Ces stratégies serviront de guide aux actions menées en vue d’atteindre les objectifs ambitieux d’élimination de ces maladies et/ou de fin des épidémies en 2030.
La consultation s’est donnée comme programme de dresser un bilan des progrès accomplis dans la réponse au VIH et aux hépatites et d’entendre les représentants des pays impliqués dans la lutte contre ces épidémies, ainsi que les représentants de la société civile, des associations non gouvernementales, des associations professionnelles (European Association for the Study of the Liver [EASL], European AIDS Clinical Society [EACS], European Monitoring Centre for Drugs and Drug Addiction [EMCDDA], United Nations Programme on HIV and AIDS [UNAIDS]) et des représentants régionaux de l’OMS. Cette consultation a permis également un échange d’expériences, de données d’études entre experts afin d’identifier les priorités, les approches stratégiques et les actions essentielles pour l’OMS et les états membres. Les actions devront être reprises et développées dans les stratégies.

Les experts, venus d’en grande partie des pays d’Europe avec une forte représentation de l’Europe de l’Est et de l’Asie centrale, ont mené des travaux en groupes et ont pu échanger idées et expériences afin de déterminer des recommandations.

Plusieurs constats ont été partagés en plénière dont une augmentation très importante des contaminations VIH en Europe (+81%), surtout en Europe de l’Est (+144%). Malgré des progrès comme l’introduction d’une politique de santé publique dans certains pays d’Europe de l’Est, les diagnostics VIH sont tardifs (29% des personnes ont moins de 200 CD4 au moment du diagnostic), en particulier les personnes qui consomment des drogues. Les hépatites sont une priorité pour l’OMS, 60% des personnes touchées vivent en Europe de l’Est et en Asie centrale, l’accès aux stratégies de réduction des risques restant très inégal dans ces régions (en volume et en qualité).

Il faut noter que dans la plupart des présentations, les IST ne semblent pas être une priorité de santé publique dans les différents programmes nationaux.

Concernant l’accès aux soins, on note un développement de l’accès aux antirétroviraux souvent grâce au soutien du Fonds mondial, mais peu de personnes ont réellement une charge virale indétectable. En Fédération de Russie, seules 9% des personnes traitées atteignent une suppression virale.

Il a été dit à plusieurs reprises que l’épidémie de VIH était incontrôlée dans l’est de l’Europe (plus de 90 000 nouveaux cas chaque année en Russie), la couverture de dépistage de la population est très faible et ne cible pas les populations à risque. Une fois dépistées, les personnes ne parviennent pas aux soins et encore moins aux traitements par peur de la stigmatisation et de la criminalisation de leur statut.

Quelques programmes sont mis en avant comme l’échange de seringues dans les prisons du Kirghizistan mais, globalement, la cascade de soins est très médiocre. Les spécialistes médicaux et les représentants des états se sont succédé à la tribune en concentrant leur discours et leurs études sur la transmission verticale du VIH et de leurs succès (les femmes sont testées deux fois au cours de leur grossesse dans la plupart des pays de l’Est).

Personne n’a parlé, ou si peu, des populations vulnérables à risque, usagers de drogues, men who have sex with other men (MSM), migrants et travailleurs du sexe. On peut se réjouir de la situation quasi unique de l’Ukraine qui a vu en 2014 la première diminution de l’incidence du VIH chez les usagers de drogues grâce aux mesures de réduction des risques (qui ont été abolies dans les territoires occupés par les Russes et qui semblent mises en danger par la guerre).

La représentante de l’EMCDDA est intervenue pour promouvoir les résultats positifs des politiques de réduction des risques en présentant des résultats d’études indépendantes et scientifiques.

Des projets ambitieux – l’élimination de l’hépatite C – mais beaucoup d’inquiétudes émergent quant aux financements des programmes nationaux efficients, qui dépendent pour beaucoup des financements du Fonds mondial. Les fonds internationaux diminuent et le Fonds mondial souhaite financer des stratégies nationales qui font sens et dont l’impact est réel, pas de financement sans réduction des risques.

Tous les experts présents ainsi que les représentants des institutions internationales reconnaissent que traiter est efficace au niveau du coût, qu’il s’agisse du VIH, des hépatites ou des IST mais, paradoxalement, le coût des traitements et des diagnostics (comme obstacle clé) n’a pas été ou pas assez pointé comme un défi fondamental pour la communauté internationale.

L’autre obstacle majeur à l’accès aux traitements reste présent à des degrés divers dans tous les pays d’Europe: les politiques qui criminalisent les populations vulnérables (usagers de drogues, migrants, travailleurs du sexe) et la stigmatisation qui y est liée.

Comment transformer les évidences scientifiques en politiques plus humaines respectant les droits humains fondamentaux? Et, de là, permettre un réel accès aux soins, universel et de qualité?

Cet objectif ambitieux est fixé, mais le discours et les productions de guides et de bonnes pratiques de l’OMS promeuvent la réduction des risques, les droits humains et la participation communautaire des populations clés comme autant d’éléments essentiels à mettre en place pour se rapprocher de cet objectif.