, il augmente sur la période 2003-2010 ! La part des moins de 25 ans y est passée, depuis 2003, de 7 à 14 %. La part croissante des HSH influence d’ailleurs d’une certaine façon les pathologies inaugurales telles qu’analysées dans ce numéro spécial du BEH puisque la pneumocystose, plus rare comme manifestation clinique en Afrique subsaharienne, remonte en fréquence. En 2010, dans la région Ile-de-France, il y a eu 80 fois plus de contaminations chez les gays que chez les hétérosexuels.

Le VIH trop tardivement diagnostiqué

Troisième niveau de stagnation: la découverte de séropositivité reste tardive, voire très tardive; Alors que le Plan prévoit une offre de dépistage généralisée et banalisée, en 2010, plus d’un tiers (35%) des raisons de dépistage sont des signes cliniques évocateurs. Dans 23% des cas, le test est fait après une exposition au VIH et dans 19% des cas, dans un bilan systématique dont le bilan…prénatal. L’analyse des motifs de dépistage stagnent entre 2003 et 2010…

On considère qu’en 2010, 49% de personnes nouvellement diagnostiquées avaient moins de 500 CD4 ce qui constitue une perte de chance pour ces personnes dans les critères actuels des mises sous traitement. Ce critère de diagnostic très tardif concerne encore 30% des personnes dépistées en 2010. En opposition et en miroir, le nombre de personne découvertes à un stade de primo-infection reste encore dérisoire (11%). Alors qu’on sait le rôle que jouent les primo-infections dans la circulation de l’épidémie VIH notamment chez les HSH.

Au total 62% des nouveaux diagnostiqués sont cliniquement symptomatiques. Notons d’ailleurs la stagnation à un haut niveau des passages au stade sida, objet d’une déclaration spécifique: 1500 nouveaux cas de sida en 2010.

Que conclure ?

Selon les auteurs, cet article du BEH, les données de surveillance de l’infection par le VIH en 2010 ne peuvent pas encore montrer l’évolution liée à une généralisation du dépistage et à ces répétitions dans les populations exposées, telles que… par les recommandations du Plan national de lutte contre le sida et les IST 2010-2014, puisque ce plan a été rendu publique fin 2010.

A l’évidence, le comité de suivi du Plan national veillera à trouver des indicateurs les plus précoces de l’augmentation attendue de l’offre de dépistage aux populations HSH et migrantes ciblées comme populations prioritaires et aussi de l’augmentation de l’offre de dépistage à la population générale dans la perspective du rattrapage des (probablement) 29 000 personnes VIH+ qui s’ignorent (selon une récente étude dirigée par Caroline Semaille).

Il n’empêche que les données françaises sont des données péjoratives sur le profil de l’épidémie en France. Ces données confortent aussi ce qui constitue la trame des mesures prônées dans le Plan National de Lutte contre le Sida notamment en termes de dépistage comme outil de prévention et de prévention ciblée.

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