Depuis 2006, les recommandations de l’Organisation mondiale pour la santé (OMS) préconisent un traitement de plus en plus précoce des personnes infectées par le VIH . En effet, en 2006, le seuil de mise sous traitement antirétroviral (ARV) était de 200 cellules CD4/mm3 pour passer ensuite à 350/mm3 en 2010 et enfin 500/mm3 depuis 2013. Ces changements de recommandations ont été accompagnés d’une augmentation considérable du nombre de personnes recevant un traitement ARV : ce nombre a atteint 12,9 millions en 2013, dont 5,6 millions depuis 2010, laissant espérer que l’objectif, fixé par les Nations Unies, de 15 millions de personnes sous ARV d’ici fin 2015 soit atteint.

Toutefois, en Afrique subsaharienne, la mise sous traitement ARV reste tardive. En 2011, une personne sur deux infectée par le VIH était placée sous ARV avec un taux de CD4 inférieur à 185/mm3.

Or, le retard au traitement représente autant de risque pour la personne infectée que pour la communauté. De nombreuses études ont en effet montré que, d’une part, un traitement initié rapidement diminue, pour les personnes atteintes, le risque de mortalité et de morbidité lié au VIH/ Sida , et d’autre part, abaisse la charge virale et ainsi diminue le risque de transmission du virus à autrui. Une étude publiée en 2009 dans The Lancete 1 et menée en Afrique du Sud allait même plus loin en indiquant que l’élimination de l’épidémie de VIH pourrait être envisageable si, et seulement si, les personnes infectées par le virus étaient mises sous traitement ARV dans l’année suivant leur séroconversion .

Se pose donc la question cruciale d'évaluer les politiques mises en place afin d'améliorer les délais de mise sous traitement. C'est ce que propose l’équipe du Dr Dominique Costagliola (directrice de l’Institut Pierre Louis d’Épidémiologie et de Santé publique - UMR S 1136 - Inserm / UPMC) qui a développé deux indicateurs de mesure. Le premier mesure le délai entre la séroconversion et l’accès aux antirétroviraux, et le deuxième évalue l'écart entre les recommandations de l’OMS et ce qui se passe sur le terrain. Leurs résultats sont publiés en ligne dans le Bulletin de l’OMS.

L’estimation de ces deux indicateurs repose sur une modélisation statistique à partir de données d’une enquête menée sur le site ANRS (France REcherche Nord&sud Sida-hiv Hépatites) du Cameroun en 2011 chez des personnes ayant initié un traitement ARV et de la cohorte ivoirienne ANRS 1220 Primo-CI de personnes dont on pouvait estimer la date de séroconversion.

Le premier indicateur permet de constater une diminution, légère, du temps moyen entre séroconversion et accès aux ARV : celui-ci passe de 10,4 ans en 2007-2009, à 9,8 ans en 2010.

Le second indicateur, estimant l’écart entre les recommandations de mise sous traitement de l’OMS et le moment effectif de la mise sous traitement a, quant à lui, augmenté. Il passe de 3,4 ans pour la période 2007-2009 à 5,8 ans en 2010. 

Pour Virginie Supervie chargée de recherche Inserm au sein de l’équipe de Dominique Costagliola, « ces indicateurs reflètent l’écart entre ce qu’il faudrait faire en théorie pour mettre fin à l’épidémie du VIH et ce qu’il se passe en réalité ». Ils montrent que d’importants efforts sont à engager.  

Parmi les huit objectifs du Millénaire pour le développement des Nations Unies figure la lutte contre le VIH/sida avec comme objectif d’enrayer sa propagation et de commencer à inverser la tendance actuelle. Or, dans l’exemple des pays choisis pour l’étude, avec des délais de mise sous traitement de 10 ans à partir de la séroconversion et de 6 ans à partir de l’éligibilité au traitement, la réalité est toute autre. Les indicateurs proposés ici pourraient contribuer à ces objectifs en aidant à l’évaluation des politiques de santé mises en place dans tous les pays confrontés à l'épidémie.

Source

New indicators for delay in initiation of antiretroviral treatment: estimates for Cameroon

Jacques D.A. Ndawinz1,2 , Xavier Anglaret3,4,5, Eric Delaporte6,7, Sinata Koulla-Shiro8,9, Delphine Gabillard3,4,5 , Albert Minga3,10, Dominique Costagliola1,2, and Virginie Supervie1,2
1Sorbonne Universités, UPMC Univ Paris 06, UMR_S 1136 Pierre Louis Institute of Epidemiology and Public Health, F-75013, Paris, France, 2INSERM, UMR_S 1136 Pierre Louis Institute of Epidemiology and Public Health, F-75013, Paris, France,3 Programme PACCI, Site ANRS, Abidjan, Côte d’Ivoire, 4Université Bordeaux, INSERM, IPSED, Centre INSERM U897-Epidémiologie et Biostatistique, F-33000 Bordeaux, France,  5INSERM, IPSED, Centre INSERM U897-Epidémiologie et Biostatistique, F-33000 Bordeaux, France, 6Department of Infectious and Tropical Diseases, University Hospital, F-34000, Montpellier, France, 7Institut de Recherche pour le Développement (IRD), University Montpellier 1, UMI 233, F-34000, Montpellier, France, 8Faculty of Medicine and Biomedical Sciences, University of Yaoundé 1, Yaoundé, Cameroon, 9Infectious Disease Unit, Yaoundé Central Hospital, Yaoundé, Cameroon, 10Centre Médical de Suivi de Donneurs de Sang (CMSDS), Abidjan, Côte d'Ivoire

ANRS - Inserm - UPMC

  • 1. Universal voluntary HIV testing with immediate antiretroviral therapy as a strategy for elimination of HIV transmission: a mathematical model. Granich RM1, Gilks CFDye CDe Cock KMWilliams BG. Lancet. 2009 Jan 3;373(9657):48-57