Mettre en question la violence et les discriminatons subies par les hommes ayant des rapports avec des hommes ( HSH ) et les travailleuses du sexe au Mali de 2013 à 2017
Sidibé Garangué, ONG Soutoura, Mali

Bien qu’il n’y ait pas de loi pénalisant l’homosexualité au Mali et qu’il n’y ait pas de délit de prostitution au sens strict (mais un délit de racolage et de proxénétisme existe), les HSH et les travailleuses du sexe féminines (TSF) se plaignent d’un haut niveau de discrimination, de violence et de stigmatisation.

L’ONG Soutoura est spécialisée dans les interventions auprès des populations clés, et a formé ses personnels aux questions de prévention du VIH . Cela a permis une analyse de situation puis l’enregistrement de recours sociaux.

Un peu moins de 200 cas de violences ont été enregistrés pendant les 4 ans de l’étude ; les HSH sont surtout victimes d’insultes publiques, de violences physiques, d’arrestations arbitraires, de viols avec objets, d’expulsion du domicile familial. Les TSF sont surtout victimes de viols collectifs, de raids policiers, de violences physiques et de rejet familial.

Pour les réintégrations des HSH dans le foyer familial, des solutions traditionnelles sont privilégiées (griot, soutien familial externe) ; l’apaisement des groupes de jeunes agités se fait par une causerie-débat autour d’un thé, centré sur les risques de propagation du VIH dans la communauté. Une médiation par un médecin à permis l’arrêt des prêches incitatives à la violence par un imam particulièrement enragé dont une radio locale s’était fait le relais (avec énumération publique des noms des personnes présumées homosexuelles et incitation à la violence à leur encontre).

Le paradoxe malien est que les HSH sont très bien acceptés par les femmes, notamment quand ils interviennent dans les domaines de la musique, de la coiffure, de la couture ; par contre, l’évocation d’actes sexuels d’hommes entre eux peut donner lieu à des bouffées de violence.

L'homosexualité: Facteur de Vulnérabilité au Sénégal
Diaw Khaly Diaw, association ADAMA, Sénégal

La prévalence du VIH chez les HSH est de 17,8% au Sénégal (contre 0,7% dans la population générale). Il existe une pénalisation juridique de l’homosexualité et une forte stigmatisation sociale, avec un risque important de glisser vers la précarité chez les jeunes HSH, et de les éloigner de la prévention et du soin.

D’un autre côté, dans le cadre de la lutte contre le VIH au cours des dernières années, les homosexuels bénéficient d’un soutien institutionnel et participent activement à la vie officielle de la lutte contre le VIH ; ils bénéficient aussi d’un appui important de certaines structures de santé. L’association ADAMA a été créée en 2003. Un recueil de témoignages a été effectué entre 2015 et 2016, et les victimes ont pu être accompagnées dans leurs démarches. On recense : 23 arrestations avec emprisonnement, 27 cas de violences physiques et verbales, 14 cas de discrimination de la part des soignants, 20 cas discrimination au travail ou a l’accès au logement.

Une des principales conséquences de ces violences et discriminations chez ceux qui sont infectés par le VIH est une forme de mort sociale, se traduisant par un repli sur soi, un arrêt des soins et des traitements antiviraux, et d’un décès précoce.

Le recours au système judiciaire traditionnel permet un meilleur accès aux droits pour les veuves kenyanes
O. Ondeng Onyango, ONG KELIN, Kenya

(NDR: le titre anglais officiel de la présentation ne correspond pas vraiment au contenu...)

KELIN est une ONG centrée sur les droits humains, apportant soutien juridique et informations aux populations les plus concernées. L’un de ses programmes est destiné aux veuves qui sont déshéritées et se retrouvent sans domicile par déni de leur droit d’être propriétaire et d’hériter après la mort de leur mari. KELIN travaille spécifiquement dans les districts de Kisumu et de Homa bay où les prévalences d’infections par le VIH sont parmi les plus élevées du pays, 19% et 25% respectivement. Le nombre de femmes concernées par le décès de leur mari et le déni de justice qui s’ensuit est donc très élevé dans ces régions.

L’ONG a formé des avocats et des personnes âgées spécifiquement sur cette question, et a développé des outils d’information. Ainsi, plus de 300 veuves des régions concernées ont pu conserver ou retrouver leurs biens suite aux médiations de l’ONG se basant sur le système de justice traditionnelle. L’ONG travaille maintenant à officialiser le principe de la médiation dans ce type de conflit, celle-ci étant envisagée dans la constitution Kenyane.

Ces chronique de l'ICASA 2017 ont été réalisées et publiées en intégralité par Cédric Avrieux sur le site du COREVIH-Bretagne. Nous les republions ici avec l'aimable autorisation de l'auteur.