Qu’est-ce que le programme OPP-ERA ?

Ce projet vise à faciliter l’accès à la charge virale pour les patients vivant avec le VIH dans les pays du Sud. Il répond en cela aux objectifs de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) qui recommande que tous les patients sous traitement antirétroviral bénéficient au moins une fois par an d’une mesure de la charge virale. C’est un aspect essentiel de la lutte contre l’épidémie dans ces pays. En effet, la charge virale VIH permet de détecter les échecs thérapeutiques, mais surtout d’identifier les patients en succès virologique et donc de renforcer le maintien le plus longtemps possible d’une première ligne de traitement. Cela permet ainsi d’épargner leur capital thérapeutique. Nous avons lancé ce projet en mars 2013. Il est financé par UNITAID, et mis en œuvre et cofinancé par un consortium français réunissant l’ANRS, Expertise France, SOLTHIS (Solidarité thérapeutique et initiatives pour la santé) et Sidaction.

En quoi ce projet est-il innovant ?

L’innovation d’OPP-ERA repose sur l’utilisation de ce que nous appelons des plateformes polyvalentes ouvertes. Elles sont composées de deux types de machines de petites tailles et d’un kit de réactifs de la charge virale VIH-1. Notre solution présente plusieurs avantages : la simplicité d’utilisation, une maintenance réduite, la polyvalence puisque le même équipement peut être utilisé pour le VIH, mais aussi pour d’autres marqueurs tels que ceux de la tuberculose et des virus des hépatites B et C. De plus, chaque élément peut être obtenu auprès de différents fournisseurs, ce qui permet, par le jeu de la concurrence, de réduire les coûts. C’est donc une solution bien adaptée aux besoins et aux conditions des pays du Sud.

Quels sont les résultats présentés à la conférence de l’AFRAVIH ?

Ces résultats portent sur la première phase du projet. Il s’agissait d’en démontrer la faisabilité opérationnelle. Je dois dire que c’est un réel succès. Nous avons implanté dix laboratoires dans 4 pays – le Burundi, le Cameroun, la Côte d’Ivoire et la Guinée, dont certains n’avaient quasiment jamais eu accès auparavant à la biologie moléculaire. Plus de 240 cliniciens et techniciens de laboratoire ont été formés. Depuis le lancement du projet, environ 55.000 mesures de la charge virale ont été réalisées. Nous montrons ainsi que l’accès à la charge virale de façon adaptée et à des coûts réduits est possible dans les pays du Sud.

Quelles ont été les principales difficultés rencontrées ?

L’implantation des laboratoires a été relativement aisée et les équipes locales ont fait un travail remarquable. La principale difficulté est en fait de convaincre les cliniciens d’effectuer les prélèvements sanguins ! La mesure régulière de la charge virale constitue en effet pour eux un changement complet de paradigme dans la prise en charge des patients. Il leur faut tout repenser : le discours auprès des patients et des soignants, leurs pratiques, leur organisation. Mais c’est une évolution qui est en marche.

Quelle est la prochaine étape du projet ?

Nous espérons lancer la 2e phase dans les prochaines semaines. Avec l’objectif d’implanter de nouveaux laboratoires et d’augmenter de façon importante le nombre de charges virales réalisées.