Beaucoup d’émotion dans l’amphithéâtre de l’institut, et c’est bien normal : Ce n’est pas tous les jours qu’une récipiendaire du Prix Nobel prend sa retraite1. Un mot qui semble pourtant bien mal adapté à celle qui va continuer son action de plus de 30 ans dans la lutte contre le VIH, menée par sa force de caractère. 

Françoise Barré Sinoussi (2008, DR)

Le Pr Christian Bréchot, président de l’Institut Pasteur, le directeur général de l’Inserm, le Pr Yves Lévy, le Pr Jean-François Delfraissy, directeur de l’ANRS, l’ex-président de l’association AIDES Bruno Spire, son fondateur Daniel Defert, le président du Sidaction Pierre Bergé, mais aussi le ministre cambodgien de la Santé Mean Chhi Vun, Sharon Lewine de l’Université de Melbourne (Australie), Souleymane Mboup, directeur du laboratoire de Viro-bactériologie de l’Université Cheick Anta Diop de Dakar (Sénégal), Oanh Khuat Thi Hai, directrice de Supporting Community Development Initiative à Hanoï (Viêt Nam), tous et toutes sont venues saluer le travail de celle qui, pourtant, reste imperméable à la flatterie pour se concentrer sur les résultats, utilisant sa notoriété comme une plateforme pour faire avancer la lutte contre le sida .

Des chercheurs ayant travaillé avec le Pr Barré-Sinoussi sont également venus faire part de l’avancée de leurs travaux. Pierre Delobel, de l’université de Toulouse, a ainsi présenté des résultats récents sur le déficit en lymphocytes CD4+ de l’épithélium intestinal des malades sous traitement ARV. L’amélioration du diagnostic de la tuberculose chez les enfants infectés par le VIH a, quant à elle, fait l’objet d’une communication par le Dr Mathurin Tejiokem (Cameroun).

Une chercheuse engagée

C’est le 20 mai 1983 que Françoise Barré-Sinoussi et ses collaborateurs publient un article dans Science où ils annoncent la découverte d'un nouveau rétrovirus, nommé alors LAV (Lympho-adénopathy Associated Virus), un rétrovirus qui sera renommé plus tard VIH.

Luc Montagnier, Jean Claude Chermann et Françoise Barré-Sinoussi, 1983, Institut Pasteur. (DR)

En 1988, elle prend la tête du laboratoire de biologie des rétrovirus, rattaché à l'unité de virologie médicale et des vaccins viraux à l'Institut Pasteur. 

En 1985, elle se rend en Afrique pour la première fois, à l’occasion d’un atelier mené à Bangui (République Centrafricaine). Ce voyage lui « ouvrira les yeux » et la poussera à se battre pendant toute sa carrière en faveur de l’accès des pays pauvres aux traitements et des accords de coopération nord sud.

En 2012, alors qu’elle est présidente de l'International AIDS Society (IAS), elle lance l’initiative «Towards a HIV cure» (http://www.iasociety.org/hivcure), pour accélérer la découverte d’une guérison de l’infection par le VIH, même si aujourd’hui elle reconnait croîre plus dans une «rémission durable».

En 2015, elle publie dans feu Têtu une tribune appelant à faciliter le déploiement de la Prep pour infléchir, enfin, l’épidémie : «Les gouvernements, les donateurs ainsi que d’autres partenaires devraient travailler de concert à développer des stratégies d’introduction de la PrEP dans des plans de santé nationaux. La PrEP devrait se voir accorder un degré de priorité proportionné à l’ensemble des données scientifiques solides dont nous disposons. Les protections en matière de droits humains devraient être au centre des plans visant à rendre la PrEP largement disponible. Les hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes ( HSH ), les usagers de drogue par injection, les travailleurs du sexe ou toute autre catégorie sociale devraient pouvoir recourir à la PrEP sans crainte d’être discriminés, stigmatisés, ou d’encourir des sanctions juridiques. Trop longtemps, le monde a admis l’idée que les avancées en matière de santé, pour toucher les pays à faible revenu, devaient prendre des années, sinon même des décennies. Après une période sans précédent en matière de prévention et de traitement du VIH, nous savons qu’il n’est pas seulement nécessaire, mais possible d’accélérer la cadence. La PrEP représente un solide complément apporté à notre arsenal de prévention du VIH, et peut sauver de nombreuses vies. Nous devons agir dès maintenant, pour mettre en pratique les solides données scientifiques dont nous disposons au sujet de la PrEP.»

Comme elle le dit elle-même, «il reste tant à faire». Le combat de Françoise Barré-Sinoussi continue.  

Voir les photos de la journée sur le site de l'Institut Pasteur (rubrique «A la Une»).
Regarder l'intégralité du Workshop en l’honneur de Françoise Barré-Sinoussi en vidéo.

Revoir notre entretien avec Françoise Barré Sinoussi, en 2008

  • 1. Le prix Nobel de Médecine 2008 avait également été décerné au Pr Luc Montagnier pour la co-découverte du VIH et à Harald Zur Hausen de l’Université d’Erlangen-Nuremberg pour ses travaux sur le papillomavirus).