Société — Les «jeunes» dans la réponse globale à l’épidémie

«Nous ne sommes pas une partie du problème, nous sommes une partie de la solution» : le slogan est sans doute un peu éculé d’avoir servi de bannière à toutes les mobilisations communautaires, mais manifeste assez bien le volontarisme de l’IAS de constituer la jeunesse en acteur à part entière de la réponse à l’épidémie de VIH/sida.

Cet article a été publié dans Transcriptases n°138.

Dans le prolongement d’une tendance amorcée au moins depuis la conférence de Barcelone, en 2002, Mexico a consacré une très large place aux jeunes, non seulement en tant qu’objets d’étude et cible privilégiée de nombreux programmes de lutte contre l’extension de l’épidémie, mais bien en tant que partie prenante, que force propre, institutionnellement reconnue et politiquement légitime. L’objectif affiché n’était pas simplement de parler des jeunes, mais bien de leur donner la parole.

Une très forte visibilité

Un relevé rapide de la présence de la thématique «jeune» à travers la conférence en témoigne : une pré-conférence des jeunes (31 juillet – 2 août, 250 jeunes délégués), plus de 600 abstracts dont le titre contient au moins les termes «jeune», «jeunesse» ou «adolescent», 15 sessions explicitement recensées dans un axe transversal «jeunesse» (track «Youth») structurant la conférence principale, un rapport en session de clôture, un site internet officiel (www.youthaids2008.org), une très forte visibilité au coeur du Village global autour du «Pavillon de la jeunesse», espace de la Mexico Youth Force et d’associations de jeunesse partenaires de l’IAS fortement organisées au plan international (Global Youth Coalition on HIV/AIDS, Taking It Global, Youth Coalition, etc.).

L’idée d’un rôle spécifique de la jeunesse dans la lutte contre le sida n’est pas particulièrement nouvelle : les enjeux générationnels sont évidents en matière d’éducation à la sexualité, d’apprentissage des rapports de genre, d’appropriation des savoirs du corps, de socialisation. Pour autant, ils sont apparus réactualisés dans le contexte d’une conférence qui a nettement remis au premier plan de la réponse globale la prévention, l’éducation, la lutte contre la stigmatisation et les discriminations – autrement dit le travail sur les déterminants sociaux et politiques de l’épidémie – et par là même réaffirmé le rôle des acteurs communautaires. Ce qui est sans doute nouveau est alors la constitution – au moins dans l’espace de la conférence, et sans doute dans celui de l’activisme VIH/sida international – d’une sorte de parole communautaire des jeunes, plus ou moins institutionnalisée.

Une communauté trans-communautaire

Ce sur quoi se constitue une telle communauté demeure néanmoins assez vague : car jusqu’à quel point le fait d’être jeune crée-t-il une communauté par delà des déterminants aussi puissants, en regard des problématiques du VIH, que l’orientation sexuelle, le contexte économique, social et culturel d’origine, etc. ? Autrement dit, les problèmes auxquels sont confrontés une jeune femme en Afrique ou un jeune MSM en Chine ne sont-ils pas d’abord ceux des femmes africaines ou ceux des MSM chinois avant d’être communs à leur jeune âge ? Cette communauté globale des jeunes qui émerge à travers la conférence est une communauté trans-communautaire. Son discours intègre et reproduit logiquement la diversité communautaire qui structure le champ de la lutte contre le sida en deçà du critère de l’âge : jeunes MSM, jeunes travailleurs/travailleuses du sexe, jeunes injecteurs de drogues, jeunes du Sud, etc. Le rapport final présenté en session de clôture par une jeune activiste néerlandaise révèle les limites de l’approche : il revient pour l’essentiel à décliner dans une classe d’âge un ensemble de problématiques et de revendications communautaires non spécifiques de l’âge.

L’émergence d’une nouvelle génération

C’est donc ailleurs que se situe l’apport politique propre de l’émergence d’une parole organisée de la jeunesse. Non dans une véritable novation du discours sur l’épidémie, mais dans le geste politique de revendication par cette communauté jeune de sa propre légitimité d’interlocuteur et d’acteur des politiques qui la concernent, et des moyens de se former et de s’organiser efficacement au plan local, national et international.

Les organisations internationales de jeunes ont démontré à Mexico leur visibilité, leur haut degré d’organisation et d’institutionnalisation, le quasi-professionnalisme de la plupart de leurs jeunes activistes. Sans doute assiste-t-on là à l’émergence d’une nouvelle génération de futurs cadres de la lutte contre le sida. Sans doute est-ce pour les grandes organisations internationales de la lutte contre le sida le moyen de pérenniser la production de leurs élites.

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