L’étude PREVAGAY avait pour objectif d’estimer la prévalence du VIH parmi les hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes ( HSH ), qui acceptaient le principe de l’étude ANRS fréquentent les lieux dits de «convivialité gay» (bar, sexclubs, saunas et backroom). PREVAGAY cherchait aussi à décrire les caractéristiques des HSH vivant avec le VIH. Dans sa version 2015, elle a été entendue à quatre autres villes en plus de Paris: Lille, Lyon, Montpellier et Nice. D’autres viles auraient été pressentis comme Marseille mais sans que la réalisation pratique avec un relais associatif n’ait pu le permettre.

Les chercheurs ont estimé que, chez l’ensemble des 2646 hommes qui avaient accepté de participer, la prévalence pour le VIH au niveau national était élevée, à 14,3%1. Ce taux varie en fonction des villes et des âges. Elle s’élevait à 4,4%2 chez les moins de 25 ans et à 18,6%3 pour ceux de 45 ans et plus. Au niveau des villes, même si les comparaisons sont statistiquement difficiles entre villes, et si ces résultats ne donnent par un chiffre de prévalence régionale, c’est à Lille qu’a été rapporté la prévalence pour le VIH la plus faible, avec 7,6%4 et c’est à Nice que la prévalence est la plus forte, avec 17,1%5. Le niveau des prévalences de Nice, Montpellier (16,9%) et Paris (16%) est proche de celui d’autres villes européennes, comme Brighton (17,6%) ou Lisbonne (17,1%). 

Prévalence VIH selon la ville, PREVAGAY 2015, Données pondérées

Si le niveau de prévalence chez les jeunes HSH est très inquiétant, notons qu’une bonne partie des recrutement de l’étude ont eu lieu dans des établissements de consommation sexuelle (59%) —particulièrement à Paris, Nice et Montpellier— auprès d’un public un plus âgé. Assez peu de jeunes de moins de 25 ans ont participé à l’enquête (4,4% des répondants).

Ces chiffres doivent toutefois nous alerter sur le renouvellement des messages de prévention: les lieux dits de «convivialité gay» sont parties prenantes du dispositif de lutte contre le VIH, à travers des actions associatives ou des distributions de brochures ciblant cette population particulièrement exposée aux risques de contamination par le VIH. Désormais, et particulièrement chez les plus jeunes qui sont 82% à utiliser une application de rencontre géolocalisée sur leur téléphone (contre 54% pour les HSH plus âgé), les modes de socialisation ont évolué. Les lieux traditionnels de rencontres sont mis à distance, et avec eux les actions de prévention classiques.

Une bonne prise en charge chez les HSH vivant avec le VIH

Seule bonne nouvelle: les indicateurs de prise en charge des HSH vivant avec le VIH sont plus très bons: 91,9% étaient diagnostiqués, dont 94,9% étaient sous traitement. Si on ne connait pas le nombre de personnes dont la charge virale est contrôlée, ces chiffres de prise en charge élévés suggèrent des risques de trans- mission du VIH indéniablement réduits pour leurs partenaires.

La proportion de HSH vivant avec le VIH non diagnostiqués est de 9%, quelle que soit la ville, un niveau proche de ce qui est observé dans d’autres pays. Chez les séronégatifs, en revanche, seuls 63% ont réalisé un test de dépistage dans les 12 derniers mois, ce qui limite l’effet protecteur du traitement au niveau populationnel.

Dans un éditorial publié en même temps que l’étude, le professeur François Dabis, nouveau directeur de l’ANRS, déclare que «l’enquête PREVAGAY 2015 procure donc une photographie à la fois inquiétante de l’épidémie chez les jeunes HSH français, mais aussi rassurante en matière de prise en charge.»

Des résultats à ne pas extrapoler

Lors de la première présentation sous embargo des résultats alors en cours de traitement, en novembre 2016 au siège de Santé publique France, Annie Velter, à la tête des études PREVAGAY, avait apporté quelques éléments de contexte en plus.

Premièrement, les résultats concernent une population d’hommes plutôt âgés, éduqués, urbains, pratiquant le multipartenariat et très exposée au VIH. Il faut donc se garder d’extrapoler les résultats à l’ensemble de la population HSH française. L’enquête, basée sur une participation volontaire, a probablement attiré l’attention de personnes sensibles aux questions de prévention VIH et plus susceptibles de connaître leur statut sérologique. 

Selon la chercheuse, les variations dans les estimations de la prévalence sont aussi liées au type d’établissements de convivialité existant ou non dans les villes concernées et aux nombres d’établissement participant à l’étude. Ainsi, ces lieux sont nombreux sur Nice, mais assez rares sur Lille. La prévalence VIH était significativement plus élevée parmi les participants de Montpellier et Paris que parmi ceux de Lille, toutes les autres différences entre villes n’étant pas significatives.

Pour François Dabis, «il est clair au vu de ces données d’enquête que la prévention diversi ée doit devenir rapidement la règle, tout particulièrement chez les HSH en France : maintien de la promotion effective du préservatif masculin, accès et usage larges de la prophylaxie pré-exposition ( PreP ), persistance à des niveaux très élevés de la pratique de dépistage répété du VIH et des hépatites selon de multiples modalités et sans oublier, enfin, les vaccinations adaptées.»

Méthodologie de PREVAGAY 

Cette seconde étude PREVAGAY s’est déroulée en 2015 et a permis de collecter, de manière anonyme et aléatoire, un questionnaire comportemental et un prélèvement de sang —huit gouttes de sang sur un papier buvard par un auto-prélèvement capil- laire— au bout du doigt auprès des HSH fréquentant les bars, saunas et backrooms de cinq villes françaises. Un recensement des établissements de convivialité gay a été réalisé par les chargés de prévention régionaux de l’ENIPSE pour chacune. Sur la base du volontariat, 60 établissements de convivialité gay ont accepté de participer à l’étude. Au total, 247 interventions ont été effectuées, d’une durée de 4 heures à Paris et de 3 heures dans les autres villes.

Lors de chaque intervention, les HSH étaient tirés au sort puis sollicités pour participer à l’étude. Pour participer, volontairement, à l’étude, les HSH devaient être âgés de 18 ans et plus, lire et parler le français et avoir eu au moins un rapport sexuel avec un homme au cours des 12 derniers mois. La recherche des anticorps anti-VIH a été réalisée en laboratoire, les échantillons positifs ont été confirmés par sérotypage et/ou Western Blot. La détection des traitements antirétroviraux a été réalisée dans les échantillons positifs.

  • 1. (IC95% : [12,0-16,9])
  • 2. [2,1-9,1]
  • 3. [14,3-23,9]
  • 4. (IC95%: [5,1-11,1])
  • 5. [11,8-24,1]