Les résultats de l'étude ANRS Prévenir devraient confirmer la volonté du gouvernement hollandais qui vient d’annoncer que la Prep serait bientot dispensée aux Pays-Bas, et apporter de l'eau au moulin de pays qui la demandent. L’anthropologue suisse Sara Paparini (Graduate Institute of International and Development Studies) a étudié comment la communauté activiste londonienne s’est mobilisée autour du DIY Prep (Do It Yourself) pour accéder au traitement de manière informelle. Selon elle, la Prep induit une notion de responsabilité partagée de la prévention entre les partenaires tout en créant de nouvelles formes de militantisme1.

Compensation du risque chez HSH

En Australie, ou la Prep est disponible depuis 2014, l'étude VicPrep2 explore l'acceptabilité du Truvada® et son impact sur la prévention du VIH, mais les résultats présentés à Amsterdam se sont focalisés sur la compensation du risque chez les HSH. De manière évidente, l'usage du préservatif avec les partenaires occasionnels a diminué rapidement parmi les utilisateurs, tous âges confondus. Et ce, d’autant plus lorsque le VIH n'était pas perçu comme une menace et que la Prep était perçue comme importante pour la prévention. Le Dr John de Wit (Utrecht University, Pays-Bas) qui a présenté ces résultats se demande si le message autour de la Prep ne devrait pas être amendé, pour intégrer la prévention des IST , en recrudescence, et alors même que la Prep est une alternative au préservatif…

Également en provenance d’Australie, le jeune chercheur Mohamed A. Hammoud du Kirby Institute a mis en évidence des pratiques émergentes chez les HSH pratiquant le chemsex3. L’occasion de définir une nouvelle catégorie: la MTV Generation, qui mélange methamphétamines, Truvada® et Viagra dans une stratégie de réduction des risques. La cohorte étudiée montre une augmentation de l’utilisation du Truvada® chez les HSH pratiquant le chemsex, depuis 2015. Les chercheurs suggèrent de promouvoir le Truvada® dans cet usage, surtout si les HSH n’utilisent aucune autre prévention.

Spécificité de la Prep chez les personnes transgenres

Deux études se sont préoccupées des effets de la Prep chez les personnes transgenres, avec des publics et des effets différents. Le travail mené en Thaïlande par Akarin Hiransuthikul (Thai Red Cross AIDS Research Centre) cherchait à étudier les interactions potentielles entre la thérapie hormonale et la Prep, notamment à identifier si les transgenres ne privilégiaient pas la première au détriment de la seconde. L'étude iFact4 menée sur un petit échantillon —20 femmes— n'ayant pas reçu de traitement hormonal par injection dans les 6 mois précédents, ni subi d'orchiectomie5 indique une réduction de 13% de la concentration du ténofovir dans le plasma en présence de la thérapie hormonale, ce qui laisse à penser qu’elle pourrait affecter l'efficacité de la Prep dans cette population. Une autre étude6, impliquant des femmes et hommes transgenres, ainsi que des cisgenres, conclut quant à elle a une diminution de la concentration du ténofovir dans les tissus rectaux. Ces deux études ont été conduites sur de petits échantillons et demandent à être confirmées, mais elles attirent l’attention sur une population discriminée pour laquelle l'efficacité de la Prep pourrait être moindre.

  • 1. The responsibility of PrEP: A qualitative exploration of men who have sex with men's use of informal PrEP in London
  • 2. Attitudes regarding HIV, PrEP and condom use jointly predict risk compensation among men who have sex with men - findings from the VicPrEP implementation project, Melbourne; http://vicprep.csrh.org/
  • 3. The new MTV generation: Using methamphetamine, Truvada and Viagra to enhance sex and stay safe
  • 4. Drug-drug interactions between the use of feminizing hormone therapy and pre-exposure prophylaxis among transgender women: The iFACT study
  • 5. amputation chirurgicale d'un ou des deux testicules
  • 6. Altered TDF/FTC pharmacology in a transgender female cohort: Implications for PrEP