Une revue des études de préférences entre autotests sanguins et oraux
Carmen Figueroa, OMS, Genève

Depuis 2016, l’OMS recommande l’utilisation des autotests comme un élément de plus dans l’arsenal du dépistage du VIH . Une méta-analyse des études concernant les préférences des patients a été réalisée à partir de ce qui a été publié ou communiqué de 1995 à 2017.

Onze études ont pu être inclues dans l’analyse. Le nombre de participants varie de 21 à 1 975. Résultats :  73% des études rapportent une préférence pour les tests sanguins, et 17% pour le test oral (dont 2 au Kenya). La raison de la préférence au tests sanguin est liée à la perception d’une meilleure efficacité (NDR : on peut difficilement penser que ce manque de confiance dans les tests oraux n’est pas véhiculée par les soignants…), et pour le test salivaire, l’absence de douleur lors du prélèvement.

Les résultats de cette analyse sont tout de même à prendre avec précautions car les méthodes d’enquête sont très différentes d’une étude à l’autre, (NDR : et la question est plus de savoir quelle est la place potentielle des auto-tests oraux, en complément des auto-tests sanguins, dans l’arsenal du dépistage, plutôt que de vouloir les comparer frontalement entre eux…)

Comment Améliorer le Dépistage du VIH en Population Générale dans un Contexte d'Épidémie Mixte? Résultats Préliminaires de l’Étude DOD-CI (ANRS 12323) en Côte d'Ivoire
Maxime Inghels, CEPED, Paris

La Côte d’Ivoire a une forte épidémie dans les populations clés et plus limitée dans la population générale ( prévalence générale de 3,7%).

L’étude DOD-CI a estimé les opportunités manquées de proposition de test et les démarches de test inabouties dans la population générale, à partir d’une enquête nationale téléphonique selon une sélection randomisée de personnes parmi les 16-59 ans.

Près de 4 000 personnes ont été enquêtées. Seulement 45% des hommes et 60% des femmes avait déjà fait un test de dépistage dans les 5 dernières années, mais ceux qui se sont fait tester l’ont fait récemment (le dernier test date en moyenne de 9 mois), ce qui montre probablement les premiers fruits d’une relance récente de la politique de dépistage.

Pour ceux qui ne se sont pas fait dépister, 16% des femmes et 15% des hommes ont interrompu leur démarche de test volontaire en cours de route (démarche inaboutie), essentiellement par peur du résultat, par manque de temps ou devant une file d’attente trop importante au site de dépistage.

La grossesse et le mariage peuvent être des occasions de dépistage : 66% des hommes qui se sont rendu dans les centre prénataux n’ont pas eu de proposition de tests, ainsi que 26% des femmes enceintes. Près de 70% des personnes ayant consulté pour IST ne se sont pas vues proposées de test.

Les occasions manquées et les démarches inabouties sont donc nombreuses (plus du 1/3 de la population enquêtées) : la marge d’amélioration dans l’application des recommandations nationales est donc importante !

Utilisation de l’INH en traitement préventif de la tuberculose ches les patients VIH+ au Swaziland
Pasipamire Munyaradzi, Ministère de la santé, Swaziland

Au Swaziland, la prévention de la tuberculose maladie (TB) par l’INH chez les patients VIH+ a été initiée en 2010, du fait d’une co-infection VIH-TB de 71%.

En 2013, seulement 10% des patients ayant une indication d’INH étaient effectivement mis sous traitement. L’objectif de cette nouvelle étude est de mesurer l’utilisation de l’INH et d’étudier les difficultés d’implémentation.

Une étude de cohorte rétrospective a été réalisée sur 11 sites en novembre 2015, afin de savoir si le screening de la TB était bien réalisé, si en présence d’une indication à l’INH elle était bien mis en place.
Résultats : l’étude a porté sur 1 760 patients, dont 1 710 ont bénéficié du screening « OMS » de TB (présence de : fièvre, toux, amaigrissement, sang dans les crachats, sueurs nocturnes ou dyspnée) ; une fois éliminées les tuberculose actives, 1 721 patients auraient dû bénéficier d’une prophylaxie par INH, qui a été prescrite à seulement 130 : 6.5% des patients screenés négatifs, 10% des patients screenés positifs mais dont l’évaluation n’avait pas retenu de tuberculose et 18.5% des patients ayant un antécédent de tuberculose traitée.

Le fait d’avoir déjà fait une tuberculose traitée avec succès était un facteur d’accès à l’INH, ce qui est un peu à l’opposé du bon sens, ces patients étant finalement les moins à risque de développer une tuberculose maladie lors de la mise sous traitement antirétroviral…

Mise oeuvre rapide d'une politique de circoncision masculine volantaire dans la région de zambezia, Mozambique : résultats d'un proigramme de 4 ans
Soares Linn Juliana, ICAP, Colombia University, USA

Afin d’avoir un vrai impact sur l’épidémie, il faudrait obtenir un taux de couverture en circoncision de 90% chez les hommes de 10 à 29 ans…

Pour que cela puisse se faire, il faut qu’il y ait à la fois une forte demande (et faut donc générer la demande…), une très bonne qualité de service pour l’intervention elle-même, et un suivi rapproché dans les suites.La prévalence de l’infection par le VIH dans la région de Zambezia au Mozambique est de 15,1%, et le taux de circoncision en 2015 était de 48%. Aujourd’hui, dans la population prioritaire des 15-29 ans, les taux de circoncision est proche de 90%, grâce aux campagnes menées ces dernières années.

Dans les campagnes de prévention menées par l’ICAP, la forte demande est générée par des campagnes intensives d’information ; base communautaire avec les « champions de la circoncision » (personnes circonscrites faisant la promotion de la circoncision masculine volontaire), au partenariat avec 4 associations communautaires, à l’implication des femmes pour mobiliser leur partenaire, des shows musicaux et théâtraux…

La très bonne qualité de service passe soit par une base de cliniques fixes, soit sur des cliniques mobiles, avec un dépistage systématique du VIH (mais non obligatoire pour être circoncis), un dépistage des IST, la fourniture et la promotion des préservatifs, le suivi régulier, la formation initiale et continue des personnes réalisant les circoncisions.

Le suivi montre tout de même un taux de perdus de vue de 26% à J7. Le taux de complication est très faible que ce soit en per ou post opératoire, inférieur à 0,01 et 0,1%.
Parmi les patients dépistés positifs (près de 1 000 pendant le programme), 96% sont référés à un centre de soins, et la confirmation d’un suivi et obtenue dans 85% des cas.
(NDR : pas certain que dans une conférence américaine, un orateur de la Colombia University se serait permis de s’adjuger le double de temps de parole que ce qui lui avait été accordé…)

Ces chronique de l'ICASA 2017 ont été réalisées et publiées en intégralité par Cédric Avrieux sur le site du COREVIH-Bretagne. Nous les republions ici avec l'aimable autorisation de l'auteur.