Which rights violations do we observe? 
C.Izambert, AIDES, France

Les migrants représentent 27% des nouveaux cas de VIH en Europe, et sont donc une population particulièrement importante pour la santé publique. Mais paradoxalement, les droits des migrants dans le domaine de la santé sont régulièrement bafoués en Europe. On peut citer en particulier le droit à l’intégrité de la personne : en Grèce, un décret a rendu obligatoire le dépistage du VIH des hépatites et des IST pour les populations « à risque », ciblant particulièrement les migrants... Dans le domaine de la prohibition des traitements dégradants, qui est prônée par la législation européenne, la protection contre la déportation devrait être effective en cas de maladie dont l’état s’aggravera de façon certaine en l’absence de soins effectifs dans le pays de retour, mais les définitions sont variables d’un pays à l’autre et la cour européenne des droits de l’Homme a fait évoluer sa définition.
Le système français de droit aux séjours pour soins, qui accueille 32 000 étrangers malades, soit 0.9% des migrants, ne semble pas générer de migration thérapeutique et est un bon moyen de lutte contre les épidémies. Il faut arriver à le préserver (NDR : d’autant plus qu’il fait des envieux parmi les autres pays qui le cite comme l’exemple à suivre au cours de la discussion générale qui a suivi les présentations… ce n’est pas le moment de l’abandonner !)

Impact of hardship on sexual risk and HIV infection among sub-Saharan migrants living in France
A.Desgrées du Loû, Institut de la Recherche pour le Développement Le Sextant, France

Les migrants subsahariens sont environ 800 000 en France, et 32% d’entre eux vivent en dessous du seuil de pauvreté. 1/3 des découvertes d’infections pas le VIH en France le sont chez des personnes issues d’Afrique Subsaharienne. L’enquête PARCOURS a été menée en France entre 2012 et 2013, avec un recueil de données biographiques et géographiques. La plupart des migrants de PARCOURS venaient d’Afrique de l’ouest ou centrale. Chez les femmes, le fait d’être en situation de domiciliation instable, l’absence de statut légal ou en cas de violence dans le pays d’origine sont associés à une plus grande prise de risque sexuels. Chez les hommes, l’absence de statut légal amène également à une majoration des prises de risque. Près de 50% des immigrants infectés par le VIH en France ont acquis l’infection sur le territoire national. Les données de l’enquête PARCOURS sont maintenant colligées au sein d’un ouvrage (Ici, aux Ed La découverte).

The role of migrant-related stressors 
L.Michalopoulos , The Columbia School of Social Work , United States

En Zambie, deux populations « migrantes » semblent particulièrement à risque concernant l’acquisition du VIH : les camionneurs, qui peuvent être amenés à passer des jours sur la route et loin de leur foyer, et les femmes qui vendent le poisson. Ces dernières sont soumises à de nombreuses pressions entrant dans la transaction : les pécheurs leur proposent une certaine quantité de poisson, un peu plus si elles acceptent d’avoir des relations sexuelles et encore plus si c’est sans préservatif.  Les femmes interrogées ressentent cette situation comme particulièrement honteuse mais ont très peu de moyens de résister. Cela soulève la nécessité de mise en place de programmes d’accompagnement et de prévention très ciblés dans des populations en situation de très grande pauvreté (NDR : on en revient à la présentation d’introduction d’ESTHER Duflo : pas de progrès dans la lutte contre le VIH sans programme d’éducation et de lutte contre la pauvreté…)

Additional HIV-related sexual risks among migrants living in the UK
V.Delpech, Public Health England, United Kingdom 

Au royaume Uni, nous ne disposons pas d’une enquête de type Parcours, mais les chiffres semblent assez proche en terme de risque d’acquisition du VIH : 50% des migrants africains infectés par le VIH, et un peu moins pour les asiatiques, ont acquis leur infection après leur migration. L’enquête MAYISHA 2016 montre un faible taux de dépistage dans cette population : Si environ 70% ont été testés au moins une fois, à peine 35% des femmes et 26% des hommes ont été testés pour le VIH dans l’année qui précède. Les efforts qui ont été fait vers la communauté gay, et qui commencent à montrer leur efficacité, devraient également être destinés aux migrants, afin de leur donner un plus grand accès au dépistage et à une prévention adaptée.

Access and response to ART among migrants 
J.del Amo, The Institute of Health Carlos III, Spain

Bien qu’il y ait des appels à l’accès universel au traitement antirétroviral, le nombre de pays où des traitements sont fournis aux migrants sans papier sont assez limités en Europe, et c’est un facteur de propagation épidémique… (Deblonde et al., BMC 2015). La proportion de migrants débutant leur traitement tardivement reste élevée et les données de la cohorte COHERE (Cohere, AIDS 2017) chez les hommes. Chez les femmes, les découvertes sont plus précoces que chez les non-migrants, ceci étant probablement lié à un dépistage au cours de grossesses plus fréquentes. La réponse immune et le succès virologique sont aussi mois bon chez les migrants, notamment chez les hommes. Paradoxalement, les taux de mortalité sont moins élevés chez les migrants que dans la population native, et ceci est lié à l’effet paradoxal bien connu de « sélection à la migration » qui fait que les candidats à la migration sont ceux qui ont la « meilleure santé » à la base (NDR : compte-tenu des épreuves actuelles sur le parcours migratoire des migrants subsahariens et de la mortalité liée à la migration, on peut imaginer qu’un effet de sélection liée à la survie est également présent, ce qui n’est pas très glorieux pour les pays « d’accueil »).

Ce compte-rendu a précédemment été publié par son auteur, dans sa version étendue, sur le site du COREVIH-Bretagne.