De 2008 à 2014, l’incidence (nouveaux diagnostics) a diminué de 3,6%, mais essentiellement chez les hétérosexuels (-7,3%) et les usagers de drogues intraveineuses (-13,8%), alors qu’elle est restée stable (-0,7%, et même une légère remontée depuis 2012) chez les hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes ( HSH ). Ces derniers représenteraient, selon les estimations, 55% des 1107700 PVVIH aux USA, et constitueraient la population où le taux d’infection non diagnostiquée est le plus élevé (17,3%).

Parmi les HSH, si l’on reprend la classification ethnique couramment utilisée aux USA: Blancs, Noirs et Hispaniques, l’incidence des nouveaux cas est en baisse depuis 2008 chez les premiers (-3,1%) mais stable chez les deuxièmes (-0,7%), et en augmentation chez les troisièmes (+2,4%) ; Blancs et Hispaniques représentent chacun environ 7300 cas par an, et les Noirs 10000. Au sein des HSH et PVVIH, les Blancs restent les plus nombreux (243000), suivis par les Noirs (198100) et les Hispaniques (138800). Déséquilibres majeurs: les Hispaniques représentent 15% de la population totale, mais 22,5% des HSH PVVIH; et surtout, les Noirs représentent 12,6% de la population totale, mais 32,2% de la population des HSH PVVIH (et 38,8% des nouveaux cas).

Toujours parmi les HSH, l’âge est également une donnée-clef. Le nombre de nouveaux cas diminue depuis 2004 dans la population des 13-24 ans (-3,2%) et des 25-34 ans (-5,5%), est plutôt stable chez les 45-54 ans (-1,2%), mais augmente chez les plus de 54 ans (+3,7%) et surtout chez les 35-44 ans (+4,8), qui sont devenus le groupe le plus touché au sein des HSH (plus d’ 1/3 des cas).

Des inégalités flagrantes entre populations

Un autre travail récent aux USA a par ailleurs permis d’estimer que la proportion de PVVIH dont l'infection était durablement contrôlée sous antirétroviraux ( charge virale indétectable à plusieurs reprise) était de 48% en 2014. Cette proportion était plus haute chez les HSH (53%) que dans les autres groupes à risque (38% par ex. chez les usagers de drogue IV); elle augmentait avec l’âge (de 33% chez les moins de 25 ans à 53% chez les plus de 54 ans); elle était plus basse chez les Noirs (40%) que chez les Hispaniques (48%) ou les Blancs (56%). Les Noirs avaient par ailleurs près 3 fois plus de risque que les Blancs (et 2 fois plus que les Hispaniques) d’être en échec durable de traitement.

Ces deux communications précisent ainsi les inégalités flagrantes concernant l’épidémie aux USA, qui touche les HSH plus que les hétérosexuels (comme en France), les sujets de 35-44 ans plus que les autres, et surtout les Noirs et les Hispaniques plus que les Blancs, en termes non seulement de contamination, mais aussi de traitement. Elles résonnent avec ces chiffres terrifiants énoncés lors de la CROI 2016 (Kirsten Hess, CDC): aux USA, un HSH noir sur deux sera infecté par le VIH au cours de sa vie, et un HSH hispanique sur 4, contre 1 HSH blanc sur 11. 

Quelles pourraient être les conséquences de l’abandon de l’Obamacare, promis pendant sa campagne par Donald Trump, sinon l’aggravation de ces inégalités? Une perspective à garder en tête pour nos propres choix politiques à brève échéance.