A partir des données scientifiques et des nouveaux enjeux de prévention, les commerçants, militants associatifs, journalistes et experts en santé publique et médecins présents ont débattu afin de changer la donne et mieux travailler ensemble en matière de lutte contre le sida chez les gays. Les échanges visaient à lancer une «ReLovution» dans la lutte contre le VIH , pour aller vers la fin de l’épidémie. 

«Si on prend pas soin de notre santé, personne ne le fera pour nous», a expliqué Aurélien Beaucamp, président de AIDES. Les chiffres rappelés par Virginie Supervie, épidémiologiste à l’Inserm, montrent bien que les gays supportent de manière très déséquilibrée le poids de l’épidémie en France: 17 % de prévalence , près de la moitié des nouvelles contaminations (42 %) et 1% des gays deviennent séropositifs chaque année. Dès lors, débattre des enjeux spécifiques des gays devenait une nécessité, pour que chaque acteur puisse comprendre et trouver le rôle qu’il peut jouer pour mettre fin à cette épidémie. 

Discussions autour de la prévention diversifiée

La première demi-journée fut celle de l’appropriation et de la vulgarisation de la prévention dites diversifiée, et la nouvelle donne qu’elle engendre: si on combine l’ensemble des outils à disposition ( TasP , PrEP , dépistage, TPE, préservatifs, etc.), il est possible de stopper la dynamique des contaminations, encore très active chez les gays. L’après-midi était quant à lui consacré à des ateliers thématiques sur des questions prégnantes chez les gays:

  • l’émergence du chemsex (sexe sous produits)
  • la prise en compte des minorités
  • la lutte contre l’homophobie et les autres discriminations
  • la prévention 2.0 sur internet.

Pour le chemsex, beaucoup de participants témoignent de leur ignorance sur un phénomène évolutif et qui les inquiète, notamment en termes d’actions de prévention ou de rôle à jouer. Comment faire en cas de problème dans son établissement sans mettre en danger la personne ou la structure, à cause de l’illégalité des produits consommés. Malgré les différences d’informations, tous s’accordent à créer et diffuser le maximum d’information. Le sujet doit émerger dans les structures LGBT, en allant vers les personnes qui pratiquent le chemsex pour ensuite travailler sur la prévention, qui sera fondée sur leurs expériences et témoignages, sans les stigmatiser. «Si on oublie les spécificités des gays pour les toucher, alors on ne touchera personne», explique Didier Jayle, médecin VIH et responsable éditorial de VIh.org.

Doutes et résistances

Mais le concept de prévention combinée ou diversifiée reste assez nouveau et se heurte encore à des résistances ou des doutes. Dans les échanges, la Prep focalise encore des tensions ou des critiques, quant aux effets sur l’utilisation du préservatif. Pour certains, la capote doit rester au centre, c’est l’outil le plus efficace contre toutes IST . D’autres arguent qu’elle n’a pas réussi à stopper l’épidémie depuis 30 ans et ne peut donc rester l’unique axe. 

Tout comme le TasP, qui, à lui seul, ne suffira pas. «La PrEP n’est pas nécessairement pour tous, mais elle doit être accessible à tous et partout pour ceux qui en ont besoin, a défendu France Lert, épidémiologiste responsable du rapport Vers Paris sans sida», programme de la Mairie de Paris qui se veut précurseur d’une nouvelle approche globale et positive de la santé des personnes les plus vulnérables, dont les gays. C’est donc l’ensemble de la palette qui doit être promue et défendue par les acteurs de la communauté gay, pour se donner les moyens d’atteindre l’horizon de la fin des contaminations pour les HSH .

La ReLovution de ce week-end en appelle d’autres, à des échelons locaux et régionaux. Des demandes précises de création d’un socle d’information sur tous ces enjeux, accessible à tous et tous, a été formulé. A suivre.