En Angleterre, les activistes sont engagés dans une bataille judiciaire contre le National Health System (NHS) pour obtenir qu’il finance l'accès à la Prep. Réunis dans une coalition United for Prep, ils se mobilisent pour accélérer la réponse gouvernementale. Certes, un essai englobant 10 000 participants doit se derouler jusqu’en 2020 en Angleterre, et Ian Green a annoncé que le THT allait rendre le médicament accessible à 1000 personnes qui ne peuvent se l’offrir. Il a précisé: «Qu’une association doive financer l'accès à la Prep pour les personnes précaires, c’est embarrassant. Cela montre le besoin crucial d’agir maintenant, pour le NHS, les autorités de santé en Angleterre et en Irlande du Nord». Alors que la Cour de Justice de l’Union Européenne vient de refuser au laboratoire Gilead la prolongation du brevet sur le Truvada, l’argument financier ne tient plus pour de nombreux activistes...

#PREPNOW

Des obstacles financiers...

De nombreux obstacles expliquent la lente implémentation de la Prep. Le Pr. Jean-Michel Molina a présenté en introduction une carte du monde éloquente sur la disponibilité de la Prep. Encore plus éloquent, le ratio utilisateurs de la Prep/nombre de nouvelles infections qui démontre la pertinence du modèle australien: 14 600 personnes sous Prep, 1 100 nouvelles infections. En France, pour rappel, 8 000 personnes accèdent à la Prep et le pays compte toujours 6 000 nouvelles découvertes de séropositivité par an. Dans une autre sessions consacrée à la Prep, Jared Baeten de l'Université de Washington, a précisé qu’aux Etats-Unis, 1% seulement des noirs américains se voyaient prescrire la Prep quand les chiffres indiquent que 500 000 d’entre eux pourraient en bénéficier. Le médicament est disponible dans les pays riches mais à l'intérieur de ces pays, il l’est aussi pour les populations les plus riches…

 Disponibilité de la Prep dans le monde

… aux obstacles légaux

En Amérique latine et dans les Caraïbes, un des premiers défis est celui des législations contradictoires : majorité sexuelle à 16 ans, mais accès aux services de dépistage et de traitement reserve aux majeurs. Alejandra Trossero spécialiste VIH et adolescents à l’Unicef a montré que 39 000 nouvelles infections concernaient les 15-24 ans dans cette région en 2017, dont 19 000 de 15-19 ans, qui ne peuvent accéder au dépistage sans être accompagnés de leurs parents… Elle souligne que «révéler son orientation sexuelle pour accéder à une pilule qui pourrait les protéger du VIH n’est pas une réalité accessible pour de nombreux jeunes gays de cette région». La FDA américaine vient d’approuver la Prep pour les adolescents, souligne Alejandra Trossero et l’OMS a dévoilé une application pour aider a son implémentation. Mais toucher ce public, être capable de fournir des centres de santé accessibles et friendly n’est pas à portée de vue.

Volonté politique

Quand la volonté politique existe, les choses semblent plus faciles. Dr Donn Colby du Thai Red Cross Aids Research Centre détaille les efforts entrepris par le pays pour faire baisser de 90% les cas d’infection depuis les années 2000, dont l’implémentation de la Prep en 2014 par son centre. Pour un coût supporté par les patients d’environ 1$ par jour, le traitement (générique) a été présenté comme option aux patients à risque, venus se faire dépister. Pour Donn Colby, les centres de dépistage peuvent aisément franchir le pas de la délivrance de la Prep, un mois seulement a été nécessaire pour former les équipes du centre. Aujourd’hui, environ 2 000 personnes bénéficient de ce service, dont 20% d'hétéros. En parallèle, plusieurs programme ont été lancés depuis 2016, dont un sous l'égide la princesse de ThaIlande (Princess Prep) qui permettent à 6 000 personnes d'être couvertes.

La question des IST

Comme l’ont montré plusieurs études présentées à Amsterdam, la question des IST reste prégnante. Michael Traeger1 a ainsi montré des résultats de l'étude PrEPX (2 981 hommes, 98% de gays et bisexuels suivis pendant 12 mois) : cherchant à mesurer l’impact de la Prep sur la survenue des IST, il conclut à une augmentation des IST de 13% environ chez tous les participants, naïfs de Prep compris. Les facteurs associés à cette augmentation de l’incidence des IST sont un âge plus jeune, le fait d’avoir eu plus de 10 relations anales avec des partenaires occasionnels ou de participer à du sexe en groupe les 6 derniers mois. Il insiste sur la nécessité d’un dépistage régulier des IST et sur l’information à délivrer aux utilisateurs de Prep. Le Pr Jean-Michel Molina a conclu sur la nécessité de définir de nouvelles stratégies de santé sexuelle globale: «Il ne s’agit pas seulement de donner une pilule avec la Prep, mais d’offrir un environnement complet où l'on peut évoquer leur sexualité».

  • 1. Changes, patterns and predictors of sexually transmitted infections in gay and bisexual men using PrEP; interim analysis from the PrEPX demonstration study