Les résultats de ce programme financé en majorité par l’agence américaine NIDA (National Institute on Drug Abuse) pour une durée de 5 ans de août 2012 à juillet 2017, sont très positifs: 

  • Le programme connaît une très forte rétention en prise en charge: 89,8% des personnes continuent à venir après 12 mois;
  • L’adhérence au traitement des personnes incluses est très bonne, puisque 94,3% des doses ont été prises;
  • Le traitement a permis d’offrir des tests de dépistage au VIH et au VHC, et de commencer un traitement pour 96,5% des séropositifs au VIH;
  • Enfin, 90% des participants ont arrêté de consommer des opiacés après 3 mois de prise en charge.

Quatre cent personnes ont été suivies dans le cadre du programme. La prise en charge consistait en un traitement pharmacologique de Suboxone® (buprénorphine/naloxone) associé à des sessions de counseling, un dépistage systématique VIH et Hépatites et un traitement antirétroviral si les patients se révèlent séropositifs au VIH. La Suboxone® est un traitement de substitution aux opiacés. A la différence de la buprénorphine (Subutex®) telle qu’elle est utilisée en France, la naloxone empêche en théorie de s’injecter les comprimés broyés et dilués. La buprénorphine donne de très bone résultats, l’association à la naloxone est moins bien évaluée dans le long terme. On en attend classiquement, avec une bonne prise en charte, un arrêt ou une diminution de l’usage des opiacés et une amélioration de la santé et des conditions de vie. 

C’est avant tout un outils de réduction des risques, grâce au counseling et à obtention d’une charge virale indétectable pour les personnes trouvées séropositives au VIH mises sous traitement antirétroviral. 

Cyril Olaizola, infirmier addictologue au centre de soin en addictologie (BIZIA) de Bayonne, qui mené l’étude avec les équipes vietnamiennes, se réjouit de ces résultats et des conditions de l’étude : «Nous avons réussi à créer un lien fort entre les équipes de Bayonne et celles d’Hô-Chi-Minh-Ville, en partie grâce à une correspondance Skype.»

Aider à changer les politiques de santé

Le programme a pour but d’aplanir les difficultés politiques en vue d’une généralisation d’un recours aux TSO au Vietnam. Afin de participer à une réforme des politiques de santé sur ce sujet, il était indispensable de démontrer aux autorités vietnamiennes l’efficacité des ces traitements alors que le placement en centre de détention pendant plusieurs années, sans jugement et sans traitement, est resté la réponse principale à la dépendance aux opiacés. 

Depuis plus d’une décennie, les tentatives par le biais des bailleurs et des intervenant internationaux de proposer des traitements par la méthadone ont été mises en place à petite échelle avec des contrôles très stricts des usagers substitués.

«La majorité des usagers partaient alimenter des camps de travail, explique Cyril Olaizola, une pratique globalement inefficace puisque le taux de rechute est de 95% à la sortie.» A comparer aux 95% d’adhérence au traitement dans le programme présenté par Expertise France.

Plus inquiétant, le programme a révélé des prévalence de VIH et VHC élevées — Un tiers des personnes incluses se sont révélées séropositives au VIH et deux tiers, au VHC—, bien que peu de partages de seringues aient été rapportés. Il semblerait que ces pratiques d’injections à risque ont lieu majoritairement dans ces centres de rétentions, entretenant ainsi la dynamique des contaminations. «On nous a rapportés jusqu’à 100 injections avec une seule seringue», s’inquiète Cyril Olaizola. 

Suboxone® en contexte Vietnamien

Lisa Huang, experte médicale d’Expertise France, se veut confiante et explique que l’autorité sanitaire a fait évoluer ses positions: «Le Vietnam a commencé un premier programme de traitement de substitution en 2008. Depuis 2010, grâce à ce projet, nous avons réussi à introduire la Suboxone® dans le pays. Le gouvernement était résistant, mais désormais, des discussions sont en cours avec le Fonds mondial pour l’achat de cette combinaison lors du prochain round, et le Vietnam envisage même de s’en procurer en fonds propre.» 

Le traitement semble en effet très bien adaptée au contexte vietnamien: Si la prise de Méthadone doit se faire toutes les 24 heures et qu’on ne peut pas emporter le traitement chez soi, la Suboxone® est délivrée pour deux jours (48h), ce qui reste encore très prudent si on compare au contexte français, où la buprénorphine peut être délivrée pour 28 jours !

Classiquement, l’introduction des traitements de substitution se fait le plus souvent d’une façon excessivement contrôlée. Il a fallu plus de 30 ans et la catastrophe du sida pour qu’ils soient introduits en France. Les TSO et la réduction des risques ont fait leurs preuves depuis plusieurs décennies à travers le monde; il faut espérer que les expériences réussies (une autre est en cours à Haïphong avec la naloxone sous l’égide du projet ANRS DRIVE) vont accélérer cette période d’adaptation du pays à ce volet majeur de la réduction des risques.

La réussite de ce programme est porteuse d’espoir: Le pays compte environ 270 000 usagers de drogues injectables. D’autres stratégies seront nécessaires, en particulier pour toucher les femmes usagères de drogue par injection. Elles représentent une population de plus grande précarité, très exposées, parmi laquelle les problèmes de santé mentale sont plus courant, et qui subissent de plein fouet la pression des pairs; quand elles sont condamnées, c’est souvent pour des durées plus importantes que les hommes.