La Prep augmente-t-elle le risque de désinhibition des comportements?

Le risque de désinhibition est majeur dans tous les essais de prévention, à fortiori lorsqu’il n’y a pas la crainte de recevoir un placebo . Mais cela n’a pas été observé dans les essais Iprex, iPergay-ANRS et Proud, chez les HSH pas plus que dans les études chez les couples sérodifférents hétérosexuels (Caprisa, Partners, Fem Prep etc). Par contre l’expérience du suivi post-essai sans placebo de Iprex et ANRS-iPergay semble monter un peu plus de prises de risques sous Truvada®. Et pour iPergay, cette légère augmentation concernant une population sélectionnée parce qu’elle déclarait déjà une forte exposition au VIH (plus de 70% de rapports anaux réceptifs sans préservatifs).

Après une période des années 80 et début des années 90 marquée par le choc du sida et la mort de nombreux hommes, jeunes et moins jeunes qui a entraîné de la part des HSH la baisse du nombre de partenaires, le changement des pratiques de drague, la baisse de la fréquentation des lieux de sexe, l'adoption du préservatif et du dépistage, dès la fin des années 90, et surtout grâce les comportements ont changé : la drague a repris, les partenaires sont devenus plus nombreux, l'usage du préservatif a progressivement baissé, le dépistage a continué à augmenter. Les changements de comportement sexuel sont liés à des facteurs multiples, ils se produisent de façon continue. La PreP est une réponse efficace au changement de comportement car elle apporte une prévention adaptée aux situations dans laquelle l'exposition est maximum. C'est un traitement avec un suivi qui comporte le dépistage systématique des IST ,. C'est aussi une prévention qui s'inscrit dans un ensemble de mesure : plus de dépistage, plus de traitement ARV immédiat dès le diagnostic, plus de dépistage systématique des IST dans les populations multipartenaires. .

Le préservatif garde sa place pour tous ceux qui le préfèrent à un traitement médicamenteux, pour ceux qui veulent être plus sûrs de se protéger contre les IST et l'hépatite C, pour ceux qui ont un partenaire de rencontre qui éventuellement prend la PreP. le risque existe d'une poursuite de l'augmentation des IST, c'est vrai mais on peut attendre un impact favorable de leur dépistage plus systématique et de leur traitement.

Pourquoi la Prep est-elle remboursée, alors que le préservatif ne l’est pas?

Le préservatif est un moyen d'usage courant, peu cher, disponible en pharmacie, dans le commerce ou en distribution ou disponibilité gratuite (certains préservatifs notamment pour les travailleurs/ses du sexe et dans les lieux de sexe sont déjà pris en charge soit par l'Inpes, soit par les association,s soit par les exploitants des lieux de sexe) . La PreP est remboursée comme un médicament préventif, ce n'est pas toujours le cas comme le montre l'exemple de la prophylaxie du paludisme ou de certains vaccins. On peut ne pas voyager dans un pays inpaludé, mais avoir une vie sexuelle fait partie de la vie quotidienne de tous et toutes. Le rapport bénéfice risque a permis la décision de remboursement sans laquelle il y aurait eu de fortes inégalités. Peu de personnes peuvent se payer un traitement à 500€ par mois.