Santé publique — Dépistage : les nouvelles pistes

La ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, et Jean-François Delfraissy, le directeur de l’Agence Nationale de Recherches sur le Sida (ANRS) ont lancé le 19 novembre dernier les nouvelles études utilisant les tests de dépistage rapide du VIH/Sida. Sous l’intitulé « Infection par le VIH : vers de nouvelles stratégies pour le dépistage et la prévention », les chercheurs ont rappelé la situation contradictoire de la France : plus de 36 000 personnes ignoreraient leur statut sérologique ou ne seraient pas suivies médicalement, pourtant, 5 millions de tests de dépistage du VIH sont réalisés par an.

Étaient également présents dans les locaux de l’ANRS le Professeur Yazdan Yazdanpanah, du service de maladies infectieuses de Tourcoing, investigateur principal de l’étude ANRS – Com’Test, Bruno Spire, président de AIDES, chercheur à l’Inserm et Françoise Barré-Sinoussi, directeur du comité scientifique de l’ANRS, qui a reçu récemment le prix Nobel de médecine.

Aujourd’hui, un tiers des personnes séropositives accèdent aux soins à un stade avancé de la maladie. Cette situation est d’autant plus préjudiciable que les traitements antirétroviraux sont efficaces et qu’en plus d’un bénéfice individuel, ils apportent un bénéfice collectif en réduisant la transmission du virus. Face à ce constat, Roselyne Bachelot a évoqué les « limites des politiques de prévention à spectre large ».

La prévalence du VIH reste élevée parmi les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH) marquant ainsi l’échec de la prévention dans ce groupe. Les HSH doivent pouvoir bénéficier de l’élargissement de l’offre de dépistage, d’une offre de proximité, communautaire, où le dépistage serait pratiqué par des personnes qui les comprennent mieux. Le Pr Yazdanpanah souligne que dépistage et prévention sont indissociables, le dépistage du VIH étant le meilleur moment pour faire de la prévention.

Tests de dépistage rapide

Les tests de dépistage rapide du VIH (TDR) donnent un résultat en 30 minutes à partir du prélèvement d’une goutte de sang au bout du doigt. La mise à disposition de ces tests conduit à l’émergence de nouvelles stratégies de dépistage, des stratégies innovantes, alternatives, permettant d’aller au devant des gens qui ne se dépistent pas.

Parmi elles, l’étude ANRS – Com’Test, initiée par AIDES et co-organisée avec l’équipe du Professeur Yazdanpanah, cherche à évaluer la faisabilité d’un dépistage communautaire, non médicalisé, réalisé par l’association AIDES dans ses locaux, auprès des HSH. L’étude débute le 21 novembre à Montpellier avant d’être mise en œuvre à Lille, Bordeaux et Paris.

L’ANRS soutient d’autres projets utilisant des TDR notamment dans les services hospitaliers d’urgences de la région parisienne. A noter également, l’étude Webtest qui cherche à caractériser les personnes qui utilise les « home-tests », (tests de dépistage rapide sanguins ou salivaires réalisés seul) et une étude sur les inégalités sociales face au dépistage du VIH.

« Changement de paradigme »

Ces projets révèlent un virage dans les stratégies de prévention et de dépistage du VIH, un « changement de paradigme », expression reprise par tous les orateurs de la conférence de presse. Changement de paradigme mais lenteur réglementaire. La haute Autorité de Santé a rendu récemment ses conclusions sur le dépistage du VIH et notamment l’utilisation des TDR. Leur utilisation en dehors des situations d’urgences, ou par du personnel non-médical n’est possible que dans le cadre d’une recherche biomédicale (cadre réglementaire de l’étude Com’Test). Bruno Spire, président de AIDES, « association de personnes séro-concernées », et chercheur à l’Inserm, souligne l’intérêt d’une recherche biomédicale. Elle permettra « de prouver que les profanes de AIDES sont capables d’attirer les personnes vers plus de prévention et de les accompagner ». Les nouvelles stratégies de dépistage doivent de toute façon être évaluées avant d’être appliquées.

Le rôle des associations de lutte contre le sida a été fortement mis en avant. Pour reprendre les mots de la Ministre, « les associations sont, une fois encore, les précurseurs de cette nouvelle démarche. Par leur initiative, une fois encore, ils contribuent à endiguer la contamination ». Le professeur Delfraissy a conclu en plaçant cette conférence de presse comme un nouveau point de départ : « la collaboration des équipes de recherche avec les associations de lutte contre le sida comme acteur propre de la recherche et pas simplement comme contributeur à la réflexion ».

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