La revue

Swaps s’est rendu sur place pour tenter de trancher la question. Christelle Destombes, envoyée spéciale à Vienne, capitale mondiale de la musique classique et berceau de la psychanalyse, rend compte de cette cuvée 2019 de la CND. Tandis qu’Alexandre Marchant en retrace l’historique. Où l’on constate, édition après édition, que la dite Commission est souvent loin de ses ambitieux objectifs. La CND est censée, chaque année «développer des stratégies internationales de contrôle des stupéfiants». Avec une date butoir —2019— fixée par la déclaration de Vienne de 2009 pour «éliminer ou réduire significativement et de façon mesurable l’offre et la demande de drogues illicites, le trafic ainsi que le blanchiment d’argent ». C’est dire combien le Segment ministériel qui a ouvert la session viennoise, a d’abord consisté en un constat d’une décennie d’échecs résumé dans le dernier rapport de l’ONUDC : en 2016, plus de 5% de la population mondiale adulte auraient consommé des drogues illicites, soit 275 millions de personnes, dont 10 millions d’injecteurs; on a compté la même année 450 000 morts liées à l’usage de drogues, dont un tiers par overdose attribuées pour 75 % d’entre elles aux opioïdes. Côté offre, aucune réduction: la production de cocaïne pure a atteint 1 410 tonnes en 2016, le niveau le plus élevé jamais enregistré. Et le cannabis est consommé par 192 millions de personnes...

Autre sujet phare de cette 91e livraison de Swaps, la longue marche vers la reconnaissance par les États du cannabis, dans sa dimension médicale et récréative. Marche qui a commencé en 1996, avec le référendum californien sur l’usage thérapeutique du cannabis. On assiste depuis peu à une véritable accélération avec la légalisation de l’usage récréatif en Uruguay, au Canada et dans dix États américains, plus le district de Columbia. En novembre, le Luxembourg a annoncé la légalisation prochaine du cannabis, et deviendrait le premier Etat européen à légaliser la production, la détention et la consommation du cannabis pour les majeurs. En outre, 21 États de l’Union européenne – bien que le sujet des drogues soit peu présent lors de la campagne électorale pour renouveler le Parlement – autorisent la délivrance du cannabis à usage médical. Cette globalisation du cannabis légal, porteuse d’un marché potentiel de millions de consommateurs à travers le monde, suscite les convoitises commerciales. Selon des cabinets privés, partie prenante dans ce nouveau marché, d’ici trois ans, le marché du cannabis légal devrait doubler et atteindre entre 31 et 60 milliards de dollars ! Les professionnels de la santé semblent, pour leur part, un peu dépassés par cette montée en puissance de la légalisation du cannabis (lire le compte rendu par Ivana Obradovic du 2e North American Cannabis Summit). Pourtant, il y a de quoi positiver : la consommation chez les mineurs baisse et le marché noir recule. Et si la mortalité baisse aussi, notamment celle qui est liée aux trafics, on rejoindrait bien les objectifs de la CND!

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