CROI 2010 — La lutte contre le VIH en son labyrinthe

Le Pr Gilles Pialoux est à la CROI 2010, qui se tient cette année à San Francisco, du 16 au 19 février et coordonne le E-journal en direct de la CROI 2010 pour La Lettre de l’infectiologue. Mercredi, TASP (Treatment as prevention), le traitement comme moyen de prévention, a occupé les esprits. Jeudi, le labyrinthe comme figure emblématique, de la complexité dans la lutte contre le VIH.

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A J3 de la CROI, on n’en est plus à chercher les «scoops» mais bien plus à tenter de trouver le sens global de cette 17e CROI, sise cette année dans le berceau de la lutte communautaire contre le sida, San Francisco. Et chercher ce qu’il en restera, une fois rentré au bercail.

S’il en est un, de sens global, c’est Kenneth Mayer (# 63) qui l’a trouvé dans son overview au pas de la charge sur la Prophylaxie pré-exposition (PreP) et le Tasp: «Ni panacée ni boite de Pandore mais un labyrinth », a-t-il tranché en conclusion. Ou le labyrinthe comme figure emblématique, cette année, de la complexité dans la lutte contre le VIH. Labyrinthe des retours en arrière conceptuels1«Traiter tôt et fort» dont on sait aujourd’hui l’impact positif que cela devrait avoir en terme neurocognitif, métabolique, d’inflammation chronique, de survenue de cancer et… de prévention., des fausses pistes thérapeutiques ou curatives, des suspicions de toxicité qui s’avèrent plus complexe que prédites2Sur la question vedette des deux précédentes CROI, l’abacavir et le risque cardio-vasculaire, se reporter à  la sortie simultanée de l’article signé par l’équipe espagnole de BICOMBO ( E Martinez et al. AIDS fast track 2010,24 :F1-F9) : « abacavir-based therapy does not affect biological mechanisms associated with cardiovascular dysdunction », des neuro-haart qui peinent à emporter la conviction dans un lien éventuel à la survenue des troubles neurocognitifs (voir interview de J Gasnault)… Labyrinthe thérapeutique et préventif, aussi, qui justifie de nécessaires «solidarités» entre molécules, entre firmes pharmaceutiques, entre stratégies antirétrovirales et outils préventifs tellement la route est longue vers le «cure» de la CROI 1996 et le «prevent» de la CROI 2010.

Dans ce labyrinthe là de la CROI 2010, on peut oser un parallèle entre les options thérapeutiques et les outils de prévention. En filigrane, la nécessité dans les deux cas de stratégies combinées, mais aussi de ne pas jeter les molécules ou les méthodes de prévention, dites «anciennes», avec l’eau du bain. D’autant que tout laisse à penser, tout au moins au Nord, que l’augmentation conjointe du dépistage et de la durée sous antirétroviraux (traiter plus tôt) va conduire des dizaines de milliers de personnes VIH+ dans le système de soin de manière durable.

Labyrinthe de la rareté et de la complexité désormais des essais de grande envergure à l’instar de l’ACTG 5002 (# 59 LB et # 107 LB) qui surligne  la question de l’efficacité dans les strates à plus de 100 000 copies/ml de charge virale comme constituante de l’image de puissance antirétrovirale. Et le fait aussi que la comparaison, en l’espèce équivalente, d’efavirenz et atazanavir en 3éme agent, se joue désormais a des niveaux d’efficacité proches de 90%.

La CROI qui se perpétue à un haut niveau scientifique depuis 17 ans illustre combien  la connaissance a besoin de récurrences sur elle-même. Les 3 axes à venir de la lutte contre le sida tels que défini par Anthony Fauci en sera une illustration pour les prochaines CROI.

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