Isabelle Giraudon, de l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies, peut avancer le chiffre impressionnant de 9 138 morts en 2016 dues à l’usage d'héroïne ou d'opioïde, sans pouvoir quantifier les overdoses dues aux drogues utilisées dans le chemsex (GHB, mephedrone, crystal meth, etc.).

Pourtant, depuis 2013, des préoccupations se sont exprimées quant aux effets sanitaires du chemsex (moindre adherence au traitement, taux croissant d'infection et réinfection au VHC…), et le fait que la communauté de slammeurs (qui injectent des drogues) reste éloignée des services de santé dédiés. Andrii Radetskyi, de PO Alliance.Global en Ukraine, temoigne que les étudiants usagers de methamphetamines ne se considèrent pas comme des usagers de drogue...

Les jeunes et le chemsex

Une session cherchait à identifier le risque particulier encouru par les jeunes HSH , à l'âge de l'expérimentation de substances illicites. Un homme de 28 ans, sorti du chemsex après deux cures, témoigne de sa quête d’appartenance à une communauté, sans éluder l’aspect très compétitif du sexe sous produits et la difficulté à casser l'équation : «sexe = drogues». «Entrer dans la communauté par le chemsex est un contexte assez limité», souligne Ingrid Bakker de Mainline, une association néerlandaise de soutien aux usagers de drogues, qui reçoit le public des HSH chemsexeurs.

Pour Kai Jonas de l'Université de Maastricht, le phénomène peut paraître «normal» pour les jeunes notamment sur les réseaux sociaux: il montre des écrans de Grindr, des blogs Tumblr à la gloire du slam qui établissent le chemsex comme un «standard» de la communauté. Il préconise d'utiliser ces mêmes réseaux sociaux pour informer sur les dangers du chemsex, afin des les atteindre en particulier.

Si jeunes et vieux semblent consommer les mêmes produits, la mobilité de la jeunesse —passant d’une ville à l’autre, d’un job à un autre— lui permet plus facilement d'échapper au regard des proches ou à la vigilance des systèmes de santé, selon Kai Jonas. Alors qu’un cas de Kaposi chez un homme de 25 ans lui a été rapporté récemment, il recommande aux usagers de laisser leurs médicaments à côté de la drogue pour limiter les risques. Notons que dans une autre session (lire notre article), une autre pratique attire l'attention des chercheurs: l’usage de la Prep pendant le chemsex.