La revue

Ce numéro de Transcriptases a été réalisé en partenariat avec Solthis

La 16e conférence africaine sur le sida et les IST , sise à Addis-Abeba du 4 au 8 décembre 2011, a fait montre d'une Afrique fière de ses racines et prête à jouer son rôle dans le XXIème -siècle. Le mot -d'ordre de la conférence résume à elle-seule cette ambition : « Appropriation, renforcement (scaling-up) et pérennisation. » Dans ce contexte, le choix de l'Ethiopie, souvent citée parmi les « bons élèves » des politiques de développement, n'était pas anodin.

Tout avait été préparé par le Comité -d'Organisation dans le but de faire ressortir les avancées notables de la lutte contre le sida en Afrique : diminution des nouvelles infections, baisse de la mortalité et augmentation de la couverture antirétrovirale. Cependant, malgré quelques données épidémiologiques encourageantes, le moral des participants était au découragement. Pourquoi ? Plusieurs éléments expliquent les freins à plus d'appropriation, plus de « scaling up » et plus de pérennisation, précisément.

Tout d'abord, les activistes africains reprochent toujours à leurs gouvernements de ne pas respecter les engagements de la Déclaration d'Abuja en 2001 et attribuer 15 % du Budget national à la Santé. Certes, des pays ont réalisé des efforts pour augmenter le financement de la santé, tels le Mali, le Nigéria ou le Botswana, mais beaucoup d'entre eux ont vu, au contraire, leur effort diminuer : Zambie, Mozambique, Tanzanie ou Niger,et d'autres encore. Que dire alors du niveau réel d'appropriation ?

D'autre part ; même si la part du budget national allouée à la santé augmentait, cela ne suffirait pas. Dans les pays aux revenus les plus faibles, 15 % du budget national ne permettrait en aucun cas de couvrir le « paquet minimum de soins » établi par l'OMS, et encore moins d'assurer la gratuité de la prise en charge du VIH /sida. L'aide extérieure reste, malheureusement, une nécessité vitale.

Une des principales réponses aux défis de la pérennité et de l'appropriation, consiste à intégrer les programmes de lutte contre le VIH dans le renforcement des systèmes de santé et à placer les personnes infectées ou affectées par la maladie au centre des stratégies nationales. Hélas, nous avons pu constater à Addis-Abeba qu'il reste beaucoup à faire encore pour que les projets internationaux acceptent le jeu de l'harmonisation et de l'alignement. Qui plus est, les politiques nationales en Afrique sont encore largement répressives vis à vis de certaines communautés, les homosexuels mais aussi dans certains pays les usagers de drogues, et ne font pas une place suffisante aux PvVIH. La mobilisation sur ce dernier point de la société civile, au Nord comme au Sud, est plus que jamais un besoin crucial.

Les défis ne s'arrêtent pas là. En effet, même si des progrès étaient consentis sur ces deux chantiers, cela serait insuffisant pour assurer un passage à l'échelle dans l'accès au traitement. Aujourd'hui les ressources disponibles ne sont plus suffisantes pour élargir l'accès à la prise en charge. Les économistes et les médecins travaillent ensemble pour trouver de nouvelles approches, plus efficientes ou plus « coût/efficace » ; Approches qui permettent de mieux choisir des stratégies appuyées sur l'évidence scientifique. Les résultats de tels travaux sont déterminants pour un passage à l'échelle. Par contre, ils ne peuvent pas compenser l'absence de volonté de la communauté internationale pour relever le défi d'un monde sans VIH. La crise économique a frappé de plein fouet l'aide publique au développement et, pire encore, la santé ne semble plus être une priorité de l'agenda international.

Comment, au moment ou ce numéro spécial Solthis/Transcriptases se termine, ne pas évoquer le Fonds Mondial, principale source de financement de la lutte contre le sida avec le PEPFAR. Ce même Fonds qui n'a pas su mettre en avant les progrès considérables qu'il a réussi, non seulement dans l'accès au traitement, mais aussi dans la participation des bénéficiaires directs de l'aide. Il a, de plus, laissé une certaine confusion gagner son CA et ses principaux bailleurs, autant sur la stratégie que sur la transparence des procédures, entrainant le départ du Directeur Exécutif, Michel Kazatchkine. Enfin, et c'est peut être là le plus grave, le Fonds n'a pas accompagné sa croissance rapide avec une gestion réactive des projets sur le terrain. Une nouvelle étape du Fonds se construit actuellement. Espérons que les mesures annoncées dans la nouvelle stratégie votée au CA d'Accra en 2011 pourront apporter des réponses concrètes aux blocages perçus sur le terrain.

Alors que la communauté internationale se penche sur le développement durable à Rio+20 cet été, alors que des nouveaux Objectifs du Millénaire pour le Développement vont être proposés, les acteurs engagés dans la lutte contre le VIH doivent, plus que jamais, renforcer leur mobilisation. A ICASA des voix se sont élevées pour exiger une conférence exceptionnelle de reconstitution du Fonds Mondial. Depuis, la Fondation Gates est venue à son secours. La France a lancé une nouvelle Initiative, appelée « I5PC ». Elle vise à renforcer l'assistance technique aux projets Fonds Mondial dans les pays. Sur un autre tableau, la taxe « Robin des Bois » sur les transactions financières pourrait apporter des ressources nouvelles importantes. Des pistes existent donc mais les responsables politiques doivent faire des choix courageux dans une période d'instabilité économique et sociale. Seront-ils à la hauteur ?

Si la 16ème ICASA n'a pas donné lieu à la présentation de nouveautés scientifiques majeures (ou notables), ce forum a néanmoins permis aux acteurs de terrain de se rencontrer et partager leur expérience. Dans un contexte particulièrement difficile, l'équipe de Solthis, présente à la conférence, a souhaité mettre en lumière un certain nombre de sujets à la fois médicaux et « sociaux » pour trouver les pistes d'une action sur le terrain plus efficace, plus proche des réalités et capables d'élargir l'accès à la prévention et au traitement de façon durable.

Gilles Pialoux, Vih.org — Louis Pizarro, Solthis.

> Ce numéro de Transcriptases et les autres sont également disponibles en PDF.

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