En 2003, on assista en Europe et en Amérique du Nord à la survenue d’une épidémie de LGV rectale atteignant des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes ( HSH ), le plus souvent porteurs du VIH .

Ces rectites à chlamydiae de sérovar L2b sont désormais bien connues des cliniciens en charge de patients HSH. D’autant que l’épidémie n’a pas faibli : 19 cas référencés en France en 2003, 323 en 2013 (1796 cas sur la période 2003-2013)1. Les formes génitales sont quant à elles beaucoup plus rares, décrites de façon sporadique dans la littérature. Quarante deux cas ont été colligés par le CNR2 sur la même période.

Les LGV au 190

Le 190, centre de santé sexuelle, accueille à Paris principalement des HSH, porteurs ou non du VIH. De septembre 2012 à juillet 2014, 5 cas de LGV génitales y ont été observées.(3)

3 patients étaient infectés par le VIH (traités, charge virale indétectable et lymphocytes CD4 au dessus de 500/mm3). Deux patients ne l’étaient pas. Les 5 patients, tous HSH, étaient multipartenaires et ne protégeaient pas systématiquement les pénétrations anales et jamais les rapports oro-génitaux.

Le diagnostic était évoqué devant la présence d’adénopathie inguinale uni ou bilatérale, toujours douloureuse, associée à une ulcération génitale également douloureuse dans 4 cas sur 5.

La confirmation du diagnostic de LGV génitale était assez simple par la réalisation d’un prélèvement au niveau de l’ulcération (et/ou sur la ponction ganglionnaire) avec recherche par PCR de chlamydiae et sérotypage au CNR. Chez le patient sans ulcération visible, la PCR se positivait sur le prélèvement d’urine « premier jet ».

Dans les 5 cas, il s’agissait d’un sérovar L2b et la guérison était obtenue par un traitement de 3 semaines de doxycycline (200 mg/j). A noter que chez un patient parmi les cinq, l’étiologie de l’ulcération était double: syphilis et LGV.

La LGV plus si rare

Devant ces observations, il faut sans doute penser que la LGV génitale n’est plus (et ne sera plus?) si rare en milieu tempéré (sur le plan climatique...). On se souvient qu’à la fin du siècle dernier, la syphilis, «maladie vénérienne» au parfum vintage, faisait son come back chez ceux que l’on n’appelait pas encore les HSH. L’épidémie a connu depuis une ampleur certaine. Et le chancre syphilitique est devenu un diagnostic banal chez les HSH.

Il est peu probable que le diagnostic de LGV génitale le devienne dans cette population. Mais il faut sans doute désormais y penser plus souvent devant un tableau d’ulcération génitale surtout si elle est douloureuse.

Bibliographie

  • Genital lymphogranuloma venereum in an HIV-1 infected patient, Flexor G, Clarissou J, Gaillet M, de Barbeyrac B, Perronne C, de Truchis P., Ann Dermatol Venereol. 2010 Feb;137(2):117-20.
  • Emergence de formes génitales de LGV chez les HSH. D. Gosset, B. de Barbeyrac, P. Bonhomme, R. Djebbar, C. Fontaine, M. Ohayon,  Poster 42. 15ème congrès de la SFLS
  • 1. Epidémie de LGV anorectale en France : où en est-on dix ans après ? JNI 2014 Communication orale. B. de Barbeyrac
  • 2. Centre National de Références des infections à chlamydiae, Université Bordeaux-Segalen