CROI 2017

La Conférence sur les rétrovirus et les infections opportunistes, la CROI, a choisi Seattle pour son édition 2017, du 13 au 16 février. Gilles Pialoux, rédacteur en chef de Vih.org, est sur place, avec l'équipe du e-journal d’Edimark

Publié le 15 Février 2017 par

Au programme: Les ISTs par temps de PrEP avec la session S-3: «Stangers in the nights : challenges and opportunities in STI control» avec Jean-Michel Molina sur le thème de la PEP antibiotique pour les ISTs dans le sillage de l’essai ANRS-Ipergay, les cascades, y compris dans le contexte du Test and Treat, à l’image de la communication de Joseph Larmarange (#1018), lesnouvelles molécules ou formulations (S 0-4), la modélisation du HCV Cure et la cohorte D.A.D qui s’intéresse à l’obésité des PVVIH, et aux «fatty liver disease».

La science n'a pas de patrie

La Conférence sur les rétrovirus et les infections opportunistes, la CROI, a choisi Seattle pour son édition 2017, du 13 au 16 février. Gilles Pialoux, rédacteur en chef de Vih.org, est sur place et commente le premier jour de la première CROI de l'ère Trump.

Publié le 14 Février 2017 par

Dans cette XXIV ème CROI, sise en plein État de Washington et un plein décollage fast and furious de l’aire Trump, le véritable héros n’est pas virologue, immunologiste ou clinicien. Pas même activiste, ou PVVIH. Mais juge. Oui, un juge fédéral de Seattle, James Robart, 69 ans, marié sans enfants, engagé dans nombre de causes sociales, républicain qui plus est, mis en fonction en 2003 par G.W.Bush. Et qui s’est illustré, à quelques jours de l’ouverture de la CROI 2017, en s’opposant au décret Trump «sur la protection de la Nation contre l’entrée des terroristes étrangers aux Etats-Unis». Un décret interdisant l’entrée aux Etats-Unis aux ressortissants de «sept pays musulmans jugés dangereux» (Irak, Iran, Yémen, Libye, Syrie, Soudan, Somalie1), rebaptisé «muslim ban» par ses détracteurs, et signé en urgence par Donald Trump, comme la Constitution le lui permet. Cette même Constitution qui autorise un juge fédéral, suivi depuis par d’autres, dont celui de San Francisco, de s’y opposer. Le calendrier ne doit rien au hasard. La CROI, comme toutes les conférences scientifiques mondiales, surligne l’impact négatif du repli nationaliste et autoritaire de Trump sur la circulation de la pensée scientifique. Plusieurs institutions, dont l’ANRS emmenée par notre Jean-François-Delfraissy-qui-va-nous-manquer-à-l’ANRS, ont fait pression sur les organisateurs on-ne-peut-plus américains de la CROI. Et le Comité d’organisation de cette CROI, historique, aurait lui-même «activé» le juge Robart.

A la lecture aéroportée du pré-programme, on peut néanmoins se demander si la France n’est pas, aux yeux des organisateurs de la CROI, un «pays musulman jugé dangereux». Plusieurs non US Citizen figurent dans le CROI 2017 Program Committee: des suisses, des allemands, des néerlandais, des sud-africains… Mais nul français. Las, le phénomène est suffisamment récurrent pour ne pas en faire une scorie Trumpienne. Pas plus qu’il est possible d’évoquer le défaut de langue tant certains d’entre nous affichent un bilinguisme éprouvé. Impossible pourtant d’imaginer comment le «muslim ban» et autres mesure protectionnistes n’influencent pas une telle conférence comme la CROI. Et ce, bien au delà de la question de nos binationaux, les « Yazdan » de toutes origines, finalement peu inquiétés par ce décret pour entrer en CROI. Certes, l’Afrique en général, la francophonie en particulier, y est classiquement peu représenté : 275 abstracts acceptés soit 14% cette année... Mais si l’on analyse en détail les auteurs censés être présents sur le sol américain, impossible de passer sous silence le Poster # 914 de Avi Hakim: «HIV status awarreness and art coverage among female sex workers in Juba, south Sudan». Le sud Soudan figure, en effet, parmi les sept «pays musulmans jugés dangereux» par Donald Trump, malgré sa prévalence VIH en augmentation: autour de 3%. Et jusqu’à 14% dans certaines régions du sud Soudan. Avec une épidémie VIH galopante sous le poids des viols, de la guerre civile et des déplacements de population. J’invite tous les lecteurs de cette rubrique présents à la CROI à venir soutenir, s’il en est, Avi Hakim devant son poster P#914.

Les Croïstes de 2017 non US Citizen auraient bon gout de délaisser un temps leurs problématiques ego-—qui le pôle emploi des Fillon, qui le Brexit— pour entrevoir combien les accointances scientistes, conspirationnistes ou climatosceptiques de l’équipe mise en place par Donald Trump vont peser sur l’avenir des causes scientifiques qui nous animent. Songez que le candidat Tump affichait une étiopathogénie de l’autisme pour le moins singulière: «Dans ma jeunesse, l’autisme n’était vraiment pas un problème. Et maintenant, tout d’un coup, nous avons affaire à une épidémie. Chacun a sa théorie. Moi, j’ai la mienne parce que j’ai de jeunes enfants. On administre aujourd’hui massivement des vaccins en une seule fois. Je pense vraiment que tout cela agit d’une manière ou d’une autre sur les enfants (…).» Quant à la lutte contre le sida , il n’est qu’à rappeler les assertions de Mike Pence, vice-président et adepte de la "conversion gay" qui demande que les fonds affectés à la lutte contre le SIDA soient redirigés vers des programmes encourageant les gays à «changer leur comportement sexuel» en prétendant que «les organisations qui reçoivent des fonds pour le traitement du VIH en vertu de la loi Ryan White Care Act célèbrent et encouragent la transmission du VIH»!

Mais il n’est de pas d’editorial d’ouverture de la CROI, fusse t-il cette année grave, sans analyse anticipée du programme. A commencer par les lignes de force et le représentation hexagonale. L’occasion de tester ses attentes, et de sécher ses frustrations en termes d’abstracts refusés, d’études françaises, européennes ou africaines minorées, d’experts laissés pour compte. A noter que Zika, curieusement absent de l’édition 2016, est l’objet d’une cession entière et d’une plénière sur les modèles vaccinaux de A comme AIDS à Z comme Zika. Les ISTs par temps de PrEP font aussi une entrée attendue avec la session S-3: «Stangers in the nights : challenges and opportunities in STI control» avec Jean-Michel Molina sur le thème de la PEP antibiotique pour les ISTs dans le sillage de l’essai ANRS-Ipergay2. Les cascades sont partout dans cette CROI, y compris dans le contexte du Test and Treat, à l’image de la communication de Joseph Larmarange (#1018). La session des nouvelles molécules ou formulations (S 0-4) permettra de répondre aux questions des patients en rentrant. Les lyonnais avec Laurent Cotte donneront à réfléchir sur la modélisation du HCV Cure. Et puis, signe des temps et de la «normalisation» de la maladie VIH dans les pays du Nord, la cohorte D.A.D s’intéresse à l’obésité des PVVIH, et aux «fatty liver disease». Bien loin donc de la «Slim Disease» des années 80.

Le titre est une citation est de Louis Pasteur.

Gilles Pialoux est en direct de la CROI, avec le e-journal d’Edimark et jean-Philippe Madiou, Valérie Pourcher, Laurence Morand-Joubert, Rodolphe Garaffo. 

  • 1. Aux Etats-Unis il y aurait 17 000 étudiants issus de ces 7 pays dont plus de 12 000 iraniens disposant d’un visa américain (Source Libération.fr) dont certains partis en vacances avant la signature du décret avec une simple valise ont pu finalement rentrer aux Etats-Unis grâce au juge de Seattle. Les compagnies, dont Air France, ré-acceptant de les embarquer.
  • 2. L’auteur de ces lignes est co-investigateur de l’essai Anrs-Ipergay

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